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28 septembre 2007

Histoire belge

La possibilité d’une scission de la Belgique, évoquée ces derniers temps, est d’autant plus inquiétante que ce cas n’est pas unique en Europe. On peut citer la séparation de la République tchèque et de la Slovaquie. On peut aussi évoquer les velléités récurrentes de certains italiens du nord de laisser leurs compatriotes du sud se débrouiller seuls. Comme pour les Flamands et les Wallons, il s’agit de « riches » qui en en ont assez de payer pour les « pauvres ». La Wallonie est une région dont la situation économique est plutôt délicate : son PIB est inférieur à la moyenne des régions européennes, le déclin industriel a entraîné une hausse du chômage (30 % par endroit). La Flandre, elle, s’en sort plutôt bien.

Ces tensions peuvent amener à se poser la question suivante : « Qu’est-ce qui fait que l’on est français, belge,.. ? ». Qu’est-ce qui fait qu’une société, composée d’individus et de groupes différents, ne se désagrège pas ? Ce mécanisme complexe est appelé « lien social », c’est-à-dire l’ensemble des relations, des normes et des valeurs communes qui lient les individus les uns aux autres, les rendent solidaires et assurent la cohésion sociale.
Or la montée de l’exclusion et des inégalités menace la cohésion sociale.
Pour les plus défavorisés, le danger est de perdre progressivement les liens qu’ils entretiennent avec le reste de la société, pour ne plus exprimer que colère et révolte. En même temps, les revenus des catégories les plus favorisées s’élèvent. Ces couches aisées se coupent de plus en plus physiquement du reste de la population (centres-villes / banlieues).
L’accroissement des inégalités fait donc peser de lourdes menaces sur la cohésion sociale. D’une part elles engendrent des frustrations, sources de tensions, voire de violences de la part de ceux qui s’estiment lésés. D’autre part, elles renforcent le pouvoir d’une minorité de plus en plus riche qui peut imposer ses points de vue, grâce à son accès aux médias, au pouvoir,… bref à tous les leviers de l’influence. C’est en cela qu’une société inégalitaire fonctionne moins bien qu’une société plus égalitaire . Il est donc impératif de corriger les inégalités, notamment par une fiscalité plus progressive (mon propos n’est bien sûr pas de dire que tout le monde doit gagner pareil). Malheureusement, ce n’est pas la tendance actuelle : afin d’attirer chez eux les plus aisés, la plupart des pays ont tendance à baisser les impôts sur le revenu et le patrimoine, au détriment des impôts liés à la consommation (TVA).

Certains économistes expliquent les difficultés de cohésion sociale par d’autres schémas. Au XIXème siècle, on pensait que les « grandes nations » valaient mieux que les petites car elles bénéficiaient d’un grand marché intérieur, et donc d’une économie plus forte. Les unités allemandes et italiennes se sont constituées sur ce modèle. En la matière, la référence demeure les Etats-Unis, qui grâce à un protectionnisme farouche, ont permis à leur entreprises d’acquérir sur leur marché intérieur la taille critique nécessaire pour aller s’attaquer au monde entier. Or, cette idée selon laquelle il vaut mieux un grand marché intérieur qu’un petit se dissout à l’heure où le marché mondial offre à chacun le plus grand marché possible. Une petite nation n’est plus obligée aujourd’hui de perdre les bénéfices d’un grand marché pour se constituer politiquement. En effet, les grandes nations, constituée de populations différentes, doivent faire des efforts importants de redistribution qui pénalisent les finances publiques, alourdissent la dette publique…Les petites nations, plus homogènes, ne s’exposent pas ce risque. Il est donc tentant pour des régions qui réussissent économiquement de vouloir s’affranchir du fardeau de régions plus défavorisées.

Quoiqu’il en soit, il est nécessaire de repenser les mécanismes de solidarité à la fois internes aux Etats, mais aussi inter-Etats. A quand le début de « l’Europe sociale » ?

