« 2007-09 | Page d'accueil | 2007-11 »
31 octobre 2007
Jackpot !!
Mr Stan O'Neal, PDG de la banque américaine Merrill Lynch, vient d'être « remercié » par son conseil d'administration. Par ailleurs, cette institution financière de premier plan a annoncé qu'elle avait provisionné 8 milliards de dollars, en raison de dépréciations d'actifs suite à la crise des « subprimes ».
Mr Stan O'Neal a reçu, pour solde de tous comptes, la modique somme de ... 160 millions de dollars (environ 115 millions d'€). Il faudra que l'on m'explique ce qui peut justifier une telle somme. Une fois de plus, nous avons la preuve que la rémunération des dirigeants des grandes entreprises est le résultat d’une bulle spéculative. En effet, une bulle spéculative se forme lorsque le prix d’un actif (ici la compétence d’un dirigeant) est complètement déconnecté de sa valeur réelle.
« Cette rémunération est la contrepartie du risque d’être débarqué par son conseil d’administration. » entend-on parfois en guise de justification.
Certes, mais dans le cas présent, j’aimerais aussi que l’on parle du risque que les institutions financières font courir à l’ensemble de l’économie mondiale. Cela me paraît un tout petit peu plus grave…Et je crains que tous ceux qui seront soumis à ces risques (souvent involontairement) ne seront pas aussi largement indemnisés.
PP
10:05 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : finance, crise financière
29 octobre 2007
Une histoire (vraie) de patron...italien
Il a tenu vingt jours. Puis est resté sans le sou. Enzo Rossi a alors décidé d'augmenter d'un coup tous ses employés de 200 euros net mensuels. Basé à Campofilone, dans la région des Marches, ce petit industriel italien de la pâte est désormais regardé avec intérêt par certains de ses collègues, avec beaucoup de méfiance par d'autres.
En août dernier, l'entrepreneur à la tête d'une société d'une vingtaine de personnes, a en effet eu l'idée saugrenue de se mettre dans la peau de ses salariés. Plus exactement, de vivre dans les mêmes conditions financières qu'eux. «Je me suis octroyé 1000 euros de salaire et 1000 euros à ma femme qui travaille avec moi», explique Enzo Rossi. «Beaucoup de gens vivent avec moins que cela. Nous avons fait les comptes; ce que nous devions mettre de côté pour rembourser l'emprunt, payer l'assurance, les factures et les dépenses quotidiennes», détaille-t-il. «Nous avons fait attention à tout mais au bout de vingt jours, plus rien.»
Le dernier matin, Enzo Rossi entre dans le bar du village avec son ultime billet de 20 euros en poche: «J'ai eu l'impression d'être sous l'eau, sans oxygène.» Il remonte finalement à la surface en puisant de l'argent sur son compte mais surtout en augmentant ses salariés.
«Le coût de la vie s'est alourdi de 150 euros par mois. Pour des gens comme moi, ce n'est rien, pas pour les ouvriers», remarque Enzo Rossi, qui se dit «ni de gauche et encore moins marxiste». Il explique simplement avoir voulu faire cette expérience pour appréhender la situation réelle de ses collaborateurs et sensibiliser ses filles «qui n'ont jamais connu de privations».
«Les ouvriers doivent être sereins pour être efficaces, analyse-t-il. S'ils ne savent pas comment boucler leurs fins de mois, ce n'est pas bon pour la productivité.» En Italie, l'initiative d'Enzo Rossi a provoqué des remous. Plusieurs entrepreneurs l'ont contacté pour avoir des informations sur l'aspect fiscal de l'augmentation. D'autres, raconte-t-il, ont en revanche peu apprécié ce qu'ils considèrent comme un mauvais exemple: «Ils me traitent de fou.»
Un exemple impossible à transposer en France à cause du «poids écrasant» des cotisations sociales ? En Italie, les cotisations sociales sont du même niveau qu'en France.
Un exemple à méditer pour nos amis du Medef, toujours à la recherche de solutions pour la bonne gouvernance des entreprises...
PP
10:01 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : salaires, travail
26 octobre 2007
Sujets d'actualité
Borloo & Grenelle
Hier ou avant hier, j’ai vu Jean-Louis Borloo au journal télévisé de France 2. Il nous présentait les efforts réalisés dans son Ministère pour la préservation de l’environnement. Il était pathétique, en train de s’émerveiller devant des ampoules à basse consommation, ou en simulant une colère en voyant une fenêtre mal isolée…
Plus sérieusement, en conclusion du Grenelle de l’environnement, Nicolas Sarkozy s’est prononcé en faveur d’une « taxe carbone ». Il s’est toutefois empressé de botter en touche en la conditionnant à une remise à plat intégrale de notre fiscalité et à une réflexion au niveau européen…Ce n’est donc pas pour demain, d’autant plus que les entreprises ne sont pas favorables à une taxe qui pénaliserait leur compétitivité. Il est donc fort probable que cette taxe soit supportée intégralement pas les consommateurs.
