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09.10.2007
Perte des valeurs...
Selon une étude récemment parue dans la Revue internationale du travail, les salaires des 10 % des salariés les mieux payés ont progressé nettement plus vite que le salaire médian (le salaire tel que la moitié des salariés gagne moins, à ne pas confondre avec le salaire moyen) dans la plupart des pays industrialisés. Depuis 1980, cet écart s’est creusé de plus de 10 points voire de 15 aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Italie… En Europe seules la Finlande, la Suède…et la France sont épargnées par ce creusement des écarts entre les mieux payés et les autres.
Une littérature foisonnante sur le sujet nous explique tout cela est due aux mutations du marché du travail qui font que la demande pour le travail très qualifié est en expansion. La hausse de la demande entraîne donc une hausse des prix, en l’occurrence les salaires des plus qualifiés. C’est la bonne vieille loi de l’offre et de la demande, nous dirait Jacques Marseille ! Sauf que l’offre de travail qualifié a elle aussi augmenté, ce qui contrecarre l’effet de la demande. De plus l’explication précédente ne nous dit pourquoi les salaires des 10 % les plus riches augmente plus vite que les autres, ce qui se traduit par un creusement de l’écart.
On peut envisager deux explications moins « mécaniques » que la loi de l’offre et de la demande : la « perte des valeurs » et « l’effet Zidane ».
La perte des valeurs
La « perte des valeurs » est habituellement associée aux « assistés », pour qui la valeur travail n’a plus de sens. Mais la « perte des valeurs » atteint aussi une fraction des salariés les mieux payés. Jusque dans les années 1980, il existait une sorte de code salarial, un ensemble de normes tacites qui constituaient une sorte de code de bonne conduite. Au-delà d’un certain plafond, les salaires paraissaient indécents, à la fois pour l’employeur et pour le salarié.
Ainsi, au début du XXème siècle, le milliardaire Rockfeller estimait qu’un patron ne devait pas être payé plus de 30 fois le salaire de ses ouvriers (aujourd’hui, c’est plutôt 500 fois dans les grandes entreprises). Mais, lorsque cette norme est transgressée par un nombre croissant d’individus, elle cesse de devenir une norme .
Joseph Stiglitz analyse très bien ce phénomène dans un ses ouvrages :
« Ce que l’on considère comme acceptable est influencé par ce que font les autres, par ce qu’ils jugent, eux, acceptable… Si les PDG sont normalement payés dix fois plus qu’un salarié ordinaire, on peut accepter qu’un PDG exceptionnel se fasse payer quinze fois plus, mais pas cent fois plus. Aux Etats-Unis, dans les années 1990, il n’y avait pas de limites ; tout était devenu acceptable…On valait ce qu’on parvenait à se faire payer. Point final. »
L’effet Zidane
L’effet Zidane, ou effet Pavarotti, traduit l’importance grandissante des « superstars » quelque soit le domaine. Les entreprises sont prêtes à débourser des sommes importantes pour se payer « le » spécialiste. Ce phénomène est perceptible dans la finance, notamment. Bien sûr, cela ne touche qu’une infime minorité de salariés, mais leurs rémunérations hors de toute mesure contribue à faire grandir l’écart avec les salariés « moyens ».
Ces effets sont d’autant plus dommageables que les salariés concernés ont tendance à attribuer à leurs seuls mérites l’énormité de leur rémunération…et à s’affranchir de la solidarité nationale en s’exilant vers des pays plus cléments fiscalement.
Encore et toujours la perte des valeurs !
PP
12:38 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : impôts, inégalités, travail, revenus, salaire


