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20.04.2007

Encore et toujours des baisses d’impôt...

Encore et toujours des baisses d’impôt
« Notre objectif de baisse des prélèvements passe par une réforme et une baisse générale, à terme, de l’impôt sur le revenu. Mais les priorités sont ailleurs : outre la détaxation des heures supplémentaires, offrir la possibilité de déduire de son impôt les intérêts d’emprunt pour l’acquisition d’un logement et supprimer les droits de succession, avec un plafond. Cela représente 15 milliards d’Euros de baisses d’impôts dès juillet ».
Ces propos ont été tenu par François Fillon, pressenti comme le futur premier ministre de Nicolas Sarkozy (s’il est élu), dans le dernier numéro du magazine Challenges.

Dans le même temps, Nicolas Sarkozy (il le dit dans son dernier livre) souhaite ne pas faire « d’économies de bouts de chandelle sur le train de vie des administrations. ».
Que se passera-t-il inévitablement ? Soit une hausse des déficits publics et donc de la dette, soit la hausse d’autres prélèvements…peut-être les deux à la fois.

Un bilan économique catastrophique
La droite persiste dans l’erreur…Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il suffit de rappeler le bilan sur les 5 dernières années pour entrevoir le sombre avenir qui nous attend :

* Dette publique : 59% du PIB en 2000 contre 65 % en 2006
* Prélèvements obligatoires : 43,1 % du PIB en 2000 contre 44,4% en 2006

La droite a donc réussi l’exploit d’augmenter à la fois la dette publique et les prélèvements obligatoires !
La droite, gestionnaire rigoureuse ? Quel mensonge !


Et maintenant la TVA sociale...
En démantelant un impôt progressif (l’impôt sur le revenu), on reporte les prélèvements vers d’autres impôts beaucoup plus injustes : impôts locaux, TVA,…

Nicolas Sarkozy souhaite ainsi « expérimenter » la TVA sociale : augmentation de la TVA de 3 points en contrepartie de baisses des cotisation sociales payées par les employeurs. Le principe est de taxer les produits chinois importés plutôt que le travail français. Cela engendrera-t-il une hausse des prix pour les consommateurs ? Non, bien sûr car la concurrence mettra bon ordre à tout ça ! Tu parles ! Qu’est-ce qui empêchera les importateurs de s’entendre pour maintenir les prix hors taxe à leur niveau initial ?

Un double échec
Sur les deux piliers de son action, le bilan de la droite est mauvais :
* Economie : croissance molle, chômage, augmentation de la dette, hausse des prélèvements obligatoire…
* Sécurité : hausse de 24 % des agressions sur les personnes…


STOP !!!

PP

19.04.2007

Besoin d'air

Dans la série de mes lectures absolument passionnantes, j’ai entrepris la lecture de l’ouvrage du MEDEF intitulé « Besoin d’air ».
S’il fallait le résumer en une phrase ce serait : « L’entreprise, c’est super ; l’Etat, c’est nul ».
Il ne s’agit pas d’un essai politique ou économique, mais plutôt d’une sorte de catéchisme à la gloire des « créateurs de richesse ». Il s’agit de prêcher la bonne parole de la prise de risque, de la responsabilité individuelle, de l’adaptation joyeuse aux règles intangibles de la mondialisation.

Alors qu’il est souvent de bon ton de sourire de façon condescendante lorsqu’Arlette Laguiller se gargarise du mot « travailleurs », que dire de cette envolée lyrique :
« Entrepreneurs –aventuriers, entrepreneurs-pionniers, entrepreneurs-inventeurs, … ».
Laurence Parisot : l’Arlette Laguiller du patronat !
Par une sorte de glissement sémantique, le MEDEF tend à assimiler « patron » et « entrepreneur ». N’oublions pas que le MEDEF n’est autre que l’ancien CNPF (Confédération Nationale des Patrons Français). De même que « Non voyant » est plus vendeur qu’ « Aveugle » ou « Personne à verticalité limitée » est plus sympa que « Nain », « Entrepreneur » est plus glamour que « Patron ». Mais, parmi les dignitaires du MEDEF, combien sont de vrais entrepreneurs ? La plupart ne sont que des …PDG, c’est-à-dire des super salariés (non par leurs capacités, mais par le niveau de leur salaire). De par mon métier, j’ai l’occasion de côtoyer régulièrement des créateurs de PME. Ce sont eux les vrais « entrepreneurs » et, bien souvent, ils se sentent plus proches de leurs salariés que des pontes (j’allais dire « barons ») du MEDEF !

