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31 juillet 2007
L'indépendance de la presse ? Du pipeau !
Qui a dit : « C’est quoi l’indépendance en matière de presse ? Du pipeau. Avant de savoir s’ils sont indépendants, les journalistes feraient mieux de savoir si leur journal est pérenne. »
Réponse : Arnaud Lagardère (propos cités par Thierry Gadault, dans « Arnaud Lagardère, l’insolent », Maren Sell éditeurs, Paris, 2006, p. 204 )
Qui a dit : « Un journal permet de faire passer un certain nombre d’idées saines. C’est les idées qui font que ça marche. Par exemple, les idées de gauches sont des idées pas saines. Aujourd’hui, nous sommes en train de crever à cause des idées de gauche qui continuent. »
Réponse : Serge Dassault (interview du 10/12/2004 sur France Inter)
Ces propos sont d’autant plus graves qu’ils émanent des dirigeants des deux plus importants groupes de presse français : Hachette et Soc Presse. Ils ont également des intérêts dans l’industrie et l’armement, mais cela, bien entendu, n’interfère absolument pas avec leur activité dans la presse.
Quoiqu’il en soit, à eux deux, ils possèdent (en totalité, ou partiellement) les titres suivants : Le Figaro, Le Journal du Dimanche, Le Parisien, La Provence, Nice-Matin, Corse-Matin, Le Républicain, La République du Centre… ainsi que bon nombre de magazines (Elle, Paris-Match, Marie-Claire, Valeurs Actuelles…). Lorsque l’on voit l’attention qu’ils portent tous deux à l’objectivité et à la déontologie, on peut être inquiet quant à la qualité de l’information.
L’ensemble des titres de la presse quotidienne ou magazine est détenue par une dizaine de groupes. Ce secteur succombe lui aussi aux joies des fusions et des restructurations. Les journalistes sont de plus en plus soumis à des contraintes qu’elles soient d’ordre éditorial ou de rentabilité. Ils doivent désormais en faire toujours plus : maîtrise de logiciels de mise en page, alimentation du site web du journal…Dans ces conditions, la vérification des informations, le recoupement des sources passent par pertes et profits. Un peu de copier /coller à partir d’un dossier de l’AFP et l’affaire est dans le sac. Au final, c’est le pluralisme de l’information qui fait les frais de ces pratiques.
Pourtant, d’après Nicolas Sarkozy « Dire qu'il y a une concentration entre quelques groupes de presse, c'est tout simplement le contraire de la vérité » (propos tenus sur France Inter le 18 avril 2007). Autant dire que les choses ne vont pas vraiment changer pendant les cinq prochaines années !
PP
09:51 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Presse, Sarkozy, Lagardère, Dassault
30 juillet 2007
100% des gagnants...
Un sondage TNS-Sofres paru récemment (réalisé par Internet entre le 12 et 14 juin auprès de 1096 personnes en France, 1106 en Allemagne et 1006 en Grande-Bretagne) nous apprend que 39 % des Français sont persuadés qu'il est possible de devenir riche à millions grâce aux jeux d'argent. Ce moyen d’enrichissement fait jeu égal avec … le travail (40%). Cela peut paraître paradoxal pour un peuple qui a été séduit par le slogan « travailler plus pour gagner plus » ! Nos voisins allemands et anglais sont plus « sérieux » : la moitié d’entre eux (respectivement 49 % et 48 %) font confiance à leur dur labeur pour devenir riche.
Les français seraient-ils tous devenus des fainéants, corrompus par les 35 heures et rétifs à tout effort ? Je ne le pense pas. En revanche, je pense qu’une partie de la population, la plus précaire et la moins qualifiée, ne peut que constater que ses conditions de vie se dégradent sous la pression du chômage, de la concurrence des salariés des pays émergents…Comme rien ne semble venir de la part des dirigeants politiques, il faut bien s’accrocher à quelque chose ! Ainsi, en proportion de leur revenu, les ouvriers dépensent deux fois plus que la moyenne dans les jeux de hasard.
Les différentes taxes sur les jeux de hasard rapportent à l’Etat environ 3 milliards d’Euros par an. En comparaison, l’ISF rapporte environ 4 milliards d’Euros. Encore un bel exemple de justice fiscale !
PP
11:59 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Travail, Jeux
27 juillet 2007
Nicolas Sarkozy et la théorie économique
Nicolas Sarkozy l’a affirmé le 29 juin 2007 (discours à Lyon) : pour trouver les solutions au problème d'emploi et de croissance, «inutile de réinventer le fil à couper le beurre. Toutes ces théories économiques... moi-même, parfois je suis un peu perdu. Ce que je veux c'est que les choses marchent». Mieux vaut, selon lui, faire du benchmarking, cette méthode qui consiste à regarder ce que font les autres pays.
En 1998, devant les députés français, Tony Blair déclarait : « Il n’y a pas de politique économique de droite ou de gauche, mais des politiques économiques qui marchent et d’autres qui ne marchent pas. »
Etrange similitude entre les propos de ces deux champions de la « modernité ».
On retrouve une filiation qui remonte à Margaret Thatcher et dont la principale caractéristique est le mépris pour toute analyse intellectuelle. Margaret Thatcher qualifiaient les intellectuels de « classe bavarde ».
Tout le monde veut que les « choses marchent », encore faut-il se mettre d’accord sur ce que signifie cette expression. Il faut réfléchir (cela va bientôt devenir un gros mot) pour définir quels sont les objectifs que l’on se fixe en matière de croissance, de réduction des inégalités, de protection sociale… L’économie doit ensuite être gérée pour atteindre ces objectifs.
