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31 août 2007

Vacances...

Je pars pour quinze jours de congés...
Ne soyez donc pas surpris si le rythme des mises à jour faiblit quelque peu durant cette période !

Merci à vous pour l'intérêt que vous portez à mes digressions...

A bientôt...La rentrée sera sûrement pleines de rebondissements!!

PP

30 août 2007

Des indices qui en disent long...



Ce graphique représente l’évolution, depuis un an, de quelques indices boursiers. De bas en haut : le CAC 40 (France), le DAX 30 (Allemagne), le SMI (Suisse), le Dow Jones (USA) et le Nikkei (Japon).
S’il fallait une preuve supplémentaire du caractère moutonnier des marchés financiers, ce graphique montre à quel point les évolutions de ces indices sont similaires. Bien sûr, il existe des écarts de croissance assez significatifs, mais la forme générale est identique. Il est frappant, par exemple, de voir que la courbe de l’indice allemand (DAX 30) se superpose presque parfaitement avec la courbe du Dow Jones. Le CAC 40 s’approche de l’indice suisse SMI. L’indice japonais, quant à lui, montre une plus grande volatilité, caractéristique des bourses asiatiques.
Les similitudes sont les plus marquées en période de baisse, preuve que le monde de la finance cède à la panique au même moment sur l’ensemble du globe. Tout le monde se précipite pour vendre au même instant. Chacun espère sauver sa peau et précipite ainsi la chute du système. C'est sans doute cela que l'on appelle l'efficience des marchés!
Je pense que la crise financière actuelle, que certains voyaient déjà comme un soubresaut passager et salutaire, va encore nous donner à voir de belles dégringolades, vertigineuses et simultanées ! Rendez-vous dans quelques semaines !

PP

Rions un peu...

Les observateurs de la vie politique ne manquent pas de s’interroger sur l’inexistence de nos ministres, à commencer par le premier d’entre eux.
Il faut dire que, dès qu’ils ouvrent la bouche, c’est pour dire des c….. des choses qu’ils regrettent par la suite.
Voici un petit florilège (non exhaustif) des interventions remarquables de ceux qui sont censés nous gouverner.
A tout seigneur (enfin presque), tout honneur …François Fillon, lors de sa récente intervention sur TF1, a affirmé que l’Espagne regrettait d’avoir régularisé un grand nombre de sans-papiers. Le premier ministre espagnol José-Luis Zapatero l’a sommé de rectifier ses propos, en affirmant que l’Espagne ne regrettait rien… Ambiance.
Bernard Kouchner, après son voyage en Irak, s’est exprimé dans la presse en faveur du remplacement du premier ministre irakien Al-Maliki. Il a dû s’excuser le lendemain, tout en prétextant que l’on avait mal interprété ses propos. Heureusement que depuis l’affaire libyenne, il commence à avoir l’habitude des explications emberlificotées.
Christine Lagarde a affirmé que la crise financière n’impacterait pas les prévisions de croissance de 2,5%. Quelques jours plus tard, elle a affirmé avec la même certitude qu’elle ne …savait pas si la croissance atteindrait les 2,5 %.
Le député UMP Gilles Carrez a, quant à lui, une méthode infaillible pour atteindre l’objectif fixé. Il l’a dit dans La Tribune du 24/08 : « Il nous faut croiser les doigts pour que la France enregistre l’an prochain 2,5% de croissance. ». On pouvait s’attendre, de la part du rapporteur du Budget à l’Assemblée, à des propositions de subtils ajustements macroéconomiques…Tout ça, c’est bon pour les archaïques, les intellectuels. L’UMP préconise des moyens beaucoup plus « modernes ». Croiser les doigts, fermer les yeux, serrer les fesses, toucher une patte de lapin… les moyens de relancer la croissance ne manquent pas ! Il faudra en parler à Jacques Attali, cela lui donnera sans doute des idées pour sa commission chargée d’identifier les freins à la croissance.
Quant au député Hervé Mariton (UMP bien sûr), toujours dans La Tribune du 24/08, il se veut rassurant à propos du Budget 2008: « Il n’y a pas le feu, mais les marges sont consommées ». En cent jours ! Bravo Mr le Président. Bien entendu, le bricolage en catastrophe de « l’impôt plancher » n’a rien à voir avec ce dramatique constat !