« Et pour finir de préciser ce que le libéralisme est et n’est pas, rappelons que ce qui s’y oppose, son contraire, c’est l’intervention permanente, abusive et souvent aberrante de l’Etat, notamment dans la sphère économique. »
Il ne manque plus que le retour des chars russes sur les Champs Elysées !
WorldCom, Enron, Arthur Andersen, Vivendi, Parmalat, sont des beaux exemples du libre fonctionnement de la « sphère économique ».

« Nous pensons qu’il serait plus efficace économiquement, et plus respectueux socialement, que la durée du travail ne soit plus définie par la loi, mais soit déterminée, branche par branche, entreprise par entreprise, par un accord entre patronat et syndicats. »
Et pourquoi pas salarié par salarié ? L’idée sous-jacente est le remplacement de la loi par le contrat. Compte tenu de la faiblesse des syndicats et du pouvoir de négociation que constitue le chômage de masse des travailleurs peu qualifiés, on peut légitimement penser que les contrats conclus entre un salarié et son employeur ont de grandes chances d’êtres des contrats léonins. Effectivement, pour les travailleurs très qualifiés que les entreprises s’arrachent, cela peut être différent, mais rien n’empêche dans ce cas de conclure un contrat plus favorable que la loi. Mais la loi doit constituer un filet de sécurité pour les plus faibles.
Dans les rapports du faible au fort, du maître à l’esclave, c’est la loi qui libère et la liberté qui opprime.
Le MEDEF va même plus loin en proposant tout simplement de voter une loi interdisant à l’Etat… de légiférer en matière sociale. Dans un grand élan de générosité, le MEDEF est prêt à fournir gratuitement à l’Etat la scie qui lui permettra de couper la branche sur laquelle il est assis !

« …des 35 heures qui ne nous permet[tent] pas de rivaliser avec ceux qui travaillent le double. »
Et ne parlons pas de ceux qui travaillent le triple…

« … dans l’entreprise, où l’on sait toujours pourquoi quelqu’un est à sa place, ce qu’il produit et ce qu’il rapporte à la collectivité. »
Contrairement à la fonction publique noyautée par les tire-au-flancs de la pire espèce… Pour avoir travaillé dans une grande entreprise, je peux vous dire que les fainéants et les profiteurs ne sont pas tous dans la fonction publique ! Ce qui peut créer des effets d’aubaines, des niches à fainéantise, ce n’est pas la nature publique ou privée de l’entreprise, c’est plutôt sa taille, ce qui rend sa gestion plus difficile. Il devient donc plus difficile de repérer ceux qui « profitent » du système.
De plus, si l’on sait ce que chacun apporte à la collectivité, cela signifie qu’un patron payé 2 millions d’Euros par an apporte plus « à la collectivité » en deux jours qu’un ouvrier au SMIC … en un an.
Les patrons des grandes entreprise passent leur temps à expliquer qu’ils ne peuvent pas être payés moins que les patrons américains. Il est paradoxal d’entendre les mêmes personnes expliquer aux salariés qu’ils ne peuvent pas être payés plus que les Roumains ou les Polonais. Pourquoi, au fait, doivent-ils être payés autant que les patrons Américains ? Parce que sinon, ils partiraient aux Etats-Unis. J’imagine déjà la foire d’empoigne des entreprises américaines pour se payer les services de Noël Forgeard, de Thierry Breton, de Francis Mer, de Jean-René Fourtou, …
Pour terminer sur ce sujet, il me semble bon de rappeler la règle du milliardaire américain Rockfeller (que l’on peut difficilement taxer de communisme forcené), selon laquelle l’écart de salaire entre un patron et ses ouvriers devraient être au maximum de 1 à 40. Aujourd’hui, dans les grandes entreprises, cet écart est au minimum de l’ordre de 1 à 100…