Contrairement à ce que croit (ou veut faire croire) Tony Blair, il existe encore des clivages entre gauche et droite, entre ceux qui pensent que la collectivité doit aider les plus fragiles et ceux qui pensent que le laisser-faire conduira à la meilleure situation possible, entre ceux qui pensent que la société existe et ceux qui pensent qu’il n’y a que des individus.Pour en finir avec Tony Blair, 61 % des britanniques interrogés pour un sondage paru dans The Observer ont estimé qu’ils ne vivaient pas mieux en 2007 qu’en 1997 (date de l’arrivée au pouvoir de Mr Blair). Peut-être que sa politique économique ne « marche » pas si bien que ça…
« moi-même, parfois je suis un peu perdu »
Les théories économiques ont pour objet d’expliquer les comportements, les choix, les réactions aux incitations des différents acteurs (Etats, entreprises, ménages) sur les différents marchés (capital, travail, biens). Il est donc logique qu’elles soient un peu complexes ; il y a effectivement de quoi être « un peu perdu ». Mais de là à les balayer d’un revers de main, il y a un pas…que Nicolas Sarkozy franchit allègrement !
Que propose-t-il ? Aller voir chez les autres ! Génial, personne n’y avait pensé ! Comme d’habitude avec lui, il s’agit bien sûr d’une fausse bonne idée. La première difficulté à déterminer les critères de réussite de telle ou telle solution : le taux de croissance, le taux de pauvreté, la réduction des inégalités, la qualité de la protection sociale…Pour certains, la Chine « réussit », allons-nous adopter ses solutions ?
Ensuite, il est délicat de déconnecter une mesure particulière de son contexte économique, historique, culturel… pour la transposer dans un autre pays.
Enfin, si tout le monde utilise cette technique, on peut penser que les réflexions (encore un gros mot) vont assez vite tourner en rond. Ce n’est pas en perfectionnant la bougie que l’on a inventé l’électricité ! Il faut parfois avoir le courage de sortir des sentiers battus ou « benchmarkés ».
Les infortunes de la science
Si la théorie est incontestablement utile en économie, elle n’est pas exempte de tout reproche. Maurice Allais qui reçut le prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel (abusivement appelé Prix Nobel d’économie), souligne ainsi en 1968 que « aujourd’hui, on n’a que trop souvent l’impression que l’économie est simplement considérée comme un prétexte pour faire des mathématiques, et que la beauté des démonstrations est préférée à la ressemblance avec la réalité ». Les économistes qui ont marqué l’histoire, comme John Maynard Keynes, étaient motivés par les problèmes du monde réel et, une fois leurs théories élaborées, voulaient les mettre en pratique. Ils ne cherchaient pas à se complaire dans un monde imaginaire fait de « main invisible », d’optimum et d’équilibre de concurrence pure et parfaite.
Aujourd’hui, bon nombre d’entre eux ne considèrent plus les lois du marché comme aussi intangibles que les lois de la gravitation universelle. Pourtant, ils sont encore bien trop souvent englués dans un formalisme mathématique qui les éloigne du grand public. Ainsi, ils semblent oublier que l’économie n’est pas une science exacte, qu’elle est intimement liée aux transformations historiques et politiques. Ils laissent donc la porte ouverte à ceux qui, comme Nicolas Sarkozy, veulent anéantir toute réflexion pour imposer leur idéologie.
PP
07:37 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Blair, Economie
26 juillet 2007
François Fillon : enfin un dossier à sa mesure !
Après la tragédie qui a vu la mort de 26 pèlerins polonais, François Fillon et Jean-Louis Borloo ont présenté un plan…d’aménagement de la route sur laquelle a eu lieu l’accident.
J’ai entendu le Premier Ministre de la France détailler la mise en place d’un portique à lamelles, d’une voie de retournement, d’un terre-plein central en béton… Lorsqu’il a été nommé Premier Ministre, il s’attendait sans doute à traiter des grands dossiers nationaux et internationaux : le chômage, la protection sociale, le taux de change de l’Euro, le réchauffement climatique, la situation au Proche-Orient… Et le voilà promu à la Direction Départementale de l’Equipement de l’Isère ! S’il n’était question de la mort de 26 personnes, on aurait vraiment de quoi rigoler (bon allez, va, un petit sourire quand même) !
Messieurs les Maires, si vous avez un problème pour l’agencement d’une zone industrielle, l’aménagement d’un rond point, le marquage au sol du parking de la salle des fêtes, adressez-vous à Mr François Fillon (avenue de Matignon, Paris). Pour l’entretien des espaces verts, voyez directement avec Jean-Louis Borloo !
PP
07:32 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Fillon
25 juillet 2007
La dérive des produits dérivés
Les produits dérivés, qui permettent aux entreprises de limiter leurs risques financiers, ont explosé depuis une quinzaine années. Au point de devenir, paradoxalement, un élément d'instabilité.
Limiter les fluctuations
Pourtant, la fonction des produits dérivés est en principe de protéger les entreprises des fluctuations brutales du cours des devises, des taux d'intérêt ou des matières premières. Imaginons une firme allemande qui achète de l'aluminium sur le marché mondial pour le vendre sous forme de produits finis à des clients américains. Sa rentabilité dépend du prix de l'aluminium, du cours du dollar par rapport à l'euro et des variations de taux d'intérêt qui affectent sa structure financière. Comme si l'entreprise se retrouvait impliquée, malgré elle, dans un jeu de casino. Pour contrecarrer ces risques, les financiers ont imaginé un jeu de casino parallèle, les produits dérivés, grâce auxquels les firmes peuvent prendre des paris inverses. A l'image d'un joueur contraint de participer à une partie de roulette qui, pour ne pas perdre, parierait à la fois sur le rouge et sur le noir.
Notre entreprise allemande doit recevoir d'un de ses clients 100 millions de dollars dans six mois. Elle est donc exposée à une baisse du billet vert par rapport à l'euro. Un recul de 10 % sur la période lui coûterait 10 millions de dollars. Pour assurer sa marge commerciale, elle peut souscrire un contrat de vente à terme par lequel elle s'engage à vendre 100 millions de dollars dans six mois contre des euros à un cours fixé dès aujourd'hui. Cela suppose qu'elle trouve un opérateur prêt à s'engager à lui racheter ses 100 millions de dollars à un terme de six mois. Ce peut être une autre entreprise industrielle intéressée par l'opération inverse, mais ce sont le plus souvent des banques ou des fonds spéculatifs qui s'engagent sur la contrepartie. A charge pour eux de gérer leurs risques... Les spéculateurs sont donc nécessaires pour rendre les marchés de produits dérivés suffisamment liquides.
