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18.09.2007

Petites et grosses commissions

Clémenceau disait : « Si vous voulez enterrer un dossier, créez une commission ». Il semblerait donc que Nicolas Sarkozy veuille enterrer pas mal de dossiers ! En effet, en quelque mois, il a créé pas moins de 8 missions et commissions. La dernière en date est la commission Attali sur la croissance. Lionel Stoléru doit réfléchir sur les PME, Edouard Balladur sur les institutions, Hubert Védrine sur la mondialisation, Michel Rocard sur le métier d’enseignant…On peut aussi citer la commission sur la sécurité, la défense, la maladie d’Alzheimer…

La gaîté, moteur de croissance…
Jacques Attali nous a gratifié d’un démarrage en fanfare ! Selon lui, un des points faibles de la société française est qu’elle n’est pas « gaie ». Pour être gai, il faut avoir confiance en l’avenir. Or depuis trois décennies, quel projet de société nos dirigeants ont-ils formulé ? Aucun ! Si ce n’est l’acceptation résignée du libéralisme et de ses conséquences sociales. On ne cesse de glorifier l’individualisme, le « cas par cas », la flexibilité, la concurrence…Le risque devient une valeur et la protection un handicap, même pour certains socialistes autoproclamés « modernes » (L’ex-chancelier allemand Schroeder ne disait-il pas qu’un haut niveau de protection sociale était incompatible avec le plein emploi). Ce n’est pas le programme social de Nicolas Sarkozy, tel qu’il a été annoncé aujourd’hui, qui va changer les choses, bien au contraire (notamment l’accent mis sur l’assurance individuelle pour les maladies de longue durée et la vieillesse).
Pour que la société française retrouve sa gaîté, il faudrait réaffirmer les valeurs de solidarité et de cohésion sociale, engager la lutte contre la précarité et les inégalités. Je pense qu’une société égalitaire est plus efficace qu’une société inégalitaire. Bien entendu, il ne s’agit pas de tendre vers une société « communiste » où tout le monde gagnerait le même salaire. Il s’agit limiter les inégalités et de renforcer la solidarité. Cela passe par une réflexion sur la fiscalité, qui est selon moi la traduction chiffrée, monétaire, des valeurs d’une société. L’impôt donne les moyens de financer les politiques publiques : éducation, recherche, santé, protection sociale…Il doit également servir à réduire les inégalités. Les pays scandinaves, très égalitaires, sont souvent cités en exemple… malgré le poids important de la fiscalité.

Attention aux rabat-joies…
On oppose souvent l’immobilisme de la société française au dynamisme et à l’optimisme des sociétés anglo-saxonnes. La crise financière en cours a quelque peu douché ce bel optimisme. Les épargnants qui font la queue devant les guichets de la banque anglaise Northern Rock ont sans doute un peu perdu de leur « gaîté ». Je me demande si le dynamisme tant vanté est si bien ancré. Effectivement, pour les « gagnants » qui bénéficient de la mondialisation (en gros 25% de la population), la situation est bonne (voire très bonne pour les 1 % les plus riches et encore meilleure pour les 0,1% les mieux lotis). En revanche, pour la majorité, ce dynamisme s’apparente plus à l’énergie du désespoir : quand on vous jette à la mer sans gilet de sauvetage, vous n’avez d’autre solution que de vous agiter pour tenter de surnager. Ainsi, aux Etats-Unis, près de 50 millions de personnes n’ont pas de « gilet de sauvetage » (protection sociale).
En Grande Bretagne, des voix s’élèvent pour tempérer l’enthousiasme sur la réussite économique. « Dans 25% des sociétés, les travailleurs temporaires n’ont pas droit aux paiements en cas de maladie, et dans 14% des cas ils n’ont pas de congés payés », s’alarme le Trade Union Congress. « Le travail occasionnel a remplacé le travail traditionnel, de qualité et payé raisonnablement. Combien de travailleurs vulnérables y a-t-il dans le plein-emploi tant affiché ? » s’inquiète le syndicat Unite.

Quoiqu’il en soit, j’attends avec impatience les propositions de Jacques Attali pour mettre un peu de gaîté dans ce monde de brutes !

PP