PP

27 septembre 2007

Petit arrangement entre amis

Dans le dossier de la fusion GDF / Suez, on a beaucoup parlé du revirement de Nicolas Sarkozy. En effet, il avait juré ses grand dieux, devant l’Assemblé Nationale, que jamais l’Etat ne descendrait en dessous de 70 % dans le capital de GDF. Au nom du « pragmatisme » et de la création d’un « champion de l’énergie », il est revenu sur sa parole. Soit.
Mais ce que l’on sait moins c’est que la fusion GDF / Suez a donné lieu à un petit arrangement entre amis.En effet, pour réaliser une fusion d’égal à égal entre les deux groupes, il était nécessaire que Suez cède sa filiale Environnement. Le PDG de Suez, Gérard Mestrallet, s’est ainsi engagé à céder 66% de cette filiale. Mais cette cession n’est qu’apparente…En effet grâce à un pacte d’actionnaires signé pour trois ans, et accompagné d’un droit de préemption, les actionnaires majoritaires de Suez garderont le contrôle de la filiale Environnement.
Mais au fait, qui est l’actionnaire principal de Suez ? Il s’agit du multimilliardaire belge Albert Frère, associé à la plus grosse fortune canadienne, Paul Desmarais.
Ils ont réussi à mettre la main sur GDF, tout en conservant le contrôle de leur filiale Environnement. Pas mal !
Albert Frère (81 ans), après avoir réussi dans le commerce de l’acier, est devenu un des rois de la finance mondiale (c’est un peu le Warren Buffet européen). Il est désormais à la tête d'un trésor de guerre que son entourage évalue à «environ 18 milliards d'euros» à travers des positions de premier plan dans Bertelsmann, Suez, Eiffage et Lafarge, mais aussi Total ou Imérys (valorisation des minéraux), entre autres (beaucoup d’autres).
Paul Desmarais est, quant à lui, un canadien francophone qui a bien mené sa barque en bâtissant un empire dans le transport, puis les médias. Alors qu'il recherchait des entreprises en Europe pour étendre l'influence de son groupe, il a rencontré le financier belge Albert Frère au conseil d'administration de Paribas. Les deux hommes se sont découverts un alter ego appliquant les mêmes techniques financières : OPA amicale d'entreprises saines qui vivent des difficultés financières importantes, mais temporaires.
Selon le Figaro, il serait un proche du Président de la République. Paul Desmarais était ainsi de la fête tenue au Fouquet's pour célébrer l’élection du nouveau président français le 6 mai 2007. En 2004, Nicolas Sarkozy a séjourné dans son domaine sur le fleuve Saint-Laurent. « Quand tu entres dans la propriété, on t'ouvre un premier portail. Ensuite, tu dois faire des kilomètres et des kilomètres avant d'arriver au château. », racontait Nicolas Sarkozy à propos du fief de son ami Desmarais.
Le château est-il chauffé au gaz ?

PP

26 septembre 2007

TVA sociale : le retour ?!

Un groupe de travail (un de plus), piloté par un député UMP, a planché sur le financement de la protection sociale. Lorsque je vous aurai dit que Jacques Marseille faisait partie du lot, vous serez définitivement rassuré sur la teneur des préconisations de ces experts.
Il s’agirait en fait, non pas d’alléger les cotisations patronales (comme prévu dans le projet initial de TVA sociale), mais de réduire de 3,15 points les charges salariales (je ne vois pas où le progrès). Cela permettrait de « dégager 14 milliards de pouvoir d’achat pour les salariés ». Ces 14 milliards seraient financés par…une hausse de 1,4 points de la TVA ! Surprise !
Rien de nouveau sous le soleil, donc…Ah si ! Il ne s’agit plus de TVA « sociale », mais de TVA « pouvoir d’achat »…Sans commentaire…
Pour le prochain groupe de réflexion, voici quelques idées de noms pour mieux faire passer la TVA sociale auprès du public :
* Mais où donc passé la TVA sociale ?
* On a retrouvé la TVA sociale.
* La TVA sociale au clair de lune
* La TVA sociale fait du ski
* La TVA sociale contre-attaque
* Le retour de la TVA sociale
Quoiqu’il en soit, même si le titre est vendeur, je doute que le scénario soit à la hauteur…

Plus sérieusement, le rapport de la Commission des comptes de la Sécurité sociale, publié lundi, indique que les dispositifs d'exonérations de charges en faveur de l'emploi devraient atteindre le total impressionnant de 31,75 milliards d'euros en 2008 (+ 13 %), après 28 milliards cette année et 24 milliards en 2006. Cette nouvelle poussée est liée aux allégements sur les heures supplémentaires, qui représenteront un peu plus de 4 milliards l'an prochain.
Il faut rappeler que ces allègements sont compensés presqu’intégralement par l’Etat, donc…par les impôts (et donc la TVA).