Fixer un taux pour un emprunt futur
Les contrats à terme les plus utilisés portent sur les taux d'intérêt. Ils permettent à une entreprise de fixer dès aujourd'hui un taux pour un emprunt à venir. Ces transactions peuvent s'effectuer de gré à gré : deux opérateurs passent librement un contrat entre eux - on parle de forward -, ou bien sur des marchés organisés autour de produits et d'échéances standardisés, comme le Matif à Paris - il s'agit alors de futures.
Supposons que notre entreprise juge sa créance de 100 millions de dollars trop risquée, car elle se rend compte que son client risque de déposer le bilan. Elle peut vouloir échanger sa créance contre celle d'un autre débiteur. Le swap, ou échange, lui permet, sur des marchés de gré à gré, de troquer un actif financier contre un autre. La moitié des produits dérivés utilisés dans le monde sont des swaps de taux d'intérêt, par lesquels les entreprises restructurent leurs dettes. Anticipant une baisse des taux, elles peuvent par exemple négocier avec une banque l'échange d'un taux variable contre un taux fixe, sur un montant de créance et une période donnés.
Enfin, des produits encore plus sophistiqués, les options, permettent de négocier des contrats à terme ou des échanges, tout en se réservant le droit de ne pas accomplir la transaction prévue à échéance, dans le cas où les conditions de marché du moment seraient défavorables. Une assurance parfaite, mais coûteuse.
Un facteur d'instabilité
Dans une économie mondialisée, marquée par un système financier instable, l'usage des produits dérivés s'est banalisé car il répond à un besoin d'assurance de la part des multinationales. Depuis 1986, les encours de transactions sur ces produits ont été multipliés par 230 pour atteindre, en 2003, environ 250 000 milliards de dollars (d’après le rapport de la BRI sur le sujet)! Mais l'explosion des produits dérivés est à son tour facteur d'instabilité - on l'a constaté notamment lors de la crise asiatique. Une meilleure régulation de ces outils permettrait sans doute de limiter les excès de spéculation tout en préservant leur utilité pour les entreprises. Mais c’est loin d’être évident, car plus de 80% de ces contrats restent dans le flou d'un marché peu régulé (dit de gré à gré).
Un système hors de contrôle ?
D'après une étude du cabinet d'analyse Fitch (datant de 2003), les grandes banques européennes prennent actuellement de très gros risques sur les marchés de produits dérivés. Ces transactions restent globalement opaques, du fait de leur faible régulation, mais aussi, souligne Fitch, d'un refus de transparence des banques. Un produit dérivé sert normalement à protéger ses propres activités contre des risques éventuels. Seules 30 % des banques européennes s'en servent à cet effet, tandis que 75 % offrent des protections aux autres, ce qui signifie que ce sont elles qui assument les risques financiers. Le financier américain Warren Buffet a qualifié ces produits dérivés « d'armes financières de destruction massive » du système économique.
Andrew Large, le numéro deux de la Banque centrale d'Angleterre, a médusé son public, le 17 novembre 2003, en avouant que les banquiers centraux ne comprenaient pas grand-chose au fonctionnement des marchés de produits dérivés. Ils sont tellement opaques qu'il « est très difficile de savoir à la fois qui a transféré quels risques et à qui ». De plus, a-t-il ajouté, leurs prix et la façon de les enregistrer au niveau comptable ne sont pas identiques partout et les contrats juridiques qui accompagnent leur fonctionnement sont flous. Enfin, Andrew Large a émis des doutes sur le fait que les banquiers privés comprenaient vraiment les modèles qu'ils utilisent pour les protéger des risques liés à ces opérations. Rassurant...
Il est paradoxal de constater que des outils conçus initialement pour gérer les risques contribuent largement à rendre plus opaque la gestion de ces mêmes risques. Ces produits sont devenus si complexes, leur utilisation si éloignée du but initial, qu’il est désormais plus délicat de savoir qui porte quel risque et à quel niveau. De plus, quel serait l’impact de ces produits en cas de crise financière ? N’entraineront-ils pas la faillite de grandes banques trop exposées (parfois même à leur insu) ? Ne rendront-il pas, tout simplement, plus instable et fragile le système financier ?
PP
08:29 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Finance, Produits dérivés
24 juillet 2007
Heures supp et Efficacité...
Sur la base des évaluations transmises par le gouvernement, la commission des Finances du Sénat indique que l'exonération des heures supplémentaires permettra de générer 70 millions d'heures de travail, équivalentes à 45 000 emplois à temps plein. On peut penser que ces « évaluations transmises par le gouvernement » ne sont pas franchement pessimistes, concernant une mesure phare du projet économique de Nicolas Sarkozy. En effet, il est peu probable que les 45000 emplois se concrétisent, car les heures supplémentaires seront en majorité effectuées par des personnes déjà en activité.
70 millions d’heures de travail, cela peut paraître énorme. Toutefois, il faut mettre en rapport ce nombre avec le nombre total annuel d’heures de travail en France soit environ 38…milliards d’heures. En fait, les 70 millions d’heures représentent environ 0,2% du total des heures de travail. On est loin du choc attendu !
Efficacité, résultats…
Nicolas Sarkozy veut de l’efficacité, des résultats, ce n’est pas un scoop. Essayons donc d’évaluer l’efficacité de sa mesure sur les heures supplémentaires. Le consensus quant à l’évaluation du coût de la défiscalisation / détaxation est de l’ordre de 6 milliards d’euros (François Fillon avait tout d’abord parlé de 3 milliards avant de se reprendre quelques heures plus tard). Si l’on accepte le chiffre du gouvernement de 45 000 emplois à temps plein (dont a vu plus haut qu’il est probablement surévalué), cela revient à dire que chaque emploi coûtera la bagatelle de 133 333 euros ! En matière d’efficacité de la dépense publique, on a vu mieux ! Avec ces 6 milliards d'euros, on aurait pu embaucher environ 280 000 salariés au SMIC…Je n’arrive pas à croire qu’un tel gâchis, surtout venant de la part de gens si prompts à donner des leçons d’efficacité, puisse passer inaperçu.