Puisque l’on parle de remise à plat de notre fiscalité, il serait peut-être intéressant de remettre en cause sur des exonérations peu favorables à l’environnement : exonération de TIPP sur le kérosène, possibilité d’utiliser du fioul domestique comme carburant dans l’agriculture ou le BTP…Coût : environ 4 milliards d’€ pour le budget de l’Etat.
Le moratoire (provisoire) sur les OGM a été unanimement salué, mais il a été obtenu en échange de concessions sur le développement des agro-carburants et l’abandon d’un objectif chiffré sur la diminution de l’emploi des pesticides. Le bénéfice pour l’environnement des agro-carburants est pourtant (et de plus en plus) largement contesté : augmentation des prix des matières premières alimentaires, accroissement de la consommation de pesticides, déforestation,…
Nathalie Kosciusko-Morizet (Secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie), a déclaré ce matin sur France-Inter que «elle était heureuse après la réussite du Grenelle de l’environnement». Je pense ma part que cela ne fait que commencer. Le plus difficile reste à faire : passer des déclarations aux réalisations…et surtout au chiffrage du coût de ce catalogue de mesures…
Internes
Après quelques jours de grèves, les internes en médecine ont gagné ! C’est est fini avec l’encadrement de la liberté d’installation. Désormais, il n’est plus question de déconventionner ceux qui s’installent dans des zones où la démographie médicale est déjà trop élevée. Le gouvernement propose désormais des « incitations », en d’autres termes encore des cadeaux à une profession qui en déjà beaucoup reçus. Nicolas Sarkozy, si prompt d’habitude à dénoncer les corporatismes et les privilèges (par exemple les régimes spéciaux), s’est plié une fois de plus aux désidératas des médecins.
Il faudra bien jour qu’un jour les médecins comprennent qu’ils sont des fonctionnaires. Leurs études sont financées par la collectivité, leur rémunération est financée par nos cotisations sociales. Que cela leur plaise ou non, ils font partie du Service Public. A ce titre, ils doivent intégrer les contraintes que cela implique, notamment en terme de qualité de service sur l’ensemble du territoire.
Nouveau Centre
Après avoir copieusement servi la soupe à l’UMP, le Nouveau Centre s’attendait à un coup de pouce pour faire bouillir la marmite ! Les députés du Nouveaux Centres souhaitaient en effet faire adopter une modification de la loi de financement des partis politiques. Aujourd’hui, pour prétendre à un financement public, un parti doit avoir recueilli au moins 1% des voix dans 50 circonscriptions. Or la Nouveau Centre n’avait pas satisfait ce critère lors des dernières législatives. Pourtant Hervé Morin n’avait pas ménagé ses efforts en présentant aux législatives, sous l’étiquette Nouveau Centre, sa femme, sa fille, son gendre, son chauffeur, …le beau-frère de son cousin, le cousin de son beau-frère…Un peu plus et Hervé Morin, propriétaire de chevaux, se serait pris pour l’empereur romain Caligula qui voulait nommer son cheval sénateur !
Même les députés UMP se sont rendus compte de l’inconvenance, voire de l’immoralité de cette demande de leurs alliés. La discussion du projet a donc été reportée sine die.
Le Nouveau Centre, ne souhaitait rien d’autre qu’un aménagement rétroactif de la loi pour son propre confort. Quand la médiocrité politique s’allie avec la cupidité…
PP
14:35 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Borloo, Grenelle, environnement, Nouveau Centre, internes, médecins, protection sociale
23 octobre 2007
Fraudes : un hold-up national
Ce week-end, j’ai eu l’occasion de séjourner dans un hôtel qui mettait gracieusement « Le Figaro » à la disposition de sa clientèle. Cela a été pour moi l’occasion de parcourir Le Figaro Magazine daté du 13 octobre. Je vous l’avoue bien volontiers, ce n’est pas le type de publication que j’achète d’habitude spontanément. Mais enfin bon, pour une fois…
J’ai ainsi pu prendre connaissance d’une dossier sobrement intitulé : « Fraudes : un hold-up national ».
On peut dire que c’était une belle synthèse. Comme disait Michel Audiard : « A ce niveau là, ce n’est plus de la connerie, c’est une synthèse… »
Le ton est donné dès les premières lignes. La fraude en France s’élèverait à plus de 30 milliards d’Euros soit … « 428 fois le butin de l’attaque du train postal Glasgow-Londres, pourtant considéré comme le casse du siècle ! ». On peut d’ores et déjà noter la finesse de la comparaison.
