« 2008-04-09 | Page d'accueil | 2008-04-11 »
10 avril 2008
Modernité et Social
Selon Jean-Marc Sylvestre (inamovible chroniqueur libéral de France Inter), le fait que la majorité des créations d’emplois se fasse dans les services est un « marqueur de modernité pour l’économie française ». Est-ce bien sûr ? En 2007, 300 000 emplois ont été créés en France, dont 113 000 dans le secteur des services à la personne. Or, dans ce secteur d’activité, la durée moyenne de travail est de…10 heures par semaine. Ce temps partiel, souvent subi, s’accompagne d’horaires fractionnés et flexibles. Pas de quoi parler de « marqueur de modernité » ! Dans une société où la dépendance des personnes âgées va devenir très bientôt une question lancinante, il serait temps de penser à organiser les activités de services à la personne, en facilitant la formation des salariés, en mettant en place des structures leur permettant de gérer leur temps de travail… Ce serait peut-être ça, la vraie modernité !
Nicolas Sarkozy a sans doute condamné le RSA, lors de son discours sur la politique sociale à Cahors. Il sera en effet « calibré en fonction des possibilités financières ». Et comme les caisses sont vides… J’ai déjà fait part sur ce blog de toutes les réserves que suscitait pour moi le concept du RSA.
Un sondage réalisé auprès de 1000 RMIstes (par TNS Sofres) indique que 25% d’entre eux travaillent sans pouvoir sortir du RMI et surtout que seulement 8% d’entre eux sont favorables à un dispositif du type « RSA ».
Abandonner le RSA ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire pour lutter contre la pauvreté, mais plutôt explorer d’autres pistes et notamment la formation professionnelle et la lutte contre les petits boulots.
En ce moment, on assiste, autant au gouvernement qu’à l’UMP, à un tir groupé sur les « politiques sociales ». Elles seraient coûteuses et inefficaces. Il est vrai qu’en période de difficultés économiques, il est tentant de faire supporter aux plus vulnérables la majeure partie des efforts d’ajustement. Mais pourtant, il ne faut pas oublier que les « politiques sociales » constituent de véritables stabilisateurs pour l’économie en maintenant partiellement le pouvoir d’achat de ceux qui sont en difficulté. Si l’on coupe le robinet, le risque est grand de voir faiblir la consommation des ménages, principal moteur de la croissance.
Il ne faut pas oublier que si les prélèvements obligatoires représentent plus de 50 % du PIB, cet argent n’est pas brûlé par l’Etat comme voudraient le faire croire les libéraux. Il est, pour au moins la moitié, redistribué directement aux ménages (allocations, remboursement des soins…). Et le reste est utilisé pour faire fonctionner les services publics : éducation, police, justice…
Jérôme Chartier, responsable des questions économiques à l’UMP, a affirmé sur France Inter que « 1€ dépensés dans le privé est 3 fois plus productif qu’1 € dépensé dans le public ». Pourquoi pas 10 fois ? 20 fois ? Il est très facile d’asséner des propos invérifiables.
Si nous prenons l’exemple de la gestion de l’eau, plusieurs études ont montré que la gestion municipale (donc publique) conduisait à des tarifs inférieurs à la gestion privée.
Selon l’OCDE (organisme pas franchement réputé pour son penchant bolchévique) aux Etats-Unis, où le système de santé est essentiellement privé, la santé coûte plus de 6000 dollars par personne…contre environ 3300 pour la France. Et pourtant l’espérance vie est supérieure en France !
Je pense qu’il aurait été « 3 fois plus productif » pour le débat que Mr Chartier se taise.
PP
09:05 Publié dans Actualités , Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : emploi, chômage, inégalités, impôts