PP

28 août 2007

Sarkozy censuré

Dans le courrier des lecteurs du Midi Libre daté du 28 août , un lecteur sarkozidolâtre s’offusque de « l’affront » fait au Président par le Conseil Constitutionnel sur le dossier de la déduction des intérêts d’emprunt immobilier. Il est vrai que tout serait tellement plus facile si tout le monde pensait comme Nicolas Sarkozy ! Malheureusement, il existe dans ce pays des institutions avec lesquelles il faut composer : cela fait partie de la vie politique.
Les articles censurés portaient sur la déductibilité des intérêts des emprunts pour des acquisitions effectuées dans les cinq dernières années. Cette partie de la loi n’est donc pas seulement anticonstitutionnelle, elle est économiquement inutile voire stupide. En effet, le but de la déduction des intérêts est d’inciter les français à devenir propriétaires. Pour ceux qui ont déjà franchi le pas, il n’y a plus besoin d’incitation ! Mais il est vrai que cela avait l’avantage, pendant la campagne, d’élargir la clientèle électorale de Nicolas Sarkozy…pour la modique somme de 7 milliards d’euros.

PP

22 août 2007

Au cœur de l’eldorado chinois…

Récemment, nous apprenions que la société Mattel retirait du marché 18 millions de jouets fabriqués en Chine en raison d’une contamination au plomb. Cet évènement au retentissement planétaire met en lumière la face cachée de la mondialisation et du miracle chinois. Il y aurait donc un prix à payer pour la recherche effrénée de la baisse des coûts ?
Au-delà des risques pour les consommateurs occidentaux, des menaces de délocalisation pour les ouvriers des pays industrialisés, ce prix est en grande partie payé par les ouvriers chinois, les véritables soutiers de la mondialisation.
L’organisation China Labour Watch (CLW), basée aux Etats-Unis, milite pour l’amélioration des conditions de travail des ouvriers chinois. Elle a mis en ligne sur son site internet www.chinalaborwatch.org un rapport d’audit sur huit usines de fabrication de jouets de la province de Guangdong. Ces usines travaillent pour Hasbro, Disney, Bandaï, Sega…
Ce rapport contient des informations saisissantes sur les conditions de travail et de vie des ouvriers chinois :
* Licenciement en cas de refus d’heures supplémentaires
* 10 à 14 heures de travail par jour
* Heures supplémentaires non payées
* Un seul jour de repos par mois en période de pointe
* Amendes diverses et variées qui viennent grever le salaire déjà faible
* Pas d’assurance sociale
* Agressions verbales, parfois physiques ou sexuelles
* Dispositifs de sécurité inefficaces, voire inexistants
* Cafétérias et dortoirs insalubres et surpeuplés
* …





Selon CLW, la responsabilité de ces abus n’incombe pas uniquement aux fabricants eux-mêmes. Les prix ridicules payés par les multinationales du jouet en sont la principale raison.
Ces multinationales sont au sommet d’une pyramide à la base de laquelle se trouvent les ouvriers, devant leurs chaînes de production. Ces entreprises ne possèdent pas directement ces usines ; en fait elles sont les donneurs d’ordres de fournisseurs locaux (appartenant à des hommes d’affaires Taïwanais ou de Hong Kong). Pour conserver le niveau modeste de leurs profits, ces sous-traitants n’ont d’autre choix que d’accepter les prix toujours plus bas proposés par les multinationales.
La plupart des multinationales ont recours à des dizaines, voire des centaines de sous-traitants afin de rester un client parmi d’autre. Généralement, la part de chaque multinationale ne dépasse pas 20 % du chiffre d’affaires d’un sous-traitant. Cela leur permet ensuite de décliner toute responsabilité en cas de plainte de la part d’ouvriers.