Si vous voyez une faille dans les calculs, merci de me le dire. Car, sincèrement, j’espère qu’ils sont faux…
PP
14:27 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Sarkozy, Heures supplémentaires, Fiscalité
Le retour des fusions-acquisitions …
Imperial Tobacco - Altadis
Le groupe de tabac franco-espagnol Altadis a accepté une offre de rachat à 50 euros par action du groupe britannique Imperial Tobacco, lui donnant une valeur totale de 16,2 milliards d'euros, a annoncé à Londres Imperial Tobacco. Le conseil d'administration recommandera cette offre aux actionnaires s'il n'y a pas d'offre concurrente à un prix plus élevé, précise le communiqué. Altadis avait repoussé en mars, puis en avril deux premières offres d'Imperial Tobacco à 45 puis 47 euros par action. L'offre acceptée mercredi représente une prime de 32% par rapport au prix de clôture du fabricant des Gauloises le 12 mars dernier, juste avant que la première offre ne fasse s'envoler son prix.
Les deux groupes, numéro quatre et cinq mondiaux actuellement, espèrent obtenir des synergies de 300 millions d'euros par an.
Rio Tinto - Alcan
Le groupe australien Rio Tinto a annoncé son intention de racheter le canadien Alcan. Une opération à 38,1 milliards de dollars destinée à contrer l'offre d'achat hostile de 33 milliards de l'américain Alcoa sur Alcan.
RBS – ABN Amro
Nouvelle surenchère dans le duel entre Barclays et le consortium mené par Royal Bank of Scotland (RBS) pour le rachat d'ABN Amro. La RBS a annoncé qu'elle maintenait son offre de 71,1 milliards d'euros en augmentant la part de cash de 79% à 93% alors que celle de Barclays est toute en actions. Selon le consortium, leur proposition serait plus de 13% supérieure à l'offre de la banque britannique. Cette nouvelle surenchère ne comporte plus de clauses sur LaSalle, que RBS convoitait, dont la vente à Bank of America a été autorisée par la justice néerlandaise sans l'aval des actionnaires. De son côté, Barclays a réagi en affirmant que « l'offre du consortium fait face à des obstacles considérables du point de vue de la régulation et des actionnaires ».
Le retour des fusions-acquisitions …
Comme le montre ces trois exemples pris dans la presse économique de ces derniers jours, les fusions-acquisitions sont de retour ! L’année 2006 a d’ailleurs battu le record de 2000, ponctuée d'OPA gigantesques. Rien qu’en Europe, on peut citer E.ON/Endesa pour 57 milliards de dollars, Gas Natural/Endesa pour 51 milliards ou bien Mittal/Arcelor pour 22 milliards, sans oublier Bayer sur Schering (15 milliards d'euros).
En 2006, le montant global de ces opérations a atteint 3800 milliards de dollars selon Thomson Financial. Le montant des fusions-acquisitions (F&A;) devrait atteindre un nouveau record annuel en 2007 après la forte progression du premier semestre, estiment des banquiers d'affaires, mais les conditions de financement favorables (taux d’intérêts bas) à l'origine de l'accélération récente du nombre d'opérations pourraient toucher à leur fin. Il n’en demeure pas moins que de plus en plus de grandes entreprises ont restauré leurs finance depuis l’éclatement de la bulle Internet. Elles accumulent des liquidités qu’elles ne savent plus comment utiliser : distribution de dividendes, rachat d’actions et maintenant acquisition d’autres entreprises.
L'augmentation du nombre des transactions transfrontalières a permis à l'Europe de passer devant les Etats-Unis en termes de volume d'opérations pour la première fois en quatre ans et a contribué au bond de 51%, à 2800 milliards de dollars (2073 milliards d'euros), du montant global des fusions et acquisitions au premier semestre 2007. Le montant des fusions-acquisitions réalisées au cours du premier semestre 2006 n’était « que » de 1900 milliards de dollars !
« Cette année sera sans aucun doute une année record », a estimé Dag Skattum, co-responsable de l'activité mondiale de F&A; de JP Morgan Chase & Co.
Les grandes opérations transfrontalières en Europe, comme les deux offres concurrentes de près de 200 milliards de dollars à elles deux sur la banque néerlandaise ABN Amro, ont contribué à un niveau d'activité de F&A; supérieur sur le Vieux continent qu'aux Etats-Unis, avec un montant de 1200 milliards de dollars contre 1100 milliards.
Les fusions et acquisitions recouvrent principalement des rapprochement d'entreprises, malgré la part croissante prise dans ces processus par les firmes de private equity (fonds d’investissements) via notamment les LBO. Ce type d’opérations ont représenté 13% du total des opérations en Europe (montant en hausse de 28 %) et 35% aux Etats-Unis.
Les secteurs les plus actifs en matière de F&A; ont été les services financiers, l'immobilier et les services aux collectivités avec des montants de 539 milliards de dollars, 301 milliards et 255 milliards respectivement.
Les entreprises américaines ont été les cibles privilégiées pour un montant total de 998 milliards de dollars. En Europe, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Espagne ont été les pays où les acquisitions ont été les plus importantes.
Des fusions-acquisitions, pourquoi faire ?
Les raisons qui poussent depuis toujours les entreprises à en racheter d'autres tournent autour de deux mécanismes fondamentaux : le pouvoir de marché et les gains de productivité. Plus une entreprise est de taille importante, plus elle est capable d'imposer ses conditions à ses clients et à ses fournisseurs, notamment en matière de prix. C'est surtout là-dessus que jouent les dirigeants quand ils annoncent des économies importantes et rapides après une fusion, des synergies comme on dit. En effet, il n'est pas besoin d'attendre la mise en œuvre de lourdes restructurations internes pour commencer à engranger ce type de bénéfices.
Ce pouvoir de marché n'est évidemment pas sans inconvénients pour les autres acteurs économiques : c'est pour cela que, dans tous les pays développés, les fusions sont soumises à un contrôle par les pouvoirs publics. En Europe, la Commission a seule compétence pour contrôler les fusions d'entreprises qui, ensemble, réalisent plus de 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel dans le monde et chacune au moins 250 millions d'euros en Europe. On a beaucoup reproché à Bruxelles d'avoir excessivement freiné jusque-là l'émergence de géants européens de taille mondiale, avec une approche intégriste de la notion de position dominante, contrairement à la pratique plus pragmatique de son homologue américaine. C'est la raison pour laquelle le contrôle des fusions a été réformé en 2004.