« La croissance augmente plus sûrement et plus durablement le niveau de vie de la population la plus modeste que nombre de politiques redistributrices. »
La vieille rengaine libérale est de retour ! « La marée montante soulève tous les bateaux » disait déjà Ronald Reagan dans les années 80 pour justifier les baisses d’impôts censées dynamiser l’économie américaine et par là-même profiter à tous. Ces vieilles lunes de la politique de l’offre n’ont provoqué que déficits publics et récession.
Si on laisse faire la croissance, ce sont les plus riches qui en profitent. C’est ce que prouvent les faits depuis une vingtaine d’année. Les politiques redistributrices ont plus que jamais leur justification et notamment les impôts réellement progressifs.

« Quant à la suppression pure et simple de l’ISF, elle serait radicalement dynamisante. »
Sans commentaire. Une question : dynamisante pour qui ?

« Pour mener une politique en faveur des bas salaires, les pouvoirs publics dans ces pays (Pays-Bas et Royaume –Uni) privilégient les instruments propres à l’Etat, prime à l’emploi par exemple. »
Tiens, tiens, l’Etat aurait-il donc un rôle à jouer dans la « sphère économique » ? Augmenter les salaires ? Non ! C’est l’Etat qui « indemnisera » les plus bas salaires à l’aide de la prime pour l’emploi (impôt négatif). D’un côté, il faut baisser les impôts des plus riches, de l’autre l’Etat doit rendre toujours plus aux salariés les moins payés pour compenser l’insuffisance des entreprises. Comment concilier ces deux impératifs ? Baisser les dépenses de l’Etat dans les autres domaines !

Le MEDEF nous propose le concept de « séparabilité » qui doit permettre de faciliter le licenciement.
« Ce nouvel état d’esprit permettrait de simplifier et de pacifier dans bien des cas la rupture du contrat de travail, le but étant de parvenir à une rupture par consentement mutuel qui ménagerait l’intérêt moral et financier des deux parties. »
Je te vire sans motif, mais simplement et pacifiquement… « Zen, cool », comme dirait la marionnette de Sarkozy aux Guignols.

« La logique voudrait donc que l’entreprise cesse d’assurer le risque maladie et que la solidarité nationale prenne le relais par l’impôt. Les dépenses ne relevant pas de la solidarité nationale seront financées par des assurances complémentaires souscrites directement par les assurés. Pour ne pas engendrer de phénomènes de renoncement aux soins, cette couverture complémentaire sera obligatoire…»
Dans la mesure où la couverture maladie est désormais universelle (donc pas forcément liée au statut de salarié), il n’est pas aberrant de dire qu’elle relève de la solidarité nationale. Mais j’ai comme l’impression que le MEDEF souhaite que les entreprises soient exclues du champ de la « solidarité nationale ».
Financer la l’assurance maladie par l’impôt n’est pas illogique (c’est ce qui se passe au Danemark), mais dans ce cas, cela signifie augmenter les impôts (en contrepartie des baisses de cotisations sociales), car les dépenses de santé restent les mêmes. Cela nécessiterait une hausse des salaires (dont une partie serait prélevée sous forme d’impôt), la mise en place d’un impôt réellement progressif sur l’ensemble des revenus, la mise en place d’un impôt progressif sur la valeur ajoutée des entreprises… Je doute que le MEDEF soit dans cette logique.
Par ailleurs, on voit l’intérêt que trouve le MEDEF à définir la solidarité nationale de la façon la plus restrictive possible: pour nous obliger à souscrire des assurances complémentaires…privées. C’est le rêve de toute entreprise que d’obliger les consommateurs à avoir recours à ses services. Transformer la consommation en cotisation : le bonheur !

En lisant ce livre, on a une meilleure idée du programme économique de Nicolas Sarkozy. Au secours !!

PP

16.04.2007

Les bons chiffres...(4/4)

Suite et fin des commentaires sur le dernier ouvrage de Jacques Marseille intitulé « Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 ».

Dette publique
C’est en 1995 que la dette publique a franchi pour la première fois la barre des 50% du PIB, alors qu’Alain Juppé était premier ministre, succédant à Edouard Balladur.
Alors qu’elle a été stabilisée sous le gouvernement Jospin, elle a repris sa croissance depuis 2002.
Qui a dit que la droite était meilleure gestionnaire que la gauche ?