Autre exemple avec Puma (articles de sport), où les ouvriers des sous-traitants chinois travaillent plus de 16 heures par jour pour un salaire horaire de 23 centimes d’euros. Ainsi, Puma peut se permettre de dépenser 5 euros en publicité pour une paire de chaussures vendue en moyenne 55 euros, alors que la main d’œuvre de fabrication ne représente que 0,85 euros. Ainsi, en une semaine, un ouvrier fabrique suffisamment de chaussures pour payer son salaire de l’année !
Dans son code de conduite et sa charte du « Développement durable », Puma peut se permettre de citer LaoTseu, cela ne lui coûte pas cher ! Il serait préférable de se préoccuper de la durabilité du développement de ses ouvriers.
Que faire alors ? Les ouvriers chinois ne veulent sûrement pas d’un boycott des produits (comme on l’a vu par le passé pour Nike), ils ont trop besoin de leur emploi ! Ils veulent être considérés comme des êtres humains ! Tous simplement ! Et être payés décemment !
Sachant que Puma dégage une marge de 25 euros par paire de chaussures, cette entreprise aurait la possibilité, sans remettre en cause sa pérennité, de faire en sorte que le salaire de ses ouvriers chinois soit doublé, voire triplé !
Puma n’est pas la pire des entreprises, c’est juste un exemple parmi d’autres. Pour d’autres cas concrets, vous pouvez vous référer au site de CLW (rubrique Sweatshops).

Quasi esclavage des ouvriers chinois, pression sur les salaires et les emplois des salariés des pays industrialisés, mise en danger des consommateurs et de l’environnement… cette économie mondiale des « ateliers de la sueur » est l’illustration de la faillite des théories naïves sur les bienfaits de la libéralisation des échanges. Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, le « laisser-faire » atteint ses limites et le besoin de régulations efficaces est criant.
PP

21 août 2007

Crise et aléa moral

La crise financière actuelle donne une belle illustration de deux des principaux travers du fonctionnement des marchés financiers : le comportement grégaire et l’aléa moral.

Comportement grégaire et aléa moral
Le comportement grégaire des acteurs des marché financiers les conduit à se comporter comme ceux qui, pensent-ils, sont mieux informés qu’eux. En d’autres termes et pour résumer : « Tout le monde fait la même chose en même temps ». Lorsque l’optimisme est de rigueur, cela conduit à la formation de bulles. En revanche, dès que le temps se gâte, c’est la spirale de la chute qui s’enclenche. Aujourd’hui, nous sommes précisément dans cette situation. Le retour de « l’aversion généralisée au risque » entraîne des ventes de tous types d’actifs, ce qui cause la crise de liquidités que nous connaissons actuellement.

C’est là qu’intervient l’aléa moral. En injectant plus de 250 milliards d’euros dans les marchés, la Banque Centrale Européenne (BCE) a pu donner l’impression de voler au secours des fautifs, de ceux qui ont pris des risques excessifs. C’est la définition même de l’aléa moral : Les investisseurs ayant la certitude qu'en cas de crise grave, les banques centrales viendront à la rescousse, ils prendront encore plus de risques inconsidérés, augmentant encore la probabilité d'une crise spéculative.
Ainsi, suite à la déroute du fonds d'investissement américain LTCM (en 1998), la Réserve Fédérale Américaine (Fed) avait baissé ses taux. Depuis, les investisseurs spéculatifs n'ont cessé de monter en puissance, encourageant encore la volatilité et les risques de crise sur le marché. De même, les liquidités injectées par la Fed suite à la crise internet et à l’affaire Enron (2001-2002) ont probablement contribué largement à la naissance d’une bulle immobilière, puis à une bulle du crédit et à celle du « subprime ».
On peut noter au passage que Nicolas Sarkozy, avec son sens désormais coutumier du contretemps (contresens ?!) économique, a été l’un des rares dirigeants politiques à adresser un satisfecit aux autorités monétaires (BCE), qui « sont intervenues pour apporter de la liquidité quand elle était nécessaire ».