Les gains de productivité constituent l'autre motivation centrale des fusions. En rassemblant deux entreprises, on peut en effet espérer réduire un certain nombre de frais : un seul siège social, une seule gestion des ressources humaines, moins de bureaux commerciaux dans chaque région... Mais cela signifie presque toujours des licenciements. D'où l'hostilité fréquente des salariés aux fusions et l'importance qu'il y aurait à encadrer ces opérations sur le plan de leurs conséquences sociales. Un aspect largement négligé actuellement dans leur régulation. Reste que la réalisation effective des gains de productivité attendus se révèle souvent aléatoire. En effet, le rapprochement de deux entreprises suppose l'amalgame de deux cultures et la coopération entre des équipes jusque-là souvent concurrentes. Les difficultés prolongées et les échecs sont donc nombreux.
Et après …?
Les précédentes vagues de fusions-acquisitions auraient dû inciter les entreprises a plus de circonspection. En effet, de nombreuses études de cabinets de consultants ont démontré que plus d’une fusion sur deux aboutissait à un échec (ce sont d’ailleurs les mêmes qui avaient théorisé leur bien-fondé !).
A cet égard, l’exemple de DaimlerChrysler est édifiant. En 1998, Daimler avait déboursé 36 milliards de dollars pour s’emparer de l’américain Chrysler. En mai 2007, il a revendu 80% de Chrysler au fonds d’investissement américain Cerberus (dont le patron n’est autre que John Snow, qui fut ministre des Finances de Georges Bush) pour …5,5 milliards de dollars. Bel exemple de « création de valeur » !
Lors de la ruée vers l’or, ceux qui s’enrichissent à coup sûr sont ceux qui vendent des pelles et des pioches. Ici, il s’agit des banques d’affaires qui engrangent des commissions astronomiques lors des fusions…mais aussi lors des cessions (lorsque la fusion est un échec, il faut bien se séparer des branches pourries) ! Ce sont les championnes du « Face, je gagne. Pile, tu perds ».
Pour le premier semestre 2006, le montant total des commissions pour fusions-acquisitions s’est élevé à 19 milliards de dollars (+31%) dont 1,2 milliards pour Goldman Sachs, 879 millions pour JP Morgan, 811 millions pour Morgan Stanley, 720 millions pour Crédit Suisse…(source Thomson Financial).
N’est-il pas temps, pour les responsables politiques nationaux et européens, de mettre en place des incitations visant à favoriser l’investissement productif au lieu de laisser se développer ce Monopoly géant ? En outre, la constitution de tels colosses (même si beaucoup ont des pieds d’argile) est dangereuse pour la concurrence « libre et non faussée » si chère aux libéraux. Leur pouvoir face aux consommateurs est en effet énorme. De même, d’ailleurs, que leur pouvoir face aux Etats, ces derniers se voyant contraints de déployer des trésors de bienveillance fiscale pour attirer ou retenir des entreprises sur leur territoire. En effet, le « terrain de jeu » des multinationales dépasse largement les frontières. L’optimisation de leurs activités, pour satisfaire notamment aux contraintes de rentabilité des actionnaires, nécessite une allocation réactive des investissements qui se soucie fort peu de la vie des territoires et des hommes qui les peuplent.
PP
08:11 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fusions
23 juillet 2007
La fée électricité et les joies du marché
Depuis le 1er juillet 2007, le marché de l’énergie est libre en France. C’est-à-dire que nous (consommateurs) avons la possibilité de choisir notre fournisseur d’énergie. Ce qui était réservé aux seuls profession depuis 2004 est maintenant accessible à l’ensemble des quelque 28 millions de clients d’EDF. Il est toutefois peu probable que nous assistions à une vague importante de résiliations d’abonnements ! En effet, le tarif pour les professionnels a augmenté de 48% entre 2005 et 2006.
Un marché à forte volatilité…
L'ouverture à la concurrence des marchés de l'énergie a été initiée depuis le début des années 90 en Europe par la Commission européenne, avec pour objectif premier de faire baisser les prix pour le consommateur. En réalité, on ne peut que constater que les prix sont volatils et tendent à augmenter sans raison valable. L'électricité est en effet un bien indispensable, tout en présentant la caractéristique d'être non stockable (il existe des travaux fondés sur l’électrolyse de l’eau, permettant de stocker l’énergie produite sous forme d’hydrogène, mais le procédé n’est pas encore exploitable industriellement). Cela nécessite donc un ajustement permanent entre l’offre et la demande. C'est pourquoi les prix flambent sur les marchés au moindre écart. Comme le 10 août 2003 : en pleine canicule, le prix du mégawattheure (MWh) avait franchi le seuil des 1 000 euros à la Bourse européenne de l'électricité Power Next, contre 30 euros en moyenne en période normale.
Ce qui a aussi pour résultat que le plus petit producteur peut faire s'envoler les prix de court terme en plaçant certaines de ses capacités de production temporairement hors-circuit.
Des investissements lourds…
La sécurité d’approvisionnement nécessite des capacités de production excédentaires pour faire face aux pics de consommation. On peut donc se demander comment, dans le cadre d’un marché libre, se fera la nécessaire coordination visant à réaliser de tels investissements. En d’autres termes, les industriels arriveront-ils à se mettre d’accord pour financer des investissements de surcapacité, ou même seulement les investissements de renouvellement (estimés, pour l’Europe, à 700 milliards d’Euros d’ici 2030)? On peut en douter ! D’autant plus que la pénurie a l’énorme avantage de …faire monter les prix, donc les profits…
Le risque est d'autant plus fort en France qu'aucun mécanisme incitatif (en d'autres termes, rémunérateur) n'a été mis en place pour encourager les investisseurs à mettre en service de nouvelles capacités. A l'inverse, en Espagne, un système de paiements de capacités a été établi de façon à rémunérer les producteurs se proposant de laisser des unités en réserve pour pouvoir répondre à toute demande additionnelle. Dans un esprit comparable, un système d'obligations de surcapacités a été instauré dans le Nord-Est des Etats-Unis pour garantir une marge de sécurité au système électrique. En revanche, en France, comme dans de nombreux pays européens, nous nous en remettons principalement aux seules forces du marché pour garantir notre sécurité électrique.