PP

24 septembre 2007

Le management de l'entreprise France

Une fois de plus, ces derniers jours ont été riches en gaffes de nos ministres.
Le premier d'entre eux...n'a pas été le dernier ! Il y a seulement quelques jours, il avait enguirlandé Chrisitne Lagarde (Ministe de l'Economie) parce qu'elle avait parlé de "plan de rigueur" pour la fonction publique. Sans doute grisé par le vin corse, voilà que François Fillon nous apprend que la France est en "faillite". Economiquement, cela n'a bien sûr pas de sens. La France va-t-elle déposer son bilan ? Allons-nous tous être licenciés ? Allons-nous devoir trouver un "repreneur" ? Non, bien sûr ! Contrairement à ce que l'on veut nous faire croire un Etat n'est pas une entreprise. De plus, la France n'éprouve aucune difficulté à financer sa dette, déténue d'ailleurs à 65% par des entités françaises (notamment via l'assurance-vie). En revanche, il y a bien un souci : la dette de la France ne sert pas à préparer le futur (investissements, recherche, éducation...), elle sert à faire face aux dépenses courantes. Et ce n'est pas en creusant inutilement le déficit de 15 milliards (via le paquet fiscal) que la situtation va s'arranger.
Hervé Morin (Ministre de la Défense) a fait également très fort... En période de négociation avec le Maroc pour une vente de l'avion Rafale (fleuron industriel de Dassault), il n'a pas trouvé mieux que de dire que cet avion était trop "sophistiqué" et donc "trop cher". Comme si l'Euro fort ne suffisait pas, voilà le ministre qui en rajoute ! Ce n'est pas demain que nous verrons les premières exportation de Rafale ! Si Hervé Morin avait fait partie d'un gouvernement de gauche, il ne fait aucun doute que Serge Dassault (député UMP et patron de l'entreprise fabriquant le Rafale) aurait demandé qu'il soit jugé pour haute trahison (voire pendu sans procès) !

Pour reprendre les analogies avec l'entreprise dont sont si friands les hommes politiques de droite, on peut dire que le management de l'entreprise France n'est pas au top. Imaginez une entreprise où un cadre dirigeant annonce, souhaitant galvaniser ses équipes, que l'entreprise est en faillite et que les salariés sont tous des fainéants ! Imaginez une entreprise où un cadre dénigre publiquement les protuits de l'entreprise ! QUe dire aussi d'un PDG qui ne sait pas déléguer, et qui ne sait pas s'entourer ?

PP

21 septembre 2007

Le vent tournerait-il ?

Depuis quelques mois, on assiste à quelque chose d’impensable au sein de la communauté des économistes américains ! Des voix, et non des moindres, s’élèvent pour dire que la mondialisation est responsable de la perte d’emplois et de la baisse des salaires dans les pays industrialisés (et notamment aux Etats-Unis).

Ainsi, Paul Krugman (Université de Princeton) a écrit dans les années 90 un ouvrage intitulé « La mondialisation n’est pas coupable ». Il nous expliquait alors que les difficultés rencontrées par les travailleurs peu qualifiées étaient dues à des mutations internes du marché du travail. Aujourd’hui, il révise son jugement et s’inquiète des écarts de salaires entre Chine et Etats-Unis. De plus, selon lui, la segmentation croissante des processus de production repousse sans cesse les frontières des activités « délocalisables ».
En conclusion, voici les dernières lignes d’un article paru sur le site Vox :
« Tout cela nous amène à la conclusion que l’on ne peut plus affirmer, comme c’était le cas il y a une dizaine d’années, que les effets du libre échange sur la répartition du revenu dans les pays riches sont relativement minimes. Un certain nombre d’éléments indiquent que ces effets sont assez importants, et qu’ils sont en train de le devenir plus encore.
Cela ne veut pas dire que je défende une forme de protectionnisme. Mon objectif est bien plutôt de souligner que les promoteurs du libre échange doivent répondre plus adéquatement aux inquiétudes de ceux qui subissent la mondialisation. »
Intégralité du texte…