La crise : mode de régulation de la finance mondialisée ?
La plupart des analystes financiers se réjouissent presque de la crise. Pour eux, elle serait un moyen de purger la bulle et donnerait à nouveau un potentiel de hausse aux actions. Ce sont les mêmes qui, il y a quelques semaines, affirmaient que les fondamentaux étaient sains et que les performances allaient durer au moins un an …
J’ai entendu l’autre jour une interview d’Elie Cohen (économiste et directeur de recherche au CNRS) qui affirmait qui les crises économiques étaient un mode de régulation de la finance. On assiste donc depuis dix ans à ces formations périodiques de bulles qui grossissent puis éclatent : il y a eu la crise asiatique (1997), la crise russe (1998), la crise internet et l’affaire Enron (2002)…et aujourd’hui les « subprime ». C'est une forme de régulation car cela permet d'atterrir et de voir qu'on ne peut fabriquer de la croissance artificielle grâce à ces mécanismes. Mais l'innovation financière repart de plus belle…Selon lui, il faut donc « s’habituer » à ce mode de régulation.
La logique de la finance imprègne à ce point le cortex des « experts » qu’ils ne trouvent d’autres solutions que de « s’habituer » à ses errements. Alors que dans d’autres domaines (marché du travail, protection sociale,…), ils n’ont que le mot « réforme » à la bouche, dès que l’on aborde la finance, ils font preuve d’un conservatisme à peine imaginable ! Il est vrai qu’il est plus facile de « s’habituer » que de chercher des solutions pour réguler tout ce beau monde !
Si la finance n’était qu’un monde virtuel, nous pourrions laisser ses acteurs se débrouiller avec leurs difficultés, puisqu’ils s’y sont engagés de leur plein gré (pour la plupart !). Malheureusement, il est fort probable qu’il y aura un impact sur l’économie réelle. En vrac, on peut craindre un ralentissement de la croissance mondiale, une baisse du pouvoir d’achat des ménages (notamment américains), des restrictions brutales du crédit suite à l’assèchement des liquidités…
Au final, ceux qui risquent d’être les plus durement pénalisés sont, comme toujours, les plus fragiles : les ménages « moyens » et les PME.
Il faut s’y « habituer » !

PP

16 août 2007

Tu n'es pas transparent !

Le mot est lâché : il faut de la « transparence ». Nicolas Sarkozy a écrit une lettre à Angela Merkel enjoignant le G7 à proposer des mesures en ce sens.
A chaque nouvelle crise financière, c’est le grand retour de la « transparence » comme vertu suprême. Laissons faire, mais en toute transparence et tout rentrera dans l’ordre !
Ne changeons rien aux structures et aux incitations nocives qui ont conduit à la crise, et prions tous en chœur pour que la sacro-sainte Transparence transmute le plomb en or…
Quelle naïveté ! Cette croyance dans les vertus de la transparence résulte d’une autre croyance : la rationalité des marchés financiers. Il suffirait de leur donner les bonnes informations pour qu’ils produisent des jugements éclairés en toutes circonstances.
C’est oublier que la psychologie rudimentaire des marchés fonctionne de façon beaucoup plus sommaire : optimiste / pessimiste, bon / mauvais, haussier / baissier. Toutes les théories subtiles ne viennent que conforter le penchant du moment.
C’est oublier aussi que l’innovation financière n’a d’autre but que de contourner les règlementations en vigueur. Instaurer de nouvelles règles conduira à la création de nouvelles innovations pour les contourner. Ce jeu permanent du chat et de la souris ne cessera que lorsque des réformes de fond du système interviendront.

Aujourd’hui, il existe déjà des institutions qui ont pour vocation de contribuer à la transparence : les agences de notation. Je cite ici l’interview d’Edward Yardeni dans le Journal des Finances du 11 août 2007. Présenté comme « l’un des gourous les plus respectés de Wall Street », il nous dit, à propos des produits dérivés CDP et RMBS (à l’origine de la crise financière actuelle): « L’ennui c’est que les analystes de agences de notations se trouvent confrontées à des modèles tellement complexes qu’ils ne les maîtrisent plus. Plutôt que de chercher à analyser chaque composante du portefeuille pour déterminer une note globale, elles préfèrent s’appuyer entièrement par les informations communiquées par l’émetteur. »

Croire que la transparence règlera les problèmes de la finance mondialisée, c’est se voiler la face à plus d’un titre. Lorsque les marchés retrouveront leur optimisme (ça arrivera tôt ou tard), tous ces beaux préceptes seront oubliés…jusqu’à la prochaine crise.