Forcés d’investir, les nouveaux opérateurs auront vraisemblablement recours à des centrales à gaz, plus rapidement opérationnelles (deux ans contre dix ans pour une centrale nucléaire) et plus souple. Les inconvénients sont toutefois non négligeables : augmentation du prix du kW, émission de CO2, indexation du prix de l’électricité sur celui des hydrocarbures.
En France, le grand perdant risque d’être la filière éolienne, qui peine à décoller (2000 MW installés contre plus de 20500 en Allemagne). En effet, aujourd’hui, cette filière doit son émergence à la garantie d’achat d’EDF. Cette subvention, de l’ordre de 60 millions d’Euros par an, sera-telle compatible avec la libéralisation du marché ?
Le marché peine à créer ce que les économistes appellent des « externalités positives » telles que la recherche, la préservation de l’environnement… En revanche, il ne se soucie que fort peu des « externalités négatives » qu’il génère telles que la pollution. Dans le cas de l’énergie cela pourrait s’avérer catastrophique.
Des exemples d’échecs du marché
Moins connu que celui de la Californie, l’exemple du Brésil n’en est pas moins édifiant. Le Brésil a en effet subi, lui aussi, une grave crise de l'approvisionnement en électricité après la privatisation du secteur. Entre le mois de juin et la fin de l'année 2001, le gouvernement a dû obliger les Brésiliens à réduire leur consommation de 20 % pour éviter le black-out total. Il faut dire que les investissements dans les infrastructures électriques, qui représentaient 6 à 8 milliards de dollars par an dans les années 80, étaient tombés à 3 milliards de dollars par an dans les années 90. Devenus privés, qui plus est dans un contexte juridique incertain, les opérateurs ont drastiquement réduit leurs investissements. Résultat : la croissance économique en a pris un sérieux coup en 2001 et le gouvernement a dû adopter un plan de 17 milliards de dollars pour accroître les capacités du système électrique de 25 %, d'ici à 2003, sur fonds publics.
Des risques majeurs pour l’Europe et la France
Le risque d'une défaillance du système électrique ne saurait être écarté. Elle peut aussi bien être liée à des investissements insuffisants dans les réseaux de transports qu'aux difficultés techniques de pilotage de ces derniers.
Les interconnexions entre le réseau français et les autres réseaux européens ont été calibrées à une époque où les échanges se résumaient à des exportations d'excédents ou à des secours ponctuels. Ce faisant, elles ne sont pas suffisantes pour garantir la sécurité dès lors que les échanges deviennent structurels, ce qui sera le cas dans le cadre d’un marché européen de l’électricité. La faiblesse des interconnexions augmente à la fois le risque d'effondrement "technique" des réseaux (du fait de la difficulté de la coordination entre les différents gestionnaires des réseaux de transports), mais aussi celui de manipulations stratégiques des phénomènes de congestion. La question des investissements dans les infrastructures de transports et les interconnexions se pose donc. De la même façon, les difficultés techniques du pilotage de réseaux ouverts à des mouvements transnationaux est déterminante, en ce sens qu'elle peut être à l'origine d'un black-out tel que l'a connu l'Italie, fin août 2003.
Volatilité des prix, sous-investissement, sécurité de l’approvisionnement…autant de sujets qui militeraient plutôt pour une gestion régulée de ce marché particulier. La Commission a proposé quelques mesures, comme la possibilité pour les Etats de lancer eux-mêmes la construction de nouvelles centrales. Mais la réponse de l'Union européenne reste insuffisante : il n'existe toujours pas en particulier de régulateur européen chargé de surveiller les prix et la sécurité d'approvisionnement.
PP
17:50 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : électricité, europe, privatisation, libéralisation
19 juillet 2007
Un cadeau pour DSK ?
En soutenant la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la direction du Fonds Monétaire International (FMI), Nicolas Sarkozy n’est-il pas en train de lui faire un cadeau empoisonné ? En effet, le FMI est depuis bientôt vingt ans, la cible de vives critiques quant à l’efficacité de ses interventions, l’opacité de la nomination de ses dirigeants…Bref, il doit faire face à ce que l’on peut, sans exagérer, qualifier de crise de légitimité. De plus, avec un déficit de 115 millions de dollars, il est en quasi-faillite…
Il arrive effectivement au Fonds monétaire ce qu'il peut arriver de pire à une entreprise : perdre ses clients. Ainsi, le Brésil et l'Argentine viennent de rembourser par anticipation les prêts qu'ils lui devaient et l'Indonésie a annoncé qu'elle ferait bientôt la même chose. Alors que l'encours total des prêts dépassait les 100 milliards de dollars en 2003, il est revenu à 18 milliards au 31 mars 2007, dont 65 % pour la seule Turquie. L'équivalent d'un petit 4 % de l'ensemble des flux privés reçus par les seuls pays émergents l'an dernier ! Dans ces conditions, comment continuer de se faire entendre ?
Un parcours tumultueux…
Né en 1944, le FMI a d'abord été chargé d'assurer la stabilité du système de changes fixes instauré après la guerre, dans un contexte d'ouverture extérieure des économies qu'il devait favoriser. C’est l’économiste britannique J.M. Keynes qui a été le parrain intellectuel du FMI, fondant sa création sur des réponses à des échecs du marché. Il craignait en effet qu’en cas de crise économique grave, certains pays ne puissent emprunter pour stimuler leur économie. Avec la dévaluation unilatérale du dollar décidée par les Etats-Unis en 1971 et la fin du système de changes fixes en 1973, le Fonds n'a plus de mission clairement attitrée. Il faudra attendre le début des années 80 pour qu'il retrouve un rôle et prenne une certaine importance. La crise de la dette des pays en développement l'amène à négocier le contenu de leurs politiques économiques en échange de ses financements et de la confiance que donnent ses prescriptions aux banquiers qui acceptent d'accorder des délais de paiement, voire de nouveaux prêts. Il s’agit des fameux plans « d’ajustements structurels », fondés sur le non moins fameux « consensus de Washington » reposant sur trois piliers : déréglementation, privatisation et austérité budgétaire. Ces plans ont depuis été largement critiqué pour leur incapacité à prendre en compte les situations politiques locales, la lutte contre le chômage et la pauvreté… En organisant la libéralisation massive des économies émergentes sans mettre en place au préalable des institutions efficaces, ils ont contribué à la fragilisation des Etats et à la diminution de leur rôle de soutien au développement de l’économie (financement d’infrastructures, éducation, diversification de l’économie…).