Plus étonnant encore, Kenneth Scheve et Matthew Slaughter (ancien conseiller économique de George Bush) réclament, dans un article paru dans le dernier numéro de la revue américaine Foreign Affairs, la mise en place d’un New Deal, en référence au plan du Président Roosevelt pour sortir de la crise 1929. Ils appellent de leurs vœux une politique fiscale de redistribution des richesses en faveur des perdants de la mondialisation. Il s’agit de redistribuer les richesses créées par la mondialisation à l’aide d’un impôt fédéral progressif sur le revenu, afin d’atténuer les inégalités. C’est, selon eux, le seul moyen de lutter contre un retour du protectionnisme qui serait ruineux pour l’ensemble des économies. Même en France, ils passeraient pour de dangereux collectivistes !
Intégralité du texte…

Espérons que ce revirement gagne bientôt les dirigeants des pays industrialisés et notamment européens. Cela permettra peut-être de mettre fin à la spirale infernale de la concurrence fiscale ! Recevoir des leçons en matière de réduction des inégalités et de progressivité de l’impôt en provenance du pays réputé le plus libéral du monde, c’est tout de même un comble !

20 septembre 2007

Une France de propriétaires

Un des arguments majeurs de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy a été l’encouragement de l’accession à la propriété immobilière. Il veut faire de la France une « société de propriétaires », sur le modèle anglo-saxon (comme toujours, serait-on tenté de rajouter !).
Alors que 71% des britanniques sont propriétaires de leur logement, seuls 58% des français le sont. L’accession à la propriété serait-elle source de performance économique ? En faisant le tour des pays européens, on peut en douter. En effet, si 84 % des espagnols, 76% des grecs, 75 % des portugais et 71 % des suédois sont propriétaires, les performances des économies de ces pays sont très disparates. A l’inverse, seuls 58% des finlandais, 54% des néerlandais, 42% des norvégiens, 42% des allemands et… 37% des suisses sont propriétaires de leur logement. Pour autant, on ne peut pas dire que la situation allemande soit particulièrement dramatique, que la Finlande soit un pays sous-développé ou que la Suisse crie famine !
Pour ma part, je pense que le nombre de propriétaire dans un pays est le résultat d’habitudes, de traditions et qu’il n’y a pas de voie royale en la matière. Favoriser l’accession à la propriété est un choix purement idéologique. Aux Etats-Unis, on a vu cet été à quelle catastrophe a conduit la quête effrénée de la sacro-sainte propriété.
En Espagne, où 86% des habitants sont propriétaires, la situation n’est pas si idyllique que ça ! Lors d’une visite de Christine Boutin (Ministre du Logement et de la Ville) en Espagne, le président de l’association des banques spécialisés dans le crédit immobilier a déclaré : « Je suis un vieil admirateur du parc locatif français ». Un promoteur espagnol enfonce le clou : «Les Espagnols ne connaissent pas la location, mais il faut leur en proposer pour améliorer la mobilité des ménages ». De plus, les banquiers et les promoteurs espagnols s’inquiètent de la situation de millions de clients modestes qui se sont endettés (le plus souvent à taux variable) sur trente, quarante voire cinquante ans pour pouvoir se loger. Les banques commencent d’ailleurs à entrevoir une crise immobilière « à l’américaine ».
L’accession à la propriété n’est donc pas la solution miracle, on voit même que la propriété peut nuire au dynamisme économique. En effet, lorsqu’on est « scotché » pour quarante ans à un logement, il est moins aisé d’envisager la mobilité professionnelle. Il n’y a pas de justification économique à imposer la logique du « tous propriétaires » et, accessoirement, à favoriser fiscalement les propriétaires par rapport aux locataires. Nicolas Sarkozy, qui prône d’habitude la « liberté de choix », devrait y réfléchir !