S’appuyant sur un rapport du Conseil des Prélèvements Obligatoires (CPO), les auteurs du dossier poursuivent en annonçant que les fraudes s’élèveraient en fait à 15% du PIB soit 250 milliards d’Euros. Effrayant ! Sauf que… A y regarder de plus près, les auteurs font discrètement l’amalgame entre fraudes et « économie souterraine » (ou économie informelle). En effet, les 15 % du PIB correspondent à une estimation de l’économie informelle, effectuée par l’OCDE selon des méthodes dites « indirectes » et sujettes à de fortes incertitudes. Le rapport du CPO le mentionne d’ailleurs très clairement :
« Les méthodes indirectes n’estiment pas véritablement la fraude mais plutôt l’économie informelle au sens large, c’est-à-dire non seulement la production ou le travail dissimulé, mais aussi les activités illégales marchandes et non marchandes, qui n’entrent pas dans le champ du rapport. »
Je trouve regrettable que dans un journal soi-disant « respectable », on puisse s’abaisser à de tels amalgames. Les fraudes existent, c’est un fait, elles doivent être punies, c’est incontestable. Mais s’appuyer sur un chiffrage imprécis de l’ensemble des activités délictueuses (trafics en tous genres) et criminelles (drogue, prostitution…), pour ensuite les mettre sur le compte de la fraude aux Assedic, à la TVA… Je trouve le procédé « dégueulasse », pour reprendre un terme à la mode.
La rigueur scientifique des auteurs est absolument implacable. Ainsi, on peut lire les chiffres suivants :
Fraudes à l’assurance maladie : entre 7 et 14 milliards
* dont Fraude à la Carte Vitale , vol et revente de médicaments : Important mais non évalué
* dont Actes médicaux fictifs ou surfacturés : 2 milliards
* dont Arrêts de travail injustifiés : 795 millions
* dont Fraudes sur les soins pratiqués à l’étranger : 5 millions
Prestations sociales détournées : environ 20 milliards
* dont Indemnités chômage frauduleuses : entre 4 et 8 milliards
* dont Allocations adulte handicapé non justifiées : 1,7 milliards
* dont Abus au RMI : Important mais non évalué
* dont Allocations parent isolé non justifiées : 262 millions
* dont Allocations logement indues : Important mais non évalué
On peut donc noter que sur les 27 à 34 milliards de fraudes annoncés, on ne peut en chiffrer que entre 8,8 et 12,8, le reste est « Important mais non évalué ». Je crois que les auteurs sont bien partis pour le Nobel d’économie !
De plus, l’évaluation de la fraude aux indemnités chômage (entre 4 et 8 milliards) repose sur un rapport du député UMP Dominique Tian. D’après les auteurs du dossier, ce député affirmerait que les fraudes à l’assurance chômage s’élèverait à un montant « entre 4 et 8 milliards d’euros par an sur les 28 milliards de prestations que distribue l’Unedic ». Soit entre 15 et 30 % de fraude. Enorme ! Quel scoop !
A la lecture du dit rapport, on découvre ceci :
« L’évasion sociale s’élèverait à 4 milliards d’euros, voire à 8 milliards selon l’évaluation de l’URSSAF. »
Surprise !Il ne s’agit pas de l’Unedic, mais de l’URSSAF et on ne parle pas de fraudes à l’assurance chômage, mais de l’évasion sociale en général, c’est-à-dire l’ensemble des fraudes sociales. A comparer aux 388 milliards de prestations sociales…
Dans le rapport du député Tian, on trouve d’ailleurs des choses assez intéressantes
« Toutes les affaires de fraude en réseau reposent sur la création, ou le rachat en nombre, de sociétés qui ont une existence légale mais servent, en réalité, à la commission de multiples infractions. La simplicité des formalités à remplir et l’absence de vérification ont conduit certains membres de la mission à se demander si aujourd’hui il n’était pas plus facile de créer une société que de prendre l’avion !
Sans apport immédiat en capital et avec la simple photocopie de la pièce d’identité d’une tierce personne, une même personne peut se déclarer gérante d’autant de sociétés qu’elle le souhaite, sans qu’aucune règle ne puisse lui être opposée, sans qu’aucun contrôle relatif à sa personne ou à son activité ne soit effectué, et sans même attirer l’attention de quiconque. »
Merci à Jean-Pierre Raffarin pour sa loi en faveur de la création d’entreprises !
Je ne résiste pas au plaisir de citer les quelques lignes suivantes :
« …comme l’a précisé Denis Gautier-Sauvagnac au nom du MEDEF : Nous nous sommes efforcés de réagir dès l’apparition de cette nouvelle forme de fraude. Nous nous sommes ainsi dotés pour faire face à ces nouveaux phénomènes de fraude, d’une direction des fraudes dont la création a été totalement approuvée par le MEDEF. »
Il faut toujours faire appel aux experts !
Bizarrement, les auteurs ne s’attardent pas sur les fraudes fiscales… dont les montants sont largement comparables à ceux (largement exagérés, on l’a vu) évoqués pour la fraude « sociale ». Ainsi, d’après le rapport du CPO (page 24), l’impôt sur les sociétés et l’impôt sur le revenu représentent à eux deux presque 40 % des montants redressés et les cotisations sociales seulement 6%.
Bizarrement aussi, alors que l’on sait que les fraudes les plus importantes sont le fait de bandes organisés, les auteurs citent à plusieurs reprises le cas d’une certaine Muriel B. qui aurait fait des fausses déclarations dans 17 CAF.
