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03.12.2007
Feux de paille...
Commentaires sur l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy (suite et fin).
Interrogé par Arlette Chabot sur les démêlés judicaires de Denis Gautier-Sauvagnac (DGS), il a coupé court en disant qu’il ne commentait pas les affaires judiciaires en cours…C’est bizarre, il a pourtant passé 20 minutes au début de son intervention télévisée à promettre la cour d’assise à ceux qui avaient tirés sur des policiers. Il y a quelques années, il avait annoncé l’arrestation de l’assassin du préfet Erignac. Il n’allait pas s’encombrer de précautions oratoires comme « assassin présumé » ! A part ça, il ne commente pas les affaires judiciaires… Mais il est vrai que DGS trimbalait des valises remplies de billets, ça doit impressionner notre président !!
Bref, j’en viens maintenant à ses propositions sur le pouvoir d’achat. Alors que son intervention était censée traiter majoritairement de ce sujet, il n’y a consacré qu’environ 10 minutes sur 55. C’est dire si sa boîte à outils économique est bien remplie…
Il a martelé qu’il avait une vision « globale et cohérente » de ce qu’il voulait faire. Je n’en doute pas, mais je préférais que ce soit « efficace et partagé par tous ». Derrière la cohérence de sa vision se profile une société libérale dans le pire sens du terme. Il veut privilégier le contrat par rapport à la loi (par exemple pour remettre en cause les 35 heures). Il oublie que bien souvent c’est la loi qui libère et la liberté qui opprime.
Derrière le « travailler plus pour gagner plus », il y a la vision que c’est l’accomplissement des intérêts particuliers (guidés par la main invisible du marché, sans doute) qui contribue à l’intérêt général.
Ce n’est pas en distribuant ponctuellement du pouvoir d’achat que l’on pourra relancer la croissance. Au mieux on dopera les importations, notamment en provenance de Chine. La faiblesse du pouvoir d’achat est la conséquence des politiques structurelles de baisse de coût du travail menées depuis 20 ans (la France compte aujourd’hui environ 15% de smicards). La faiblesse du pouvoir d’achat est une conséquence et non une cause. Pour relancer le pouvoir d’achat, il faudrait agir en profondeur sur la structure économique : formation, investissement, spécialisation dans des secteurs en développement…Passer du « travailler plus » au « travailler tous » et au « travailler mieux ».
« Les heures supp., il y en a 900 millions (par an) » nous a-t-il dit . Oui, mais sur une total de plus de 38…milliards d’heures travaillées par an. Les heures supp. représentent donc environ 2% du total des heures travaillées. De plus, elles ne concernent qu’environ 35% des salariés, pour environ 55 heures par an et par personne ! Cela relativise la portée de sa « révolution ».
Nicolas Sarkozy n’a pas compris que « travailler plus », ça doit vouloir dire « être plus nombreux à travailler ».
En favorisant les heures supp., on fait le choix de « privilégier » ceux qui ont un emploi à temps plein au détriment des chômeurs, des temps partiels…En effet, il est probable que les heures supp. se substituent aux nouvelles embauches, voire à l’interim. Cela risque d’accentuer encore la dualité du marché du travail. Le mécanisme des heures supp. repose sur l’hypothèse forte que les heures supp. vont s’ajouter au travail existant et non s’y substituer. Rien n’est moins sûr…Les heures supp. qui ajoutent vraiment du travail au travail existant sont le fruit de la croissance, pas sa cause. Ce qui crée l’emploi, ce n’est pas le désir des gens de travailler, c’est la croissance économique.
Patrick Poivre d’Arvor a timidement essayé de faire valoir que la mise en place de la détaxation des heures supp. était « une usine à gaz ». « On y reviendra » a coupé Nicolas Sarkozy…Quand ? Un expert comptable m’a récemment dit que « c’était pire que les 35 heures au niveau de la mise en œuvre !! ».
Nicolas Sarkozy a également proposé de débloquer par anticipation la participation. « Ca fait 12 milliards, quand même ! ». Certes mais la participation ne concerne au mieux que la moitié des salariés qui travaillent dans des entreprises de plus de 50 salariés, soit à peu près 10 millions de personnes (ça fait donc 1200 € par personnes). De plus, 12 milliards, cela représente 1,2% du revenu disponible total des français ! Il n’est même pas sûr que l’intégralité de cette somme soit utilisée pour consommer, il y a de fortes chances pour qu’elle soit réinvestie. Enfin, cette solution est un « fusil à un coup », elle ne pourra pas être reconduite systématiquement. Encore un feu de paille !
« Je ne fais pas de cadeaux aux riches » s’est défendu Nicolas Sarkozy, questionné sur le paquet fiscal. Peut-être que le paquet fiscal n’est pas exclusivement destiné aux riches, mais ce qui est sûr, c’est qu’il est couteux et inefficace. Il n’a sûrement pas suscité de « choc de confiance » (voir l’indice du moral des ménages publiés ces derniers jours par l’INSEE).
Mais, au fait, est-ce si sûr qu’il n’y a pas de cadeaux aux « riches ». On pourrait parler du bouclier fiscal, qui n’a d’autre but que de supprimer l’ISF sans le dire. Mais je préfère parler de la réforme de l’impôt sur le revenu, passée largement sous silence. Cette « simplification » du barème se traduit par une réduction d’un montant global de 5 milliards d’Euros. L’objectif affiché est de faire baisser les impôts des classes moyennes, or les 4/5ème des réductions vont profiter aux 10% les plus riches…
Quant aux droits de successions, nous avons eu droit au refrain sur le « pauvre ouvrier qui doit pouvoir laisser quelque chose à ses enfants après une vie de dur labeur ». Je suis d’accord. Mais aujourd’hui, les trois quarts des 540 000 successions annuelles sont déjà exonérées de droits (la moitié d’entre elles portent sur moins de 55000 euros). On peut penser que notre « pauvre ouvrier » fait partie du lot ! En 2008, 95 % des successions seront totalement exonérées. On peut être certains que les nouveaux bénéficiaires ne seront vraisemblablement pas tous de « pauvres ouvriers ».
Enfin, son idée d’indexer les loyers sur les prix et non sur l’indice du coût à la construction (ICC) traduit sa connaissance plus qu’approximative des dossiers. En effet, depuis 2006, les loyers sont indexés sur l’indice de révision des loyers (IRL) dans lequel l’ICC ne compte que pour 20% et l’indice des prix pour… 60% !! Sans commentaire…
PP
13:05 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, pouvoir d'achat, heures supp


