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07.12.2007

Les nouveaux entrepreneurs

De 2002 à 2006, un nombre croissant de créateurs d'entreprises se sont mis à leur compte principalement pour assurer leur propre emploi, après avoir connu le chômage, et n'avaient aucun salarié, selon une étude de l'Insee publiée mardi. Le travail indépendant a ainsi connu une évolution spectaculaire, sur fond de boom de la création d'entreprises, passée de 215.000 en 2002 à 286.000 en 2006 (+33%), souligne l'Insee. Le nombre de créations d'entreprise sans salarié a crû à la même vitesse sur la période (+33%) et c'est ainsi qu'en 2006 "plus de quatre nouvelles entreprises sur cinq ne génèrent qu'un seul emploi, celui de l'entrepreneur", selon l'Insee.

Seuls 5% des entreprises démarrant sans salarié ont embauché "dès les premiers mois" et "64% des nouveaux entrepreneurs déclarent avoir créé leur affaire pour assurer leur propre emploi, soit dix points de plus qu'en 2002", souligne encore l'Insee. Le portrait robot du créateur d'entreprise a changé: il s'agit davantage que par le passé d'un cadre (26% en 2006, 16% en 2002), moins souvent d'un ouvrier (17% contre 22%) et de plus en plus d'un chômeur (40% contre 34%). Les moyens financiers investis pour démarrer sont souvent "très faibles" souligne l'Insee, un tiers de nouvelles entreprises ne mobilisant que 4.000 euros de mise de fond pour l'installation des locaux, l'achat de matériel, la constitution des stocks, etc. En 2006, un créateur d'entreprise sur quatre s'est lancé dans le commerce, un sur cinq dans la construction, idem dans les services aux entreprises, et 15% dans les services aux particuliers.

L'essor du travail indépendant, soutenu par une plus grande simplicité pour créer une entreprise et passer du statut de salarié à celui d'entrepreneur depuis une loi de 2003, a aussi touché les femmes, dans un moindre mesure avec 30% de créatrices d'entreprise en 2006, contre 27% en 2002. Il a surtout concerné des chômeurs, dont les trois quart ont reçu une aide, notamment sous la forme du dispositif d'aide ACCRE les exonérant de cotisations sociales pendant un an. "Les chômeurs indiquent que, sans emploi, ils ont choisi de créer leur entreprise, tandis que les autres créateurs espèrent par cette création une augmentation de leurs revenus", souligne encore l'Insee, qui a interrogé un échantillon de plusieurs dizaines de milliers d'entreprises créées ou reprises, et suivies pendant cinq années.

Le développement et la diversification des formes de travail indépendant est une tendance générale en Europe, qui ne va pas sans poser problèmes, car la catégorie "indépendant" cache des travailleurs rattachés plus ou moins exclusivement à une seule entreprise cliente ou intervenant dans des conditions d'activité qui les placent à la lisière du salariat, mais sans ses avantages. Un chiffre de l'Insee est éloquent: les deux tiers des entreprises créées pour des services aux entreprises ont moins de 10 clients. A titre d’exemple, on peut citer aussi le transport routier où la traction routière est majoritairement effectuée par des entrepreneurs individuels, alors que les grands groupes se concentrent sur les prestations logistiques à forte valeur ajoutée. Ces sous-traitants sont les variables d’ajustement des politiques industrielles des grandes entreprises, là où, au final se reportent toutes les contraintes.

Depuis un siècle, l’évolution du marché du travail s’est caractérisée par trois évolutions majeures : la «tertiarisation», la «féminisation» et la «salarisation» (en 1866, il y avait autant d’indépendants que de salariés). Les chiffres publiés par l’Insee semblent (légèrement) remettre en cause la troisième évolution, la salarisation. Cela est d’autant plus inquiétant que cette remise en cause s’effectue de façon plus contrainte que volontaire. En effet, la création d’entreprise, telle qu’est évoquée, est plus une solution de la « dernière chance » que le résultat d’un choix de vie. Dans ces conditions, cette évolution ne peut être que préjudiciable pour les conditions de travail et de vie de ceux qui y sont soumis. En outre, cela ne peut qu’affaiblir le pouvoir de négociation des salariés que l’on pourra mettre en concurrence avec des « indépendants » beaucoup plus enclins à accepter des conditions difficiles.

PP

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