La chute du mur de Berlin en fait ensuite le principal artisan des programmes de réformes économiques visant à faire passer les pays de l'Est à l'économie de marché. Avec les crises de change dans les pays émergents (Mexique en 1994, Asie en 1997), il devient le principal organisateur des politiques publiques internationales de réponse aux crises financières.
Une institution en panne de modèle…
Dans les années 1980 et 1990, les économistes du FMI n’avaient pas de doute sur la stratégie à tenir : toujours plus de marché. La libéralisation devait régler tous les problèmes, même si elle était conduite en dépit du bon sens. Ca ne marchait pas ? C’est parce que les « réformes » n’étaient pas allé assez loin. En effet, les économistes du FMI était persuadés que le marché, très généralement, ça marche et que l’Etat, très généralement, ça ne marche pas.
Aujourd’hui, quelques grains de sables se sont insinués dans cette mécanique bien huilée. Depuis l’année 2000, ces mêmes économistes nous expliquent en effet que, finalement, les pays qui ont recours au contrôle des mouvements internationaux de capitaux arrivent nettement mieux à se protéger des crises financières que ceux qui laissent leur économie ouverte aux courants d'air de la finance mondiale.
Ce début de retournement ne fait que ramener l'institution dans le chemin que ses fondateurs lui avaient tracé. En effet, l'article VI de ses statuts prévoit que les pays peuvent imposer des contrôles permanents des capitaux. Keynes souhaitait d'ailleurs que le FMI soit obligé d'aider les pays qui veulent mettre en place ce genre de mesures. Mais sa proposition, initialement soutenue par les Américains, fut finalement rejetée sous la pression des financiers de Wall Street. Cinquante ans plus tard, en pleine euphorie libérale, il était même question de changer les statuts du FMI en 1997 pour y inscrire la nécessité d'une libéralisation financière généralisée. La crise asiatique est passée par là pour refroidir les ardeurs et on ne s'en plaindra pas.
Crise de légitimité…
Désormais, les pays émergents remboursent leur dette par anticipation pour échapper à une institution dominée par les pays du Nord, par des économistes arrogants et par une idéologie libérale à laquelle même les libéraux croient de moins en moins. Le Venezuela d’Hugo Chavez a d’ailleurs décidé de quitter l’institution pour créer une « Banque du Sud ». L’Argentine, le Brésil, la Bolivie, l’Equateur et le Paraguay ont adhéré à ce projet. Les pays asiatiques ont annoncé en mai 2007 la création d’un fonds régional de gestion d’une fraction de leurs réserves de devises. Ce fonds permettra de proposer rapidement des prêts aux pays en crise…sans passer par le FMI.
Le FMI ne retrouvera sa crédibilité que si les pays émergents y gagnent du poids politique, si les ministres des Finances y imposent des compromis plus politiques que techniques et justifient régulièrement leurs choix devant leur Parlement.
Un Fonds monétaire plus légitime pourrait d'ailleurs être utile. Car les sources potentielles de déséquilibres financiers internationaux ne manquent pas : effondrement du dollar, forte remontée des taux d'intérêt, brusque ralentissement de la demande interne aux Etats-Unis (dont les exportations des émergents et les cours des matières dépendent beaucoup), explosion en vol de fonds spéculatifs aux risques mal contrôlés et qui investissent dans les Bourses émergentes, développement inconsidéré du marché des produits dérivés de gré à gré, …
Il est clair que si DSK arrive à transformer le FMI en une institution de régulation de la finance mondiale, cela constituera un avantage non négligeable pour lui…dans l’optique l’élection présidentielle de 2012 ! Ce n’est pas gagné !
PP
10:13 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : FMI, Finance, Libéralisme
18 juillet 2007
EADS...Machine de guerre ou château de cartes ?
Thomas Enders, l’actuel co-président d’EADS et futur président d’Airbus, a récemment déclaré : « Si nous avions encore eu besoin d'une (...) preuve que les Etats n'ont rien à faire dans la direction d'une entreprise, les événements des deux ans et demi écoulés chez EADS ont apporté cette preuve ». Encore et toujours cette bonne vieille rhétorique de la nullité intrinsèque de l’Etat ! Par opposition, bien sûr, aux grandes qualités de visionnaire des actionnaires privés !
Pourtant Arnaud Lagardère, à l’époque président du directoire d’EADS, avait déclaré à propos des problèmes du projet A380 : « J’ai le choix entre passer pour quelqu’un de malhonnête ou d'incompétent, qui ne sait pas ce qui s’est passé dans ces usines, j’assume cette deuxième version. » (Le Monde – 15 juin 2006). Pendant cette crise, il lui a été reproché de passer sont temps à faire aboutir ses projets dans les médias et le sport, plutôt que de chercher à résoudre les problèmes de l’avionneur. Ce manque d’intérêt d’un actionnaire important (Lagardère possédait 15 % du capital jusqu’en mars 2006, date à laquelle il en a cédé 7,5% , tout comme DaimlerChrysler) est en partie à l’origine de la guerre des chefs qui a désorganisé l’entreprise.
Pour revenir aux propos de Mr Enders sur le rôle des Etats dans les déboires d’EADS, il est clair que l’on ne peut les exonérer de leurs responsabilités, mais on ne peut pas non plus négliger les insuffisances des actionnaires et des dirigeants issus de la sphère privée. De plus, dans la mesure où EADS réalise environ 20% de son chiffre d’affaires dans le secteur de la défense (le « D » de son sigle signifie d’ailleurs « Défense »), il n’est pas illégitime que les Etats aient un droit de regard sur ses activités. Enfin, sans le financement initial des Etats, l’entreprise ne serait pas en mesure de rivaliser aujourd’hui avec ses concurrents américains.