PP

11 août 2007

Vieille branche...

Avant de partir jouer le Ke-Ke(nnedy) aux Etats-Unis, Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il souhaitait la création d’une « cinquième branche » de la Sécurité Sociale visant à prendre en charge la dépendance. Les quatre branches existantes sont la maladie (la « Sécu »), les accidents du travail, la famille (les « allocs ») et la vieillesse (la « retraite »).
Effectivement, la dépendance des personnes âgées sera un sujet important dans les années à venir. Les plus de 80 ans sont aujourd’hui environ 2 millions, ils seront 4 millions en 2002 et 7 millions en 2040…
Le poids des dépenses liées à la dépendance représente environ 1 % du PIB soit 16 milliards d’euros. Les estimations moyennes portent ce chiffre à 1,5 % du PIB en 2020 (soit, à la louche 34 milliards d’euros en tablant sur une croissance de 2% du PIB par an)…
Aujourd’hui, les dépenses sont assumées à hauteur de 9 milliards par l’Assurance Maladie (une des branches actuelles de la Sécu), 4 milliards par les Départements (Allocation Personnalisée d’Autonomie et aide sociale à l’hébergement), le reste étant financés par les caisses de retraite, les caisses d’allocations familiales et l’Etat (sous forme d’exonération d’impôt). On estime également à 9 milliards supplémentaires le coût à la charge des familles.
A la lumière de ces chiffres, on conçoit l’enjeu que constitue la prise en charge de la dépendance. C’est aussi une question relevant de la solidarité nationale car, dans ce domaine comme dans bien d’autres, des inégalités importantes existent. Les catégories populaires sont en effet surreprésentées dans les maisons de retraites (43 % des résidents sont des anciens ouvriers contre 3% pour les anciens cadres supérieurs).
Nicolas Sarkozy souhaite « afficher sa volonté d'améliorer la prise en charge des personnes âgées dépendantes pour leur permettre de choisir librement de rester à domicile ou d'être accueillies en établissement ». Que propose-t-il pour ce faire ? Rien moins que la création d’une cinquième branche de la protection sociale !
Comment sera-t-elle financée ? Comment s’articulera-t-elle avec les dispositifs actuels ? La gestion de l’APA sera-t-elle retirée aux Départements ? On verra plus tard…
On peut être inquiet lorsque l’on voit à quels bricolages on a recours pour financer la recherche sur le cancer et Alzheimer. C’est en effet la franchise sur les actes médicaux et les boîtes de médicaments qui doit financer ce grand « chantier présidentiel ». Cela revient à dire que l’on fait porter aux seuls malades l’effort de solidarité.
La création d’une cinquième branche était-elle vraiment une priorité dans la mesure où il existait déjà la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (alimentée notamment par le fameux « lundi de Pentecôte travaillé » !). Le problème réside plutôt dans une réflexion sur le financement global de la protection sociale en France. Qu’est-ce qui doit être du ressort de l’impôt (d’un impôt réellement progressif sur l’ensemble des revenus, bien sûr) et qu’est-ce qui doit être du ressort des cotisations sociales telles qu’elles existent aujourd’hui ?

PP

10 août 2007

Quand l'immobilier va...

Quelques remarques sur la crise qui secoue les marchés financiers depuis quelques jours…