Dépenses publiques
La part des dépenses publiques dans le PIB, qui était de 54,4% en 1993 (Juppé), est tombé à 51,6% en 2000 (Jospin) pour revenir à 54,3% en 2005 (Villepin). Qui a dit que la droite était meilleure que la gauche pour réduire les dépenses publiques ?

« Comme le démontre l’évolution de tous les pays sans exception, c’est en réduisant massivement les dépenses publiques dans les dix dernières années que l’Irlande, le Royaume-Uni, l’Espagne, le Danemark, la Suède ou la Nouvelle Zélande ont su réduire fortement le nombre de chômeurs ». JM est tellement aveuglé par sa foi dans le libéralisme qu’il en oublie de regarder les chiffres. En effet, au Royaume-Uni, la part des dépenses publiques est passé de 46,1 % en 1993 à 39,8% en 2000…pour remonter à 45,5% en 2005. Pour la baisse massive, on repassera !

Recherche
« Le niveau de dépense globale pour la recherche-développement est nettement inférieur à celui des pays qui se classent désormais aux tout premiers rangs de la croissance économique et du plein emploi, comme la Finlande et la Suède. »
L’action de Nicolas Sarkozy en tant que Ministre des Finances n’a sans doute pas contribué à augmenter ce niveau. C’est en effet lui qui avait décidé des coupes sombres dans les budgets de la recherche. La réaction des chercheurs l’avait contraint à faire machine arrière. Mais cet épisode n’a pas dû contribuer à l’efficacité de la recherche publique.
« Pire, la contribution des petites entreprises à la recherche et au développement…est le plus faible des grands pays industrialisés ».
Ainsi, la part des entreprises dans le financement de la R&D; est de l’ordre de 50% en France contre 60 voire 75% dans les pays développés.
Alors que tout semble montrer que ce sont les entreprises qui ne contribuent pas suffisamment aux dépenses de R&D;, JM conclut : « En fait, le déficit d’innovation est bien lié à l’improductivité de la dépense publique de la recherche ». Quand le fanatisme trouble à ce point le raisonnement, il n’y a plus rien à faire…

Santé
Pour information : « Le suicide constitue désormais la première cause de mortalité des 15-34 ans ».

« 90 % des consultations chez un médecin de ville donnent lieu à la délivrance d’une ordonnance contre 43,2% aux Pays-Bas par exemple alors que rien ne permet évidemment d’attester que l’état de santé des Hollandais soit moins enviable que celui des Français.»
« Aucun gouvernement n’a pris le risque électoral de se mette à dos quelque profession de santé que ce soit, au motif qu’elle n’aurait pas respecté des engagements conventionnels conformes à l’Objectif National des Dépendes de l’Assurance Maladie. … A cet égard, l’année 2002 constitue un véritable record puisque en dépit de l’augmentation des dépenses de santé de 4% déjà généreusement autorisée par le Parlement, la hausse réelle fut de 7,2%. »
« Les indemnités journalières de courte durée ont provoqué une dépense de 7,5 milliards d’€ en 2005, soit quasiment l’équivalent du déficit enregistré par les compte de la branche maladie cette même année. »
Ce qui précède milite à mon avis pour un encadrement plus strict des professionnels de santé. Alors qu’aujourd’hui les plans d’économie passe par des déremboursements et la « responsabilisation » des assurés, il faudrait enfin se rendre compte que c’est l’ensemble des acteurs du système de santé qui doivent être « responsabilisés ». Les outils informatiques devraient permettre d’identifier rapidement les médecins les plus « généreux » en matière d’arrêt de travail, ainsi que les plus « prescripteurs ». Sans rentrer dans une maîtrise comptable des dépenses de santé, il ne serait pas aberrant que les professionnels rendent des comptes sur l’utilisation qu’ils font de l’argent public.
De même, il serait urgent de poser la question du maintien de la rémunération à l’acte.

