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06.11.2007

Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante...

Il y a quelques jours, Nicolas Sarkozy a élevé un certain Antoine Bernheim au rang de grand-croix de la Légion d’honneur. Jusqu’à présent, seuls 75 grands serviteurs de l’Etat ont pu prétendre à ce titre, le plus élevé. Qui est donc Mr Bernheim et qu’a-t-il fait pour mériter un tel honneur ?

Il s’agit d’un ancien associé-gérant de la Banque Lazard, banque d’affaire bien connue et actuellement Pdg des Assicurazioni Generali di Venezia - 3ème assureur européen, plus connu sous le nom de Generali. Lors de la cérémonie, Nicolas Sarkozy a salué sa compétence de la manière suivante : « Antoine Bernheim a développé ses entreprises, fait des profits et ainsi servi la France ». Faire des profits, c’est donc servir la France…Admettons. Nicolas Sarkozy a poursuivi en estimant que cette reconnaissance du mérite de Mr Bernheim aiderait la France à « régler ses comptes vis-à-vis de l’argent pour régler enfin son problème vis-à-vis de la réussite ». Ce qui réconcilierait sans doute les français avec l’argent, c’est une meilleure répartition des fruits de la croissance. Ce qui les réconcilierait avec la « réussite », c’est peut-être de voir progresser le salaire médian au même rythme que les rémunérations déconnectée de toute référence des Pdg des grandes entreprises.

Sans verser dans la psychanalyse de comptoir, peut-être que Nicolas Sarkozy a lui aussi un problème avec l’argent, mais d’une autre nature. Il s’agit d’une sorte de complexe d’infériorité qui le conduit à glorifier les riches et les puissants, voire à tenter de s’identifier à eux. Il semble que selon lui, toute personne qui a de l’argent le mérite et devient un grand serviteur de l’Etat. Cela me fait penser à la phrase de l’économiste John Kenneth Galbraith : « La plupart des gens, avec l’existence modeste qu’ils mènent, se font une idée magnifiée des capacités intellectuelles des personnages qui vivent en association intime avec de grosses somme d’argent. »

Pour revenir à Antoine Bernheim, on peut dire qu’il a été un grand serviteur, non pas de l’Etat mais de beaucoup d’intérêts privés. Il a lui-même mis sur pied le système de holdings en cascades, qui permet de se bâtir un empire avec un capital limité. Qui en a profité ? Bernard Arnault, qui parti d’une modeste entreprise de Travaux Publics léguée par son père est aujourd’hui à la tête de l’empire du luxe LVMH. Qui d’autres ? Vincent Bolloré, qui a hérité de l’entreprise familiale OCB et qui en a fait un véritable cartel néo-colonial en Afrique, ainsi qu’un groupe de média distribuant matin et soir des centaines de milliers de « journaux » gratuits. Vincent Bolloré a dit d’Antoine Bernheim « Quand j’ai repris la société de mon père, j’ai déjeuné avec lui. Depuis, nous ne nous sommes plus quittés, et nous nous appelons au téléphone tous les jours. Derrière tout ce que j’ai fait, il y a toujours eu Antoine. » Est-ce que Nicolas remercie Antoine pour avoir conseillé à Vincent de lui prêter son jet et son yacht en mai dernier ?

Apparemment, tout le monde ne partage l’enthousiasme de Nicolas Sarkozy sur les compétences de Mr Bernheim. Depuis quelques jours, Algebris Investment, un fond d’investissement britannique, actionnaire de moins d’1 % de Generali, a lancé une offensive d’envergure contre son management. Premier accusé, Bernheim, dont l’âge – 83 ans – est le plus élevé de tous les dirigeants du secteur, mais aussi sa rémunération : 8,7 millions d’euros en 2006, beaucoup plus que ses homologues d’Axa et d’Allianz. «Ce package est beaucoup trop élevé par rapport à ses homologues des autres assureurs européens, dénonce Algebris dans une lettre rendue publique, sans une justification claire en termes de dimension de la société ou de création de valeur.»

Si on lui coupe les vivres, il pourra toujours revendre sa décoration aux enchères…

PP

Commentaires

et c'est que le début

Ecrit par : pierrot le zygo | 06.11.2007

c'est comme confondre culture et intelligence.... on peut difficilement étaler la seconde...

Ecrit par : domila | 08.11.2007