Les débuts du GIE Airbus…
C’est en effet au milieu des années 60, qu’est née l’idée de construire un avion européen gros-porteurs moyen-courrier, offrant 200 à 300 places, sans rival chez Boeing. C'est autour de la construction d'un tel avion que se met en place une organisation originale associant les Etats et les entreprises. Les premiers décident d'avancer aux industriels les sommes colossales nécessaires à la conception du prototype et à la mise en place de l'outil industriel indispensable à sa fabrication en série. Les avances seront ensuite remboursées par les constructeurs via une taxe perçue sur chaque vente d'avion. Les gouvernements français et allemand s'engagent d'entrée de jeu, rejoints plus tard par les Britanniques et les Espagnols.
La répartition des tâches donne du travail à tous les partenaires, tout en tenant compte des compétences de chacun : la réalisation des ailes, une des parties les plus techniques, est confiée à l'anglais Hawker Siddeley ; les éléments mobiles de la voilure reviennent au hollandais Fokker ; l'allemand Deutsche Airbus (qui regroupe les grands de l'aéronautique allemande) réalise la partie arrière du fuselage ; et le français Sud-Aviation fabrique le centre de l'avion, l'avant et le cockpit.
L'ensemble est coiffé par une structure juridique regroupant les constructeurs, le groupement d'intérêt économique Airbus Industrie, qui va être le seul interlocuteur avec les compagnies clientes. Il effectue les essais, vérifie la conformité avec la commande, négocie les contrats, forme les équipages, assure l'après-vente et fait remonter les demandes du marché.
EADS…pour répondre aux Américains…
A la fin des années 80, Airbus commence à être financièrement rentable et les Etats souhaitent alléger leurs charges. Dans le même temps, soucieux de réunir leurs forces dans le domaine de la défense, ils poussent les entreprises concernées à se regrouper et, pour permettre les fusions jugées nécessaires, privatisent. Or ce sont les mêmes entreprises qui dominent l'aéronautique militaire et qui fabriquent Airbus. Les restructurations dans la défense accélèrent donc la réorganisation chez Airbus : les différentes concentrations nationales ou européennes conduisent finalement, en octobre 1999, à la fusion d'Aerospatiale-Matra avec DaimlerChrysler Aerospace (Dasa) et Casa au sein d'EADS (European Aeronautic Defense and Space Company). Un groupe conçu pour mieux faire pièce à la fusion Boeing-Mac Donell Douglas de 1997, dans le domaine militaire et dans le domaine civil : EADS détient désormais 80 % des parts dans Airbus (et British Aerospace 20 %).
30 % du capital d'EADS reviendront à chacun des partenaires français et allemands, les 40 % restants étant cotés en Bourse. Une concession de taille faite par les Français, étant donné l'écart de poids industriel entre les deux groupes (l’allemand Dasa était beaucoup moins important qu’Aérospatiale). Le gouvernement français a en effet accepté de réduire de 47,5 % à 15 % sa participation au capital de l’entreprise. Et dans un élan de générosité supplémentaire, M. Raffarin annoncera même qu’il était prêt à renoncer à ces 15 % ainsi que le réclamaient les Allemands, qui avaient admis de patienter jusqu’en 2003.
Au passage, en février 1999, Jean-Luc Lagardère est l’heureux bénéficiaire d’un cadeau fastueux. En échange de l’apport de Matra haute technologie (MHT) il reçoit 31.45 % du capital de la future entreprise Aérospatiale Matra.
Airbus devient une société privée…
Fin février 2001, le groupement d'intérêt économique (GIE) Airbus deviendra officiellement une société privée de droit français, basée à Toulouse. Jusqu’alors, le développement et la production des avions européens étaient partagés entre les quatre partenaires du consortium, le français Aérospatiale-Matra, l'allemand Dasa, l'espagnol Casa et le britannique British Aerospace, tandis que le GIE, avec ses 3 500 salariés, était principalement chargé du marketing et de la vente. La nouvelle société, qui emploiera 40 000 salariés, regroupera toutes les fonctions et tous les actifs industriels liés à Airbus. De quoi permettre une meilleure coordination des projets, des économies d'échelle grâce au regroupement des achats et une meilleure utilisation des dépenses de recherche.
Cette intégration butait depuis des années sur la valorisation des différents actifs et sur la répartition du pouvoir dans la nouvelle structure. La fusion d'Aerospatiale-Matra avec Dasa et Casa au sein d'EADS, qui en fait le principal actionnaire d'Airbus avec 80 % des parts, puis un accord entre EADS et British Aerospace, qui détient les 20 % restants, ont permis d'aboutir. Toulouse hérite des chaînes de montage du futur gros porteur A380 et se voit confortée dans son statut de capitale européenne de l'aéronautique. Mais le holding EADS, qui centralisera les profits d'Airbus, est basé aux Pays-Bas, pour profiter d'une législation fiscale accommodante. Avec l'accord d'un de ses principaux actionnaires : l'Etat français...
Absence de volonté politique…
La création d’EADS a été initialement voulue pour regrouper les industrie européennes de défense, or la plus importante d’entre elles, le britannique BAE System n’en fait pas partie. Peut-être que, comme dans d’autres domaines, il n’existe pas de consensus européen en matière de défense ?
Je pense qu’une fois de plus, on a fait passer les intérêts privés avant l’intérêt général. On a cru une fois de plus (ou voulu croire) que les privatisations et les fusions d’entreprises pallieraient l’absence de dessein politique partagé. Comme dans bon nombre de cas, les synergies n’ont pas été au rendez-vous et l’efficacité de l’ensemble a été moindre que celle des entités initiales.
Le GIE Airbus tirait son efficacité de sa structure souple, qui permettait de faire travailler ensemble des industriels, en associant un financement public, mais créait sans doute moins de « valeur pour l’actionnaire ».
PP
10:48 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : EADS, Aéronautique, Privatisation, Etat