La créativité des établissements de crédit
Tout a commencé fin 2006 avec l’annonce d’un taux anormalement élevé de défaillance de remboursements des crédits immobiliers dits « subprime » aux Etats-Unis. Le marché du crédit « subprime » - par opposition aux crédits « prime », réservés aux clients plus solvables – a explosé aux Etats-Unis ces dernières années. S’il ne représente que 12% du stock total de créances hypothécaires, sa part n’a cessé d’augmenter dans les flux de nouveaux crédits. En 2006, 40% des crédits hypothécaires accordés relevaient de cette catégorie. Pour maintenir le flux d’affaires dans un marché qui ralentissait, les établissements ont prêté dans des conditions de plus en plus risquées. La plupart de ces prêts sont à taux ajustable, contrairement aux prêts « prime », essentiellement à taux fixes. En outre les prêteurs ont multiplié les ruses pour faire baisser le coût apparent du crédit : 25 % des prêts ne comprenaient pas de remboursement de capital les premières années, dans certains cas les taux annoncés les deux premières années sont excessivement faibles (« teaser rate »),…Une fois la période de promotion passé, la charge de la dette peut exploser du jour au lendemain de 25% ou même 50%. De plus, aux Etats-Unis, l’octroi d’un prêt est déterminé avant tout par la qualité de la garantie, c’est-à-dire par la valeur du bien acquis. Ainsi, le lien entre les capacités d’emprunt des ménages et leurs revenus se distend, contrairement à des pays « archaïque » comme la France où les prêts sont accordés en fonction de la solvabilité des ménages.

Les joies de la « société de propriétaires »
Le pire est sans doute à venir : la fin des « périodes de promotionnelle » de deux ans des prêts « subprime » contractés à partir de 2005. Après deux ans de taux artificiellement bas, les conditions sont révisées à la hausse. Certes, les ménages ayant contracté ces prêts espéraient pouvoir les renégocier au bout de deux ans, en pariant notamment sur un maintien des taux d'intérêt à des niveaux historiquement bas. Ou bien ils auraient revendu leur maison, en encaissant une belle plus-value. De tout cela, il n'est plus question. Du coup, avec la révision des taux, ces ménages, aux finances déjà serrées, devront bientôt débourser entre 250 et 450 dollars de plus chaque mois en moyenne.
Or deux ans après 2005, on arrive aujourd'hui à échéance. Et octobre sera, selon Credit Suisse, le mois qui verra le plus grand nombre de ces prêts révisés à la hausse. Environ 50 milliards de dollars de prêts seront affectés. Et tous les mois d'ici à septembre 2008, plus de 30 milliards de dollars de prêts seront ainsi revus à la hausse chaque mois, contre quelques milliards de dollars par mois seulement il y a deux ans.
Que va-t-il se passer ? Sans doute une nouvelle vague de défauts qui engendrera un nouvel afflux de maisons à vendre sur le marché. Or il y aurait déjà 1,7 million de foyers qui pourraient perdre leurs actifs immobiliers faute de pouvoir rembourser un subprime (sur un total de 3,2 de foyers qui, entre 1994 et 2005, en ont contracté un). Actuellement en baisse, les prix de l'immobilier ne pourront que déprimer davantage, d'autant qu'il y a déjà un stock total de 900.000 maisons ne trouvant pas preneur.
Bref, si, pour l'instant, les prix, dans les dix plus grandes villes américaines, ont reculé d'environ 3 % depuis leurs sommets de l'été dernier, ils pourraient, selon les experts, perdre de 15 à 20 % dans les deux ou trois ans à venir...
Georges Bush voulait une société de propriétaires (ça ne vous rappelle pas quelqu’un ?) ! A quel prix !

