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10 août 2007

Déficit commercial : révélateur de difficultés profondes

Sur les six premiers mois de l'année, le déficit commercial de la France s'établit à 15 milliards d'euros contre environ 13 milliards sur la même période de l'an dernier. Pour le seul mois de juin, le déficit est de 3 milliards d'euros, après 3,2 milliards en mai.
Est-ce la faute de « l’Euro fort », comme semble le penser notre OmniPrésident ? L’explication semble un peu courte dans la mesure où près des deux tiers des échanges de la France sont réalisés au sein de l’Union Européenne, donc majoritairement facturés en euros. Avec la même monnaie, l’Allemagne réalise d’ailleurs un excédent commercial de 73 milliards d’euros, disputant toujours à la Chine la place de premier exportateur mondial.
Le déficit commercial de la France avec ces deux pays est d’ailleurs du même ordre de grandeur, soit environ 6 milliards d’Euros.

Allemagne – France : 1 - 0
Les causes du déficit de la France sont à rechercher…en France. L’Allemagne est positionnée sur des secteurs tels que l’automobile haut de gamme, les machines-outils, qu'elle est quasiment la seule à fabriquer. Dans ces secteurs, l'impact de la hausse des prix joue traditionnellement un rôle marginal sur les exportations. Au-delà de cette meilleure spécialisation sectorielle, l’Allemagne a conduit une politique fiscale agressive : hausse de la TVA finançant une baisse des cotisations sociales, baisse importante de l’impôt sur les sociétés… Parallèlement à cela, les entreprises allemandes ont massivement délocalisé leur production vers les pays de l’Est (la valeur ajoutée industrielle a chuté de façon plus importante qu’en France). Par ailleurs, elles ont conduit une politique de rigueur salariale sans précédent, condamnant la demande intérieure à une stagnation contribuant à entretenir la faible croissance de la zone Euro. Cette logique « combative » a, pour l’instant, porté ses fruits, même si des tensions apparaissent : les salariés, qui ont été largement mis à contribution, veulent leur « part du gâteau » et des conflits sociaux sur les salaires pointent leur nez…
Quoiqu’il en soit, l’Allemagne a réussi à grignoter des parts de marchés, principalement au détriment de ses « partenaires » européens, en particulier la France.
Avec l’instauration prochaine de la TVA « sociale » en France, nous assisterons à la poursuite de cette guerre intra-européenne. Cette mesure se propagera dans la zone euro, notamment à des pays comme l'Espagne et l'Italie, qui chercheront ainsi à en contrebalancer les effets. Ce qui se traduira par un jeu à somme nulle, car la majorité des échanges commerciaux des pays de la zone euro ont lieu dans la zone. Il faudra alors repartir pour un tour de piste de « créativité fiscale ». Au final, tous les pays seront perdants…et surtout ceux qui y vivent !

Quelles sont nos priorités ?
Mais revenons au déficit commercial de la France… Au fait que propose le gouvernement ?
Le secrétaire d'Etat chargé des entreprises et du commerce extérieur et sa ministre de tutelle, Christine Lagarde, veulent simplifier les procédures pour les entreprises, soutenir l'innovation, baisser la fiscalité, favoriser le financement des PME et relancer les exportations. Ils présenteront un plan dès septembre.
« Baisser la fiscalité » : le paquet fiscal a déjà coûté 15 milliards d’euros. Où sont les marges de manœuvre ?
« Soutenir l’innovation » : comment ? Les pôles de compétitivité créés par le gouvernement Villepin n’ont bénéficié que de 500 millions d’euros saupoudrés sur 66 pôles.

Depuis des années, la France a décidé, sous prétexte de baisse du coût du travail, de favoriser le développement de l’emploi peu qualifié en y consacrant des milliards d’euros chaque année (notamment par l’intermédiaire des allègements de cotisations sociales). Il ne faut pas ensuite s’étonner de la perte de vitesse de notre économie.
En conclusion, je citerai les propos de Pierre Concialdi (économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales) : « Une frange croissante du patronat devient non performante parce que trop accoutumée à la drogue de la baisse du coût du travail qui a constitué, au-delà des alternances politiques, le socle des politiques publiques. »

PP

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