PP

19 septembre 2007

Stocks-options et équité

Le salaire moyen de PDG français a progressé plus rapidement que celui de leurs employés entre 1995 et 2005 :+1,6 % par an en moyenne pour les patrons des moyennes et grandes entreprises, contre 0,6 % pour les salariés selon l’Insee. C’est avec les PDG de sociétés de plus de 2000 salariés que l’écart est le plus grand : leur salaire a augmenté de 3,8 % par an. Dans le monde des dirigeants, les disparités de revenus sont également importantes : le moins bien payé des 10 % des PDG les mieux rémunérés touche un salaire 4,5 fois supérieur au patron le mieux payé parmi les 10 % les moins bien rétribués. C’est en France que l’envol des rémunérations a été le plus marqué. Selon le magazine américain Fortune, en 2006, dix des vingt patrons les mieux payés en Europe sont Français, notamment grâce à la pratique des stocks-options. Les deux premières marches du podium sont trustées par Carlos Ghosn, de Renault, avec 45,5 millions de dollars, et Jean-Paul Agon, de l’Oréal, avec 19,3 millions de dollars.
Dans le même temps, le rapport de la Cour des Comptes sur les comptes sociaux en 2006 nous apprend que l’exonération de cotisations sociales des stocks-options prive la Sécurité Sociale de… 3 milliards d’euros par an. Les hauts dirigeants qui revendent leur paquet d’actions ne paient pas de cotisations sociales sur les plus-values qu’ils en retirent.
L’argument classique des libéraux qui consiste à dire qu’augmenter les impôts des plus riches ne servirait à rien en prend un sérieux coup !
Au moment où l’on met en avant « l’équité » pour justifier la réforme des régimes spéciaux de retraite, il serait bon d’appliquer ce principe aux privilèges accordés aux détenteurs de stock-options.

PP

18 septembre 2007

Petites et grosses commissions

Clémenceau disait : « Si vous voulez enterrer un dossier, créez une commission ». Il semblerait donc que Nicolas Sarkozy veuille enterrer pas mal de dossiers ! En effet, en quelque mois, il a créé pas moins de 8 missions et commissions. La dernière en date est la commission Attali sur la croissance. Lionel Stoléru doit réfléchir sur les PME, Edouard Balladur sur les institutions, Hubert Védrine sur la mondialisation, Michel Rocard sur le métier d’enseignant…On peut aussi citer la commission sur la sécurité, la défense, la maladie d’Alzheimer…

La gaîté, moteur de croissance…
Jacques Attali nous a gratifié d’un démarrage en fanfare ! Selon lui, un des points faibles de la société française est qu’elle n’est pas « gaie ». Pour être gai, il faut avoir confiance en l’avenir. Or depuis trois décennies, quel projet de société nos dirigeants ont-ils formulé ? Aucun ! Si ce n’est l’acceptation résignée du libéralisme et de ses conséquences sociales. On ne cesse de glorifier l’individualisme, le « cas par cas », la flexibilité, la concurrence…Le risque devient une valeur et la protection un handicap, même pour certains socialistes autoproclamés « modernes » (L’ex-chancelier allemand Schroeder ne disait-il pas qu’un haut niveau de protection sociale était incompatible avec le plein emploi). Ce n’est pas le programme social de Nicolas Sarkozy, tel qu’il a été annoncé aujourd’hui, qui va changer les choses, bien au contraire (notamment l’accent mis sur l’assurance individuelle pour les maladies de longue durée et la vieillesse).
Pour que la société française retrouve sa gaîté, il faudrait réaffirmer les valeurs de solidarité et de cohésion sociale, engager la lutte contre la précarité et les inégalités. Je pense qu’une société égalitaire est plus efficace qu’une société inégalitaire. Bien entendu, il ne s’agit pas de tendre vers une société « communiste » où tout le monde gagnerait le même salaire. Il s’agit limiter les inégalités et de renforcer la solidarité. Cela passe par une réflexion sur la fiscalité, qui est selon moi la traduction chiffrée, monétaire, des valeurs d’une société. L’impôt donne les moyens de financer les politiques publiques : éducation, recherche, santé, protection sociale…Il doit également servir à réduire les inégalités. Les pays scandinaves, très égalitaires, sont souvent cités en exemple… malgré le poids important de la fiscalité.