Justice
Le budget de la Justice s’est élevé à 5,5 milliards d’€ en 2005, soit 1,89% du budget de l’Etat. Cette part dévolue à une fonction essentielle est la même qu’au début du XXème siècle.
Depuis 2002, le budget du Ministère de l’Intérieur a augmenté de 53% contre 17% pour la Justice. Ce gouvernement semble oublier que la qualité de la chaîne judiciaire dépend du plus faible de ses maillons.
Pas étonnant que la France se trouve en 25ème position sur 36 selon la Commission Européenne pour l’Efficacité de la Justice. Elle est même 34ème si l’on prend le critère du nombre de juges pour 100 000 habitants, derrière la Roumanie, la Moldavie, la Slovaquie, et le Monténégro.

PP

14.04.2007

Les bons chiffres...(3/4)

Suite des commentaires sur le dernier ouvrage de Jacques Marseille intitulé « Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 ».

SMIC, Salaire
D’un côté JM reproche aux allègements de cotisation sociales sur les bas salaires de tirer les rémunérations vers le bas, de l’autre il milite pour une baisse du coût du travail peu qualifié et notamment pour que l’influence du SMIC sur le coût du travail soit « maîtrisée ». Cette apparente schizophrénie masque sans doute son envie de dire qu’il faut baisser le SMIC.
On dirait également qu’il s’émerveille que le pouvoir d’achat d’une heure payée au salaire minimum aux Etats-Unis ait baissé depuis les années 60.
JM fait partie de ses libéraux béats qui croient que le SMIC est une entrave au bon fonctionnement du marché du travail, qu’il remet en cause la sacro-sainte loi de l’offre et de la demande qui assure mécaniquement le plein emploi. C’est oublier que le travail n’est pas une marchandise comme les autres dont il convient sans cesse de baisser le coût.

Pauvreté
JM s’étonne de la vague « compassionnelle qui submerge la France », alors que le taux de pauvreté (fraction de la population gagnant moins de 50% du revenu médian) est passé de 12 % en 1970 à 6,3% en 2003. Cette baisse est certes significative, mais le taux de pauvreté ne baisse quasiment plus depuis 1990, soit presque 20 ans de « surplace ». De plus, cette analyse ne tient compte que du niveau du revenu et pas du pouvoir d’achat, ce qui pourrait encore assombrir le tableau…

Inégalités
« Alors que les Français ont le sentiment que les inégalités se sont accrues au cours des vingt dernières années, toutes les statistiques démontrent le contraire. » A l’appui de ses propos, JM nous propose de nous intéresser au rapport entre les revenus des 10 % les mieux payés et ceux des 10 % les moins payés. Ce ratio, de l’ordre de 3, est relativement constant depuis 1975, ce qui tendrait à prouver qu’il n’y a pas de dérive entre les mieux lotis des Français et les autres.
Ces statistiques ne s’intéressent qu’aux seuls salariés à temps complet. Cela ne permet pas de prendre en compte les inégalités dues au travail à temps partiel, en forte augmentation depuis les années 1990.
De plus, s’intéresser aux 10 % « les plus riches » n’est pas forcément assez précis (pour faire partie de ces 10 %, il faut gagner environ 3000 € par mois), il faudra peut-être s’intéresser aux 1%, voire aux 0,5% les plus riches.
Il faudrait également, dans la mesure des inégalités, intégrer les revenus du patrimoine, les stocks options… De même, selon que l’on soit propriétaire ou locataire, la situation n’est pas tout à fait la même.

Grève
Alors qu’on nous serine que la France serait un pays bloqué par la rigidité se syndicats, capables de « prendre en otage » la population, il se trouve que le nombre de jours de grèves est de 37 par an pour 1000 habitants. Contre 218 … au Danemark.
Le fameux « modèle danois » s’accompagne donc d’une forte conflictualité. Cette forte conflictualité permet vraisemblablement de contrebalancer la grande flexibilité du marché du travail et de permettre ainsi aux salariés de faire valoir leur pouvoir de négociation. Il est bon de rappeler que le taux de syndicalisation dans les pays scandinaves est de l’ordre de 80 %.
Tenter de dupliquer un tel modèle en France, où le taux de syndicalisation est de l’ordre de 8%, risque fort de transformer la « flex-sécurité » en « flex-flexibilité ».