Pour votre information complète (et si vous souffrez d’insomnie grave), vous trouverez ci-dessous :
* Le rapport du CPO : « La fraude aux prélèvements obligatoires et son contrôle »
* Le rapport du député Tian : « les moyens de contrôle de l’Unédic et des Assédic »
Quoiqu’il en soit, la lecture du Figaro est vraiment très instructive…sur les pratiques journalistiques. Je propose un dossier sur l’utilisation abusive du titre de « Journaliste ».
Pour revenir au fond du problème, je pense que les fraudes sont condamnables et que les procédures nécessaires doivent être mises en place. Mais on ne peut pas d’un côté dire qu’il faut réduire le nombre d’agents, simplifier les règles et de l’autre regretter que les fraudes se développent. Je trouve également lamentable de chercher à instrumentaliser les fraudes dans le but de durcir les conditions d’indemnisation de la majorité des ayant-droits qui, eux, ne fraudent pas.
PP
13:06 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fraudes, Figaro, Assédic, Unédic, URSSAF
22 octobre 2007
Couscous et Denis Gautier-Sauvagnac
Sarkozy paye le couscous…
Dans le journal « Aujourd’hui en France » daté du 21 octobre, on apprend qu’après le quart de finale contre la Nouvelle-Zélande, Nicolas Sarkozy a invité plus de cinquante convives à se régaler d’un couscous dans un restaurant du IXème arrondissement de Paris. En rentrant de Cardiff (dans un A319 affrété par l’Elysée), tout ce beau monde s’est donc retrouvé attablé autour de quelques bonnes bouteilles et de spécialités tunisiennes. Qu’un fan de rugby partage sa passion avec des amis cela n’a rien de choquant (c’était avant que l’enthousiasme de notre Président pour le ballon s’avère soluble dans la défaite contre l’Angleterre !). Ce qui l’est en revanche, c’est que la note soit réglée par l’Elysée…c’est-à-dire par les contribuables.
Pour ma part, je ne vois pourquoi je subventionnerais Enrico Macias, Sylvie Vartan, Christian Clavier, David Douillet, Sylvain Marconnet, Maud Fontenoy, Roselyne Bachelot et Rachida Dati, entre autres, lors de leurs agapes nocturnes.
Denis Gautier-Sauvagnac pédale dans la semoule…
Il ne faut pas souhaiter le malheur des autres, mais si Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) avait quelques petits ennuis judicaires, cela ne me gênerait pas outre mesure !
DGS, dans l’affaire de la « caisse noire » de l’UIMM, nous dit qu’il a « hérité » de ce système en 1994 et qu’il « allait y mettre fin cette année » ! C’est pas de chance, tout de même ! Voilà presque 13 ans qu’il gère ce « fonds spécial » et, au moment où il allait tout arrêter, il se fait gauler… Quelle malchance ! Non mais, de qui se moque-t-il ? Il nous prend vraiment pour des c…
Au passage, on peut noter que la lutte des classes n’est pas terminée, du moins pour les patrons. En effet, ce fonds de réserve était destiné, entre autres, à soutenir les entreprises en cas de grèves. Si ce n’est pas un réflexe de classe, ça ! Donc, on peut dire que DGS est une victime de la lutte des classes, une sorte de Che Guevara ! HASTA LA VICTORIA, SIEMPRE.
PP
18:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Medef
Autosatisfaction
Un peu d’autosatisfaction, une fois n’est pas coutume !
Dans ma note du 17 octobre, j’évoquais la possibilité d’un retournement de tendance de la Bourse de New-York. Ce qui s’est passé vendredi 20 octobre y ressemble fort : l’indice Dow Jones a décroché de 2,64% en une séance, pour finir à 13522 points.
Et je crains que cela ne soit pas fini !
PP
18:25 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : finance, bourse
18 octobre 2007
Crise financière et croissance...
Il y a quelques jours, le Dow Jones a atteint son plus haut historique à 14164 points (le 09 octobre 2007). Tous les analystes nous ont alors expliqué que la crise financière de l’été n’était plus qu’un mauvais souvenir, qu’elle avait même été salutaire dans la mesure où elle avait permis de purger les excès. Il ne s’agissait que d’une « correction » et la reprise était imminente dans la mesure où les fondamentaux de l’économie étaient bons.
Or depuis son apogée du 09 octobre, le Dow Jones est retombé sous 13900 points. S’agit-il de ce que les analystes boursiers appellent une « consolidation » (léger repli avant la reprise de la hausse), ou s’agit-il d’une inversion de tendance ? Pour ma part, sans être un expert, je penche pour la deuxième hypothèse. Même si les performances des entreprises américaines sont largement déconnectées de l’économie des Etats-Unis, il n’en demeure pas moins que ce pays reste un débouché majeur pour bon nombre d’entreprises des pays émergents. Des difficultés importantes aux Etats-Unis se répercuteront sur l’ensemble de l’économie. C’est peut-être ce que les analystes ont (re)découvert.
La croissance en berne…
Ainsi, pour le Fonds Monétaire International (FMI), les turbulences sur les marchés financiers amputeront de près 0,5% la croissance mondiale.