Attention aux rabat-joies…
On oppose souvent l’immobilisme de la société française au dynamisme et à l’optimisme des sociétés anglo-saxonnes. La crise financière en cours a quelque peu douché ce bel optimisme. Les épargnants qui font la queue devant les guichets de la banque anglaise Northern Rock ont sans doute un peu perdu de leur « gaîté ». Je me demande si le dynamisme tant vanté est si bien ancré. Effectivement, pour les « gagnants » qui bénéficient de la mondialisation (en gros 25% de la population), la situation est bonne (voire très bonne pour les 1 % les plus riches et encore meilleure pour les 0,1% les mieux lotis). En revanche, pour la majorité, ce dynamisme s’apparente plus à l’énergie du désespoir : quand on vous jette à la mer sans gilet de sauvetage, vous n’avez d’autre solution que de vous agiter pour tenter de surnager. Ainsi, aux Etats-Unis, près de 50 millions de personnes n’ont pas de « gilet de sauvetage » (protection sociale).
En Grande Bretagne, des voix s’élèvent pour tempérer l’enthousiasme sur la réussite économique. « Dans 25% des sociétés, les travailleurs temporaires n’ont pas droit aux paiements en cas de maladie, et dans 14% des cas ils n’ont pas de congés payés », s’alarme le Trade Union Congress. « Le travail occasionnel a remplacé le travail traditionnel, de qualité et payé raisonnablement. Combien de travailleurs vulnérables y a-t-il dans le plein-emploi tant affiché ? » s’inquiète le syndicat Unite.

Quoiqu’il en soit, j’attends avec impatience les propositions de Jacques Attali pour mettre un peu de gaîté dans ce monde de brutes !

PP

17 septembre 2007

Entrepreneurs et Spéculateurs

A propos de la stratégie de la Banque Centrale Européenne (BCE) face à la crise financière, Nicolas Sarkozy a tenu les propos suivants (vendredi soir, dans l’avion qui le ramenait de Hongrie) :
« On a fait des facilités pour les spéculateurs, on complique la tâche pour les entrepreneurs ».
Il critique l’injection de liquidités par la BCE durant le mois d’août, afin d’assurer le fonctionnement du marché monétaire («facilités pour les spéculateurs ») . Il critique également l’absence de baisse des taux de la BCE. Une baisse des taux aurait, selon lui, été nécessaire pour encourager l’investissement et donc la relance de la croissance. En ne baissant pas son taux directeur, la BCE « complique la tâche pour les entrepreneurs ».
Pourquoi pas ?
Mais ces critiques auraient sans doute eu plus de poids si…Nicolas Sarkozy était cohérent dans ses opinions. En effet, courant août, il a été l’un des rares dirigeants politiques à adresser un satisfecit aux autorités monétaires (BCE), qui « sont intervenues pour apporter de la liquidité quand elle était nécessaire ».
Aujourd’hui, la BCE a tout faux ! Etrange, non ?
Nicolas Sarkozy veut, paraît-il, remettre en cause l’indépendance de la BCE. Il avait pourtant appelé à voter « Oui » au Traité Constitutionnel Européen qui rendait constitutionnelle l’indépendance de la BCE !
Pour ma part, je pense effectivement qu’un débat sur l’indépendance de la BCE ne serait pas superflu. En effet, pourquoi confier la politique monétaire à des techniciens (technocrates ?) qui ne sont pas des élus, qui n’ont de compte à rendre à personne… Ce dogme de l’indépendance des banques centrales date des années 80, période pendant laquelle les Etats étaient censés être à l’origine de tous les maux. Il fallait donc les dessaisir au plus vite de leurs prérogatives telles que, par exemple, la politique monétaire, d’où l’indépendance des banques centrales. Aujourd’hui, le seul et unique mandat de la BCE est de lutter contre l’inflation. En des temps de croissance faible, de chômage élevé, la lutte contre l’inflation pourrait peut-être passer au second plan au bénéfice de la croissance…
Quoiqu’il en soit, ce débat complexe doit être mené dans le calme et le consensus. Il va de pair avec la mise en place d’une politique économique et budgétaire européenne. Ce n’est donc pas en braquant nos partenaires que l’on avancera sur ce dossier.