Le château de cartes
Après New Century (spécialiste du « subprime ») en avril, voilà American Home Mortgage qui annonce son dépôt de bilan… Dixième établissement de crédit immobilier aux Etats-Unis, avec 59 milliards de dollars de prêts consentis en 2006, l'entreprise avait pourtant pour particularité de ne pas être spécialisée dans le "subprime". American Home proposait des prêts immobiliers connus aux États-Unis sous le nom de "Alt-A", une catégorie intermédiaire entre le « subprime » et les crédits accordés à des emprunteurs présentant de meilleures garanties, ainsi que des prêts à taux variable. Elle agissait également en tant qu'investisseur sur le marché de la revente de crédits immobiliers et sur celui des obligations foncières.
Et ça ne fait sûrement que commencer ! Les défauts de paiement dans le crédit immobilier sont devenus plus fréquents chez les emprunteurs de la catégorie juste au-dessus du « subprime », déclare l'assureur American International Group.
Les Bourses européennes n’échappent pas aux remous, en réaction à un brusque regain de tension sur les marchés du crédit, qui a obligé la BCE à injecter près de 95 milliards d'euros de liquidités. Ce regain de tension a été provoqué par l'annonce de la fermeture temporaire, par BNP Paribas, de trois fonds impossibles à valoriser du fait de la crise du marché hypothécaire américain puis alimenté par des rumeurs de difficultés, démenties, de la banque allemande WestLB. La convocation par la Bundesbank d'une réunion pour la mise en place d'un pool bancaire visant à renflouer IKB a également joué.
« L'histoire BNP a jeté un froid. Et s'il y a BNP, il va y en avoir d'autres. A quoi se sont ajoutées les rumeurs sur WestLB, la convocation des banques allemandes par la Bundesbank et les annonces de la BCE qui montrent que les autorités monétaires sont inquiètes », commente un professionnel.
« Il n'y a pas encore de panique mais les gens se protègent de partout », ajoute-t-il.
« C'est la course au cash, en dollars comme en euros », constate Nick Parsons, responsable de la stratégie marchés chez nabCapital à Londres. « Les liquidités se tarissent sur le marché et les financements en général deviennent plus difficiles, du coup les investisseurs qui ne peuvent plus compter sur des facilités de crédit cherchent à se financer sur le marché cash. Cela pousse les taux à la hausse sur le marché monétaire. »
Après les banques et les Bourses mondiales, la crise fait aussi chuter les cours du pétrole, en incitant les spéculateurs en quête d'argent frais à liquider leurs positions. De nombreux fonds exposés aux difficultés des subprimes chercheraient en effet à couvrir leurs pertes en liquidant leurs positions sur les marchés des matières premières.
« C'est un effet de contagion: ce qui se passe sur les marchés boursiers et des capitaux a causé un assèchement des liquidités, obligeant plusieurs acteurs comme les hedge funds (fonds spéculatifs) à quitter le marché de l'énergie et à liquider leurs positions », explique John Kilduff, analyste chez MF Global.
C’est rassurant de voir à quel point le calme et la pondération régissent les marchés financiers !!

La libéralisation financière au service de l’instabilité
Comment expliquer une telle contagion de la crise du marché immobilier américain ? Certes l’économie américaine est la plus importante du monde et « lorsque les Etats-Unis s’enrhument, le reste du monde éternue », mais à mon avis cela n’explique pas tout.
Je pense que c’est une nouvelle fois la libéralisation financière qui a joué un rôle majeur dans cette crise.
Aux Etats-Unis, les crédits hypothécaires sont en majorité titrisés : au lieu de rester dans le bilan des banques, ils sont le plus souvent vendus à un organisme financier qui, après les avoir regroupés, émet en contrepartie des titres de dettes négociables sur les marchés financiers. Titriser un emprunt, c’est le transformer en titre de dette, une obligation, que tout investisseur peut acheter ou vendre à tout moment. Le marché des titres hypothécaires est aujourd’hui le plus gros marché obligataire, devant celui des bons du Trésor américain.
Un des avantages de la titrisation est de permettre une meilleure répartition des risques : le risque de défaut des emprunteurs ne repose plus uniquement sur les banques, mais sur une multitude d’investisseurs internationaux.
Le revers de la médaille n’est toutefois pas négligeable : en mutualisant les risques, la titrisation conduit à être moins regardant sur les risques individuels. Mais en sortant des bilans des banques, le risque immobilier n’a pas disparu pour autant. S’il est plus largement réparti, son évaluation est désormais soumise aux changements d’appréciation brutaux des marchés financiers. Quand les défauts se multiplient (comme c’est le cas aujourd’hui), la défiance des investisseurs fait exploser la rémunération demandée et se transmet aux autres marchés financiers.
Ce qui se passe aujourd’hui est une preuve supplémentaire de l’accroissement des risques que fait peser la finance libéralisée et mondialisée sur l’économie mondiale. La course au profit à court terme que se livre les établissements financiers les conduit à prendre des risques mal maîtrisés, se réfugiant derrière des outils « sophistiqués » qui ne font que rendre plus opaque encore le système.
Faudra-t-il attendre l’explosion du système avant de chercher à le réguler ?

