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19.11.2007

Retraites et Privilégiés

Avec le sens de la mesure qu’on lui connaît, Nicolas Sarkozy a justifié sa volonté de réformer les régimes spéciaux de retraites en affirmant (le 11/09/2007) : « Je veux changer cette situation parce qu'elle est indigne ». Indigne de qui ? Indigne de quoi ? Peu importe, il s’agit d’une nouvelle illustration de sa stratégie qui consiste à jeter l’opprobre sur des « privilégiés ».
Pourtant, il y a bien d’autres privilégiés sur lesquels il ne dit pas un mot. Il séjourne même sur leurs yacht… Mais ne soyons pas mesquins et revenons sur le dossier des retraites.
Désigner les bénéficiaires des régimes « spéciaux » comme des privilégiés me paraît un peu excessif. En effet, les 1.13 millions de bénéficiaires de ces régimes représentent environ 8% des retraités (il y a environ 13.5 millions de retraités en France) et ne reçoivent qu’environ 6% du total des retraites (13.2 milliards d’euros sur un total de 210 milliards). On ne peut donc pas dire qu’ils accaparent une part exorbitante du gâteau !
On voit donc que l’on dépense une énergie importante pour finalement ne traiter qu’une toute petite partie du dossier. Pour autant, la réforme est urgente (mais pas au sens où le gouvernement l'entend!), car depuis la réforme Balladur de 1993, le système de retraite français est sur une pente dramatiquement inégalitaire. Il n’y a guère qu’en Grèce et au Portugal où les inégalités de revenus entre les personnes de plus de 65 ans sont plus fortes. Au moment de la retraite, ces inégalités sont d’autant plus pénalisantes pour ceux qui n’ont que leur pension pour vivre (En 2004, un cadre possédait en moyenne vingt fois plus de patrimoine qu’un ouvrier non qualifié).
Depuis 1993, le nombre de bénéficiaires du régime général a augmenté de 27 % (la population totale n’a augmenté que de 10%), tandis que le poids des retraites dans le PIB n’a quasiment pas augmenté. Ce qui signifie tout simplement que le niveau de vie moyen des retraités a diminué fortement.
A cela plusieurs raisons : le calcul de la pension est désormais fondé sur les 25 meilleures années (10 auparavant), les pensions sont revalorisées en fonction de la hausse des prix et non des salaires (écart défavorable de 22% au bout de 20 ans) et enfin l’augmentation de la durée de cotisation nécessaire à l’obtention d’une pension complète.
L’allongement de la durée de cotisation est sûrement le point le plus emblématique. Des esprits aussi brillants que Jacques Marseille ( !! ) nous serinent d’ailleurs que l’allongement de la durée de cotisation est la contrepartie logique de l’allongement de la durée de la vie. Sauf que…l’âge auquel on quitte le marché du travail n’évolue quasiment pas depuis des années et se situe à environ 58.8 ans en moyenne en France. Ce chiffre est le plus bas d’Europe. Tant que les entreprises pousseront vers la sortie les salariés âgés, l’allongement de la durée de cotisation aura pour effet d’abaisser encore le niveau des pensions. D’autant plus que les entreprises ne sont pas en pointe pour négocier sur les critères de pénibilité censés permettre aux plus « usés » de partir plus tôt avec une retraite à taux plein.
Dans ce domaine encore, la méthode brutale et dogmatique du président Sarkozy n’aura d’autres effets que l’accroissement des inégalités et la paupérisation de ceux qui n’ont pas de patrimoine.
PP

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