Entrepreneurs et Spéculateurs
Comme à son habitude, Nicolas Sarkozy nous propose une vision du monde très manichéenne : d’un côté les méchants spéculateurs et de l’autre, les gentils entrepreneurs. Sa recherche constante de boucs-émissaires l’a conduit a stigmatiser les « quelques dizaines de spéculateurs » qu’il faudrait sanctionner et qui seraient cause de tous les maux. Sauf que la crise n’est pas due aux errements de quelques requins de la finance, il s’agit d’une dérive de l’ensemble du système, de la course au rendement effrénée que se livrent les établissements financiers. Les dérivés de crédit, à l'origine de la crise, étaient la création de petits génies de l’ingénierie financière : ils devaient permettre de répartir les risques de crédits immobiliers de mauvaise qualité (les fameux « subprime ») sur un grand nombre d’intervenants. Ils assuraient des rendements importants, faisant presque oublier qu’un rendement élevé est la contrepartie d’un risque lui-même plus élevé. Or, le monde réel est venu rappeler ce principe immuable : les défaillances des emprunteurs « risqués » (appâtés à coup de taux promotionnels et autres artifices marketing) ont fait vaciller ce château de cartes. Désormais, on se rend compte que personne ne sait qui porte le risque et à quelle hauteur. Cela engendre une spirale infernale, une course au cash qui entraîne à la baisse même les actifs de bonne qualité. Bref, le schéma classique de la crise boursière due à une perte de confiance et au renversement de la croyance centrale : les opérateurs sont passés de « haussier » (optimiste) à « baissier » (pessimiste).
On est bien loin de quelques « spéculateurs », qu’il faudrait « aller chercher » (l’expression favorite de Nicolas Sarkozy en ce moment) pour les punir. C’est à une régulation d’ensemble du système financier qu’il faut réfléchir. Malheureusement, je crains qu’encore une fois, on nous fasse le coup de la « transparence », censée remédier à tous les maux.

Rideau de fumée…
Les critiques de Nicols Sarkozy sur la BCE n’ont pas manqué de faire une polémique. Bizarrement, ces propos sont intervenus le jour même où M. Juncker, au nom de l'Eurogroupe, a publiquement rappelé à l'ordre la France à Porto pour son manque d'efforts dans la réduction de ses déficits, lors d'une réunion du forum. Notre Président aurait-il à nouveau utilisé sa technique habituelle du « rideau de fumée » :susciter une polémique pour masquer des sujets importants. Mais non, voyons ! Quel mauvais esprit !
Alors que la croissance française est anémique, que le paquet fiscal va aggraver en pure perte les déficits publics, que les français commencent à s’apercevoir de l’ineptie de ses solutions, Nicolas Sarkozy rejette la faute sur la BCE et l’Europe…A défaut de régler les problèmes, cela lui permet de gagner un peu de temps.
Si le chômage repart à la hausse, il pourra toujours aller bombarder l’Iran !

PP

13 septembre 2007

Interview du président de la CNAM

Voici quelques extraits de l’interview de Michel Régereau, paru dans La Tribune du 12/09/07. Michel Régereau est président (CFDT) de la Caisse nationale d’assurance maladie et ses propos sortent quelque peu des sentiers battus:
« Il faut s’attaquer aux problèmes d’organisation de notre système de soins, une question qui a été laissée de côté par la réforme Douste-Blazy. Il faut par exemple revoir les règles d’installation des professionnels de santé dans les zones où l’on constate une évolution défavorable de la démographie médicale. J’estime qu’il y aune obligation de service public pour les professions médicales et paramédicales et que l’on ne doit plus laisser une liberté totale d’installation aux soignants. Les incitations financières ne suffisent pas. Il faudrait que les professionnels soient redevables de quelques années à la collectivité, durant lesquelles ils seraient affectés là où il y a des besoins. »
« Les médecins libéraux s’impliquent de moins en moins dans les gardes du soir, de nuit et de week-end. Le volontariat individuel a ses limites lorsqu’il exonère de toute obligation collective. C’est un peu comme si les pompiers pouvaient refuser d’être volontaires pour travailler la nuit. »
« On doit développer la médecine de proximité, autour du médecin traitant, et développer les paiements au forfait, notamment sur les pathologies lourde, à la place des paiements à l’acte. »
« Il est important de développer l’information en direction des assurés :renseigner sur les tarifs des médecins… » (Les dépassements d’honoraires médicaux s’élèvent à 2 milliards d’euros).

Espérons que ces propositions ne resteront pas sans échos…
Il est en effet plus que temps de se rendre compte que les dérives des dépenses de santé ne sont pas le seul fait de la « boulimie » des patients, mais que les professionnels ont aussi une large responsabilité.
Nicolas Sarkozy aurait là une belle occasion de mettre en œuvre sa fameuse « rupture » ! Il semble pour l’instant être plus enclin à s’occuper des « privilèges » des régimes spéciaux de retraite plutôt que de ceux des professions réglementées (médecins, notaires, huissiers…).

PP

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