« Les secousses financières qui se propagent depuis l'été mettent les marchés à l'épreuve », a résumé mercredi l'économiste en chef du FMI, Simon Johnson, dans une conférence de presse.
« Des foyers d'incendie ont commencé à prendre sur le marché américain des prêts hypothécaire à risque, et le feu a bondi de façon surprenante, pour gagner d'autres zones », a-t-il rappelé. Aujourd'hui « la fumée ne s'est pas encore dissipée ».
Le FMI, qui publie ses « perspectives économiques mondiales » semestrielles table désormais sur une expansion du produit intérieur brut mondial de 4,8% en 2008. En juillet, il comptait encore sur 5,2%. Les révisions les plus marquées concernent les États-Unis, où la croissance devrait s'établir à 1,9% en 2008, contre 2,8% prévu initialement.
Ce prévisions corroborent celles de Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale (Fed), exposées lors d'un discours devant le club de l'Economie de New York lundi soir. Tout en disant voir des signes d'amélioration sur les marchés financiers, M. Bernanke a estimé que la croissance devrait être « modérée » au troisième trimestre, et surtout que des incertitudes plus grandes pesaient sur l'avenir en raison de l'aggravation attendue de la crise immobilière.
En clair, M. Bernanke nous dit « nous ne sommes pas vraiment sortis de la crise, les bénéfices des entreprises au quatrième trimestre vont aussi être affectés par la crise du subprime . »
D'après Fed, la croissance a ralenti depuis août aux Etats-Unis avec une décélération de la consommation et de l'activité industrielle.
La croyance en berne…
En outre, le marché de l'immobilier a donné de nouveaux signes de faiblesse avec une chute en septembre des mises en chantier de logements, à 1,191 million contre 1,285 million attendu, soit leur plus bas niveau en 14 ans.
Or, octobre 2007 sera le mois qui verra le plus grand nombre de prêts « subprime » révisés à la hausse (ces prêts, à l’origine de la crise, comportaient deux ans de mensualités très réduites). Environ 50 milliards de dollars de prêts seront affectés. Et tous les mois d'ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois, contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a deux ans. Que va-t-il se passer ? Sans doute une nouvelle vague de défauts qui engendrera un nouvel afflux de maisons à vendre sur le marché. Or il y aurait déjà 1,7 million de foyers qui pourraient perdre leurs actifs immobiliers faute de pouvoir rembourser un « subprime » (sur un total de 3,2 de foyers qui, entre 1994 et 2005, en ont contracté un). Actuellement en baisse, les prix de l'immobilier ne pourront que déprimer davantage, d'autant qu'il y a déjà un stock total de 900.000 maisons ne trouvant pas preneur.
Bref, si, pour l'instant, les prix, dans les dix plus grandes villes américaines, ont reculé d'environ 3 % depuis leurs sommets de l'été dernier, ils pourraient, selon les experts, perdre de 15 à 20 % dans les deux ou trois ans à venir...
Dans un contexte de tensions politiques entre la Turquie et l’Irak, le marché craint également que l'envolée des cours du brut n'affecte la consommation des ménages. Or, celle-ci, comme l'emploi, est l'un des poumons de la croissance.
Pour résumer, la plupart des analystes estiment désormais que le pire de la crise financière n'est finalement pas passé. Ceux qui avaient estimé que les opérations de "transparence" effectuées par le secteur bancaire et les solides indicateurs économiques du mois de septembre seraient suffisants perdent leurs certitudes.
La « croyance dominante », celle qui au-delà de toutes les pseudo-analyses préside aux choix des investisseurs, est-elle sur le point de passer de « Haussier » à « Baissier », de « Optimiste » à « Pessimiste », de « Glop » à « Pas Glop » (pour les nostalgiques de Pifou, petit personnage de BD que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître) ?
Les salariés ne seront plus les seuls à déprimer !
PP
07:15 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Crise financière, Subprime, FMI, Croissance
15 octobre 2007
Londres, la City face à la crise
Je vous propose de jeter une oreille au Magazine de la Rédaction de France Culture du 13 octobre, consacré aux conséquences de la crise financière de l'été telles qu'elles ont été ressenties à la City (la bourse de Londres).
Cliquez ici pour l'écouter au format Real Player. (Vous pouvez zapper les 4 premières minutes).
Chapeau melon, costume strict et parapluie, l'image de la City incarne pour nous le flegmme britannique aux antipodes de la nervious breakdown décrite par ce professeur d'économie, Robert Buitler .
Et pourtant sur l'une des premières places financières du monde, le pire est arrivé. Une banque, la Northern Rock, a failli rester sur le carreau victime de la crise des subprimes américaines. Dans tout le pays, des petits épargants morts de peur se sont agglutinés devant ses guichets pour récupérer leurs économies. Images terribles et solution sans précédent dans la très libérale Grande Bretagne : l'Etat est venu leur sauver la mise.
