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15.01.2008

Flexsécurité à la française

« Un progrès sensible dans notre pays »
François Fillon a jugé dimanche soir que le projet d'accord des partenaires sociaux sur la réforme du marché du travail représentait un « vrai pas vers la flexsécurité à la française ».
Quand un ajoute le qualificatif « à la française » à un concept, c’est en général mauvais signe. Cela signifie en général que l’on veut faire passer une pilule amère !
« S'il est mis en œuvre, le projet d'accord sur le contrat de travail et la sécurisation des parcours professionnels fera baisser rapidement le chômage », estime la présidente du Medef, Laurence Parisot.
En gros l’accord comporte un volet « flexibilité » (rupture du contrat par « consentement mutuel », période d’essai allongée et « contrat de projet ») et un volet sécurité (doublement de l’indemnité de licenciement, transfert des droits à la formation et la complémentaire santé).

Selon le Medef, une plus grande flexibilité du marché du travail fera baisser le chômage….
Mais la flexibilité existe : entre 2003 et 2005, les deux tiers des 300 000 emplois créés sont dus aux emplois temporaires. Les deux tiers des licenciements sont des licenciements pour cause individuelle, souvent accompagnés de transactions. En fait le Medef, aidé en cela par le gouvernement, veut tout simplement légaliser ces pratiques douteuses…
Avec les résultats que l’on sait sur le chômage… Ce qui fait vraiment défaut à l’économie française, c’est une spécialisation vers des secteurs porteurs, de l’investissement. Faire porter systématiquement aux seuls salariés le poids des efforts d’ajustement est une démarche à courte vue. Cela permet facilement et rapidement aux patrons de se dédouaner de leur manque de vision. Mais les gouvernements successifs ont leur part de responsabilité dans ce processus. En effet, par des politiques de l’emploi fondées presque exclusivement sur des baisses de charges sur les bas salaires, ils ont contribué à tirer vers le bas les rémunérations et les qualifications…Ainsi qu’à la « dualiser » le marché du travail.

Un marché du travail dual…
Selon l’INSEE, le taux de chômage des cadres et des professions intermédiaires était d’environ ... 5% en 2005, c’est-à-dire presque le plein emploi. Leur marché du travail étant déjà fluide, les impacts seront donc limités pour les salariés les plus qualifiés. En revanche, un plus grande flexibilité revient à faire porter aux salariés les moins qualifiés les efforts d’ajustement. On risque de se retrouver en ce qui les concerne dans une situation à l’Américaine, où le taux de chômage est faible, mais où le salaire des moins qualifiés l’est également. Est-ce vraiment meilleur pour la cohésion sociale ?

Chômage et exclusion…
En ce qui concerne le chômage, il est bon d’avoir en tête que 40% de chômeurs sont des chômeurs de longue durée (depuis plus d’un an) et qu’un chômeur sur deux n’est pas indemnisé. Or, le chômage de longue durée est un point d’entrée vers le déclassement, puis vers l’exclusion. La concurrence engendrée par une flexibilité légalisée risque de dégrader encore la perspective d’un retour à l’emploi de cette catégorie de chômeurs. L’amélioration de leur situation ne peut passer que par un effort de formation massif, mais aussi d’accompagnement vers l’emploi. C’est la responsabilité de la puissance publique. Le Danemark, souvent pris en exemple, dépense proportionnellement environ 3 fois plus que la France pour le traitement actif (formation) et passif (indemnisation) du chômage.

PP