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19 juillet 2007
Un cadeau pour DSK ?
En soutenant la candidature de Dominique Strauss-Kahn à la direction du Fonds Monétaire International (FMI), Nicolas Sarkozy n’est-il pas en train de lui faire un cadeau empoisonné ? En effet, le FMI est depuis bientôt vingt ans, la cible de vives critiques quant à l’efficacité de ses interventions, l’opacité de la nomination de ses dirigeants…Bref, il doit faire face à ce que l’on peut, sans exagérer, qualifier de crise de légitimité. De plus, avec un déficit de 115 millions de dollars, il est en quasi-faillite…
Il arrive effectivement au Fonds monétaire ce qu'il peut arriver de pire à une entreprise : perdre ses clients. Ainsi, le Brésil et l'Argentine viennent de rembourser par anticipation les prêts qu'ils lui devaient et l'Indonésie a annoncé qu'elle ferait bientôt la même chose. Alors que l'encours total des prêts dépassait les 100 milliards de dollars en 2003, il est revenu à 18 milliards au 31 mars 2007, dont 65 % pour la seule Turquie. L'équivalent d'un petit 4 % de l'ensemble des flux privés reçus par les seuls pays émergents l'an dernier ! Dans ces conditions, comment continuer de se faire entendre ?
Un parcours tumultueux…
Né en 1944, le FMI a d'abord été chargé d'assurer la stabilité du système de changes fixes instauré après la guerre, dans un contexte d'ouverture extérieure des économies qu'il devait favoriser. C’est l’économiste britannique J.M. Keynes qui a été le parrain intellectuel du FMI, fondant sa création sur des réponses à des échecs du marché. Il craignait en effet qu’en cas de crise économique grave, certains pays ne puissent emprunter pour stimuler leur économie. Avec la dévaluation unilatérale du dollar décidée par les Etats-Unis en 1971 et la fin du système de changes fixes en 1973, le Fonds n'a plus de mission clairement attitrée. Il faudra attendre le début des années 80 pour qu'il retrouve un rôle et prenne une certaine importance. La crise de la dette des pays en développement l'amène à négocier le contenu de leurs politiques économiques en échange de ses financements et de la confiance que donnent ses prescriptions aux banquiers qui acceptent d'accorder des délais de paiement, voire de nouveaux prêts. Il s’agit des fameux plans « d’ajustements structurels », fondés sur le non moins fameux « consensus de Washington » reposant sur trois piliers : déréglementation, privatisation et austérité budgétaire. Ces plans ont depuis été largement critiqué pour leur incapacité à prendre en compte les situations politiques locales, la lutte contre le chômage et la pauvreté… En organisant la libéralisation massive des économies émergentes sans mettre en place au préalable des institutions efficaces, ils ont contribué à la fragilisation des Etats et à la diminution de leur rôle de soutien au développement de l’économie (financement d’infrastructures, éducation, diversification de l’économie…).
La chute du mur de Berlin en fait ensuite le principal artisan des programmes de réformes économiques visant à faire passer les pays de l'Est à l'économie de marché. Avec les crises de change dans les pays émergents (Mexique en 1994, Asie en 1997), il devient le principal organisateur des politiques publiques internationales de réponse aux crises financières.
Une institution en panne de modèle…
Dans les années 1980 et 1990, les économistes du FMI n’avaient pas de doute sur la stratégie à tenir : toujours plus de marché. La libéralisation devait régler tous les problèmes, même si elle était conduite en dépit du bon sens. Ca ne marchait pas ? C’est parce que les « réformes » n’étaient pas allé assez loin. En effet, les économistes du FMI était persuadés que le marché, très généralement, ça marche et que l’Etat, très généralement, ça ne marche pas.
Aujourd’hui, quelques grains de sables se sont insinués dans cette mécanique bien huilée. Depuis l’année 2000, ces mêmes économistes nous expliquent en effet que, finalement, les pays qui ont recours au contrôle des mouvements internationaux de capitaux arrivent nettement mieux à se protéger des crises financières que ceux qui laissent leur économie ouverte aux courants d'air de la finance mondiale.
Ce début de retournement ne fait que ramener l'institution dans le chemin que ses fondateurs lui avaient tracé. En effet, l'article VI de ses statuts prévoit que les pays peuvent imposer des contrôles permanents des capitaux. Keynes souhaitait d'ailleurs que le FMI soit obligé d'aider les pays qui veulent mettre en place ce genre de mesures. Mais sa proposition, initialement soutenue par les Américains, fut finalement rejetée sous la pression des financiers de Wall Street. Cinquante ans plus tard, en pleine euphorie libérale, il était même question de changer les statuts du FMI en 1997 pour y inscrire la nécessité d'une libéralisation financière généralisée. La crise asiatique est passée par là pour refroidir les ardeurs et on ne s'en plaindra pas.
Crise de légitimité…
Désormais, les pays émergents remboursent leur dette par anticipation pour échapper à une institution dominée par les pays du Nord, par des économistes arrogants et par une idéologie libérale à laquelle même les libéraux croient de moins en moins. Le Venezuela d’Hugo Chavez a d’ailleurs décidé de quitter l’institution pour créer une « Banque du Sud ». L’Argentine, le Brésil, la Bolivie, l’Equateur et le Paraguay ont adhéré à ce projet. Les pays asiatiques ont annoncé en mai 2007 la création d’un fonds régional de gestion d’une fraction de leurs réserves de devises. Ce fonds permettra de proposer rapidement des prêts aux pays en crise…sans passer par le FMI.
Le FMI ne retrouvera sa crédibilité que si les pays émergents y gagnent du poids politique, si les ministres des Finances y imposent des compromis plus politiques que techniques et justifient régulièrement leurs choix devant leur Parlement.
Un Fonds monétaire plus légitime pourrait d'ailleurs être utile. Car les sources potentielles de déséquilibres financiers internationaux ne manquent pas : effondrement du dollar, forte remontée des taux d'intérêt, brusque ralentissement de la demande interne aux Etats-Unis (dont les exportations des émergents et les cours des matières dépendent beaucoup), explosion en vol de fonds spéculatifs aux risques mal contrôlés et qui investissent dans les Bourses émergentes, développement inconsidéré du marché des produits dérivés de gré à gré, …
Il est clair que si DSK arrive à transformer le FMI en une institution de régulation de la finance mondiale, cela constituera un avantage non négligeable pour lui…dans l’optique l’élection présidentielle de 2012 ! Ce n’est pas gagné !
PP
10:13 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : FMI, Finance, Libéralisme




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