Cette crise de la Nothern Rock, à la City, c'est l'arbre qui cache la forêt .Les chiffres parlent d'eux mêmes. Les taux d'intérêts prohibitifs entre banques,
6 500 emplois supprimés d'ici à l'année prochaine .Une crise financière qui pèse jusque sur le budget de l'Etat. Prévisions de croissance 2008 en recul d'un demi point. Bref, l'addition sera salée . Le jeu de poker va couter cher , peser sur les vies et les entreprises. Mais dans un monde où on risque tout, très vite et sans perdre son légendaire sang froid... Sait on jamais . Jours tranquilles au coeur de la City, où derrière les apparences, les coeurs ont tout de même des attaques. Reportage à Londres de Marie Viennot.
PP
17:25 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : finance, Londres, City, subprimes, crise financière
12 octobre 2007
Des propositions à considérer...avec précaution
La Commission Attali pour la libération de la croissance rendra ce lundi un rapport d’étape axé principalement sur le pouvoir d’achat. Avant de revenir sur quelques uns des points qui seront évoqués dans ce rapport, il me semble opportun de faire une remarque d’ordre général sur cette Commission.
L’objectif de Jacques Attali est de porter la croissance à 5% par an, c’est-à-dire au niveau de la moyenne mondiale. Or, la moyenne mondiale est tirée vers le haut par des pays comme la Chine, l’Inde, la Russie, le Brésil, voire l’Argentine dont la croissance avoisine les 10 % par an. La moyenne mondiale n’est donc pas significative (car résultant de fortes disparités) et ne peut donc pas servir d’objectif. Il est normal que la croissance ralentisse dans les pays développés, notamment du fait de la part prépondérante des services, secteur dans lequel les gains de productivité sont plus faibles que dans l’industrie. Plutôt que de « libérer » la croissance, il serait à mon avis préférable de la « canaliser » vers une répartition moins inégalitaire des richesses produites et vers une plus grande prise en compte de l’impact sur l’environnement. Or, la Commission préconise l’abandon du principe de précaution...
Autre mesure phare : une plus grande concurrence dans le secteur de la distribution (abrogation des lois Royer, Galland, Raffarin et autorisation de la vente à perte) pour augmenter le pouvoir d’achat. A quoi cela va-t-il aboutir ? Une hausse des importations en provenance des pays à bas coûts (Chine notamment) et une pression accentuée sur les PME.
Une croissance pérenne ne peut que résulter d’une amélioration de l’offre française, fondée sur la compétitivité « hors coût » (innovations…).
Dans ses préconisations sur la libéralisation, il semble que la Commission ait abandonné toute remise en cause des professions réglementées : experts-comptables, notaires, huissiers…Nicolas Sarkozy (qui a promis à Jacques Attali : « tout ce que vous proposerez, je le ferai ») n’avait peut-être pas envie de se mettre à dos un public majoritairement acquis à sa cause !?
Quant aux dix villes « modèles », on peut s’interroger sur leur contribution à la croissance, ainsi que sur leur coût, leur financement, leur délai de réalisation…
Bref, au risque de passer pour un réactionnaire conservateur (j’ai l’habitude et j’assume !), je suis sceptique !
PP
22:27 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : croissance, Attali, Sarkozy, pouvoir d'achat, concurrence
11 octobre 2007
L’affaire Lagardère pour les nuls
De larges extraits d’un texte de François Ruffin (journaliste indépendant) sur l’affaire EADS / Lagardère.
Pour lire le texte complet au format PDF, cliquez ici.
L’affaire Lagardère pour les nuls
En dix leçons :
1 - Comment le délit d’initiés s’est déroulé au grand jour
2 - Comment a fonctionné la censure durant la campagne
3 - Comment sortent les « révélations » aujourd’hui
4 - Comment Lionel Jospin a laissé Airbus à Lagardère
5 - Comment les « Lagardère Boys » se mènent la guerre
6 - Comment EADS fait de la « rentabilité pour l’actionnaire » sa « priorité »
7 - Comment le plan Power 8 était prévu depuis longtemps
8 - Comment on délocalise dans un secteur en croissance
9 - Comment Airbus se construit, et se détruit, à l’image de l’Europe
10 - Comment économistes, socialistes, syndicalistes incitent la résignation
(Ce texte reprend, et actualise, des articles parus dans Fakir en mars 2007 et Le Monde diplomatique en mai 2007.)
1 - Comment le délit d’initiés s’est déroulé au grand jour
…
Noël Forgeard a déclaré, à l’époque, qu’ « il ne savait pas ». Pour Jean-Louis Gergorin, « cet accident technique majeur a constitué une surprise totale ». Arnaud Lagardère plaidera encore plus étrangement : « J’ai le choix de passer pour quelqu’un de malhonnête ou d’incompétent qui ne sait pas ce qui se passe dans ses usines. J’assume cette deuxième version. »
Qu’on apprécie le paradoxe : des centaines d’ingénieurs savent que des problèmes de câblage électriques retardent l’A380, des milliers d’ouvriers le savent également, même la patronne du bistro de Blagnac le sait - et des dirigeants qui sont payés, avec des stock-options, des parachutes dorés, des jetons de présence en or massif, prétendent qu’ils « ne savaient pas ». Se disent « incompétents ».