PP

Déficit commercial : révélateur de difficultés profondes

Sur les six premiers mois de l'année, le déficit commercial de la France s'établit à 15 milliards d'euros contre environ 13 milliards sur la même période de l'an dernier. Pour le seul mois de juin, le déficit est de 3 milliards d'euros, après 3,2 milliards en mai.
Est-ce la faute de « l’Euro fort », comme semble le penser notre OmniPrésident ? L’explication semble un peu courte dans la mesure où près des deux tiers des échanges de la France sont réalisés au sein de l’Union Européenne, donc majoritairement facturés en euros. Avec la même monnaie, l’Allemagne réalise d’ailleurs un excédent commercial de 73 milliards d’euros, disputant toujours à la Chine la place de premier exportateur mondial.
Le déficit commercial de la France avec ces deux pays est d’ailleurs du même ordre de grandeur, soit environ 6 milliards d’Euros.

Allemagne – France : 1 - 0
Les causes du déficit de la France sont à rechercher…en France. L’Allemagne est positionnée sur des secteurs tels que l’automobile haut de gamme, les machines-outils, qu'elle est quasiment la seule à fabriquer. Dans ces secteurs, l'impact de la hausse des prix joue traditionnellement un rôle marginal sur les exportations. Au-delà de cette meilleure spécialisation sectorielle, l’Allemagne a conduit une politique fiscale agressive : hausse de la TVA finançant une baisse des cotisations sociales, baisse importante de l’impôt sur les sociétés… Parallèlement à cela, les entreprises allemandes ont massivement délocalisé leur production vers les pays de l’Est (la valeur ajoutée industrielle a chuté de façon plus importante qu’en France). Par ailleurs, elles ont conduit une politique de rigueur salariale sans précédent, condamnant la demande intérieure à une stagnation contribuant à entretenir la faible croissance de la zone Euro. Cette logique « combative » a, pour l’instant, porté ses fruits, même si des tensions apparaissent : les salariés, qui ont été largement mis à contribution, veulent leur « part du gâteau » et des conflits sociaux sur les salaires pointent leur nez…
Quoiqu’il en soit, l’Allemagne a réussi à grignoter des parts de marchés, principalement au détriment de ses « partenaires » européens, en particulier la France.
Avec l’instauration prochaine de la TVA « sociale » en France, nous assisterons à la poursuite de cette guerre intra-européenne. Cette mesure se propagera dans la zone euro, notamment à des pays comme l'Espagne et l'Italie, qui chercheront ainsi à en contrebalancer les effets. Ce qui se traduira par un jeu à somme nulle, car la majorité des échanges commerciaux des pays de la zone euro ont lieu dans la zone. Il faudra alors repartir pour un tour de piste de « créativité fiscale ». Au final, tous les pays seront perdants…et surtout ceux qui y vivent !

Quelles sont nos priorités ?
Mais revenons au déficit commercial de la France… Au fait que propose le gouvernement ?
Le secrétaire d'Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur et sa ministre de tutelle, Christine Lagarde, veulent simplifier les procédures pour les entreprises, soutenir l'innovation, baisser la fiscalité, favoriser le financement des PME et relancer les exportations. Ils présenteront un plan dès septembre.
« Baisser la fiscalité » : le paquet fiscal a déjà coûté 15 milliards d’euros. Où sont les marges de manœuvre ?
« Soutenir l’innovation » : comment ? Les pôles de compétitivité créés par le gouvernement Villepin n’ont bénéficié que de 500 millions d’euros saupoudrés sur 66 pôles.

Depuis des années, la France a décidé, sous prétexte de baisse du coût du travail, de favoriser le développement de l’emploi peu qualifié en y consacrant des milliards d’euros chaque année (notamment par l’intermédiaire des allègements de cotisations sociales). Il ne faut pas ensuite s’étonner de la perte de vitesse de notre économie.
En conclusion, je citerai les propos de Pierre Concialdi (économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales) : « Une frange croissante du patronat devient non performante parce que trop accoutumée à la drogue de la baisse du coût du travail qui a constitué, au-delà des alternances politiques, le socle des politiques publiques. »

PP

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