Aujourd’hui, l’Autorité des Marchés Financiers a retrouvé des documents attestant que tout ce petit monde savait bien, dès novembre, et à nouveau en mars, que Airbus allait subir des retards. …
2 - Comment a fonctionné la censure durant la campagne
…
Durant tout le printemps, et c’est un exploit qu’il faut saluer, des centaines d’articles, de reportages télévisés, de flashes radios sont réalisés sans qu’un nom ne soit prononcé : celui de Lagardère.
…
Un professeur d’économie, ancien membre de la Banque de France, et qui connaissait bien les imbroglios du groupe EADS, a adressé une tribune au Monde - dont le groupe Lagardère est actionnaire. Non seulement son texte ne fut pas publié, mais il n’a jamais obtenu de réponse, alors qu’il était un habitué des pages « Débats ». A Libération, le responsable des « Rebonds » a connu un « problème informatique ». Même L’Humanité, pourtant opposée au plan Power 8, s’est gardée d’attaquer Lagardère dans ses titres ou à sa Une. Malgré des profits cent fois inférieurs, Noël Forgeard et son parachute doré à 8 millions eurent droit à moins de clémence : les plumes se défoulaient sur ce symbole abhorré de « l’argent fou », une « provocation », une « prime à l’incompétence », tandis que de l’UMP au PS, et jusque dans les rangs du MEDEF, on se déclarait « frappé de stupeur ».
3 - Comment sortent les révélations aujourd’hui
Alors que tous les éléments étaient rassemblés dès le printemps, voire dès l’année dernière, pourquoi l’affaire sort-elle aujourd’hui ?
Pourquoi prend-elle une telle ampleur ?
Durant la campagne présidentielle, souvenez-vous combien on s’est tus sur les « amis » milliardaire du candidat Sarkozy…
Alors, pourquoi aujourd’hui ?
Juste un indice : la note de l’AMF - qui n’apporte pas grand-chose de neuf sur le fond et qui a pourtant engendré cette tornade - cette note fut publiée dans Le Figaro. C’est-à-dire dans le quotidien de l’avionneur Serge Dassault….
l’élection présidentielle est passée... Aujourd’hui, les grands dirigeants peuvent reprendre leurs manœuvres. Avec pour objet ici, vraisemblablement, de déstabiliser Lagardère pour que Dassault (empêtré dans ses Rafales qui ne se vendent pas) le remplace au sein du juteux EADS.
4 - Comment Lionel Jospin a laissé Airbus à Lagardère
Airbus est né en 1970 d’un accord entre Etats, associant notamment « deux entreprises publiques : Aérospatiale en France et MBB outre-Rhin »…
…
L’histoire s’est inversée, désormais c’est Aérospatiale qui est marginalisé : « Les Anglais et les Allemands ont réussi à imposer l’idée que seules l’indépendance de gestion et l’autonomie financière permettraient à Airbus de poursuivre sa course conquérante. »
…
D’autant plus « vite » que Airbus est devenu rentable. Après vingt-cinq ans de tâtonnements, vingt-cinq ans d’aides gouvernementales,…
On avait collectivisé les dépenses, il est temps de privatiser les profits...
La moisson des bénéfices approche : c’est le moment que choisit M. Lionel Jospin, au printemps 1999, pour confier Aérospatiale au privé. Et vers qui se tourne-t-il ? Vers Matra, pourtant étranger à l’aviation civile…
Le gouvernement de la « gauche plurielle » fait alors deux cadeaux à Lagardère. D’abord, Lionel Jospin accorde des ristournes évaluées à quatre milliards de francs. Et c’est le premier ministre, surtout, qui accepte que l’Etat soit « interdit de gestion », représenté par Jean-Luc Lagardère au sein du groupe EADS. Les pleins pouvoirs sont donnés au privé. On va vite en découvrir les talents de gestionnaires...
5 - Comment les « Lagardère Boys » se mènent la guerre
Le projet industriel d’Airbus est vite délaissé par les nouveaux dirigeants.
…
Cette rivalité, ancienne, entre MM. Philippe Camus et Noël Forgeard notamment, le décès de Jean-Luc Lagardère, au printemps 2003, l’exacerbe. Les deux hommes ne poursuivent plus qu’un but, devenir calife à la place du calife…
On devine que, dévorés par de telles ambitions, fomentant des coups tordus, avec les tracasseries politico-judiciaires de Clearstream en prime, la supervision de l’A380 apparaisse vite facultative, secondaire. Que n’aurait-on entendu sur l’incurie de l’Etat si c’est entre ministères que s’était déroulée cette bataille, et non entre cadres du privé.
Surtout, et bien plus fondamentalement, le développement industriel est négligé au profit des objectifs financiers. Au profit des profits.
6 - Comment EADS fait de la « rentabilité pour l’actionnaire » sa « priorité »
La privatisation d’Aérospatiale à peine entamée, quel défi lançait Philippe Camus, « futur directeur général » d’une société qui n’existait pas encore ? Celui de bâtir les avions de l’avenir, moins pollueurs ? Non, « de faire passer la marge d’exploitation de 4% à 8% en cinq ans. »
…
depuis 2004 le groupe « met en oeuvre un programme de rachat d’actions », qui pourrait atteindre « 7,8 milliards d’euros jusque novembre 2007 ». Ce choix atteste la financiarisation d’EADS. Plutôt que d’investir son « cash flow » dans des chaînes de production, ou dans la recherche et le développement, l’entreprise n’entreprend plus... Malgré cela, comment Louis Gallois justifie-t-il la cession des sites de Méaulte, Filton (Royaume-Uni) et Nordenham (Allemagne) ? « Les investissements totaux nécessaires au passage aux matériaux composites représentent 500 à 600 millions d’euros. Nous ne pourrons pas les réaliser nous-mêmes. » Juste des centaines de millions ? Pour les actionnaires, on compte en milliards.
7 - Comment le plan Power 8 était prévu depuis longtemps
Il faut en revenir, d’abord, aux justifications officielles du Plan Power 8. Tant chez les dirigeants d’EADS qu’au gouvernement, on a estimé ce plan « nécessaire », « équilibré », « équitable »…
Le ministre de l’Economie, Thierry Breton, ami personnel d’Arnaud Lagardère et familier des entretiens de complaisance sur Europe 1, a aussitôt salué tant de bon sens : … « Ce plan était nécessaire pour que le groupe européen puisse résister à la baisse du dollar face à l’euro ».
Sont avancés, ici, des arguments de conjoncture : les « retards », la « baisse du dollar », etc.
Or, ce plan de restructuration était prévu depuis longtemps, bien avant ces déboires - que l’on a largement exagérés pour faire passer la pilule.
C’est ce qu’on découvre à la lecture d’un document jamais cité et pourtant passionnant, extrêmemnet éclairant : le « Rapport annuel 2005 » du groupe EADS, intitulé « Tracer l’avenir ». Tout va pour le mieux, cette année-là : « La rentabilité d’EADS a atteint de nouveaux sommets... pour une troisième année consécutive, une augmentation de dividendes est proposée... une année record en terme de livraisons, de commandes et de rentabilité... » Mais ces « performances » ne suffisent pas…
pour que « la rentabilité, selon les mots de Hans Peter Ring, directeur financier d’EADS, ne risque pas d’être en décalage sensible par rapport aux standards de l’industrie et aux attentes légitimes »20 des actionnaires ?
8 - Comment on délocalise dans un secteur en croissance
On s’est largement habitués aux délocalisations, mais avec Power 8, un seuil de plus est franchi. D’abord parce que EADS ne se porte pas mal : l’an dernier, malgré les troubles, EADS a enregistré un bénéfice, ses actionnaires ont reçu un dividende, le chiffre d’affaires d’Airbus a augmenté de 14%.
9 - Comment Airbus se construit, et se détruit, à l’image de l’Europe
Airbus apparaît bien, alors, comme un « symbole de la construction européenne », comme son éclairant reflet. Dans les années 70, Airbus était fondé sur la « coopération franco-allemande », sur la « tutelle bienveillante mais directive des Etats », avec deux entreprises publiques qui s’allient - et c’est bien cette « volonté politique » qui construisait à la fois Airbus et l’Europe.
A la fin des années 90, d’un traité à l’autre, Bruxelles radote son credo, « concurrence libre et non faussée », et fait de l’Europe le royaume de la « libre circulation des biens et des capitaux, y compris avec les pays tiers ». Comment s’étonner que, à cette époque, Airbus est livré au privé et doit une aveugle « obéissance au marché », que les salariés sont licenciés pour accroître la rentabilité pour l’actionnaire et que les ministères n’interviennent pas - sinon pour soutenir des dirigeants qui dégraissent.
…Ceci, alors que les fonds spéculatifs, une banque russe, entrent au capital d’EADS.
Dernier symbole de cette « corporate Europe » : EADS a implanté son siège à Amsterdam, pour échapper à la taxation sur les plus-values.
10 - Comment économistes, socialistes, syndicalistes incitent la résignation
…
Ségolène Royal a fait des déclarations inaudibles, où elle propose que les Régions investissent dans EADS, où elle parle d’ « anticipation », de créer une « agence nationale de ré-industrialisation », du pipeau. Ou encore davantage de mutisme : au printemps, Dominique Strauss-Kahn et Lionel Jospin ont publié une tribune dans Le Monde où les noms d’Arnaud et Jean-Luc Lagardère ne sont à aucun endroit cités. Et pour cause : c’est le gouvernement « gauche plurielle » de Lionel Jospin qui a confié Airbus au privé. On ne peut pas laisser entrer le loup dans la bergerie, lui donner toutes les clés, lui dire « faites comme chez vous » et ensuite regretter qu’il ait dévoré les brebis. Cette absence d’un contre-discours net a forcément pénalisé la riposte…
01:00 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Airbus, EADS, Finance, Lagardère, Dassault, Sarkozy