PME
« Sept ans après leur création, les entreprises françaises ne parviennent à accroître leurs effectifs que de 7% en moyenne, contre 22% en Allemagne et… 126% aux Etats-Unis. »
Plutôt que de voir dans ses chiffres une nouvelle justification de la baisse des cotisations sociales, il faudrait peut-être s’intéresser aux mécanismes de soutien aux entreprises mis en place dans ces pays. Aux Etats-Unis (le soi-disant pays du libéralisme à l’état pur) , par exemple, 23 % des marchés publics sont réservés aux PME…américaines.
La loi permettant de créer une entreprise avec un capital de 1 € (grâce à une loi initiée par le gouvernement Raffarin), n’a vraisemblablement pas favorisé la création de projet pérennes.

PP

13.04.2007

Des propos un peu « gènants »

Imaginez la scène, dans un petit bar, en fin de soirée :
Deux piliers de bar discutent à propos d’une affaire de pédophilie qui fait les gros titres de la presse :
- Moi, je dis, ceux qui font ça, ils ont ça dans le sang…C’est génétique.
- Hips , t’as raison…Hé, patron, un autre whisky !
- Non, ça suffit, vous avez trop bu. Vous ne dîtes que des conneries.

Voilà la version réelle, avec dans le rôle du pilier de bar, Nicolas Sarkozy :
« J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. Il y a mille deux cents ou mille trois cents jeunes qui se suicident en France chaque année, ce n'est pas parce que leurs parents s'en sont mal occupés ! Mais parce que, génétiquement, ils avaient une fragilité, une douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, d'autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. Les circonstances ne font pas tout, la part de l'inné est immense. »
Malheureusement, il était à jeun ! (Il ne boit jamais…On se dit que, des fois, il devrait).

Nicolas Sarkozy nous avait déjà habitués à raisonner presque exclusivement à partir de faits divers marquants ou de cas particuliers. En mettant en avant l’aspect immédiat et affectif des problèmes, il est plus facile d’occulter les questions de fonds et de proposer les solutions simplistes auxquelles il veut nous habituer. Là, il franchit un palier en érigeant en réflexion des propos de « café du commerce ».

Si l’on suit bien ses propos, cela signifie donc que les pédophiles ne sont pas responsables de leurs actes. Cela signifie aussi que les liens sociaux, l’éducation…sont inutiles puisque nos comportements sont prédéterminés par notre patrimoine génétique.
Sur quels travaux scientifiques Nicolas Sarkozy s’appuie-t-il pour proférer des affirmations aux implications aussi graves ? Pour ma part, je n’ai entendu aucun scientifique corroborer de tels propos.

Je pense que Nicolas Sarkozy ne croit tout simplement pas en la société. Comme Margaret Thatcher en son temps qui disait « il n’y a pas de société, il n’y a que des individus. » Dans son esprit, cela signifiait que chacun est responsable de son sort, que chacun doit sa réussite ou son échec à ses seuls talents, et que les gagnants sont dégagés de toute responsabilité envers les moins favorisés. Je pense que Nicolas Sarkozy partage ce point de vue.

Allons-nous confier les rênes du pouvoir à quelqu’un qui ne croit pas en l’importance de l’éduction, du lien social, du vivre ensemble… ?

PP

Les bons chiffres...(2/4)

Suite des commentaires sur le dernier ouvrage de Jacques Marseille intitulé « Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 ».

Le chômage
Pour calculer le « vrai » taux de chômage JM propose de ne plus comptabiliser dans la population active les employés à statuts protégés (principalement les fonctionnaires), comme s’il s’agissait d’individus indignes de figurer dans les statistiques ! JM s’indigne de constater « qu’aucun pays n’a un pourcentage de personnes à statut protégé aussi fort que celui de la France ». Pourquoi ne pas plutôt s’indigner de la dégradation des conditions d’emploi des salariés « non protégés » : temps partiel subi, contrats de courtes durées, …

Si la structure de l’emploi était la même en France qu’aux Etats-Unis, la France compterait … 6 millions d’emplois supplémentaires. Dans quels secteurs ? L’informatique, la haute technologie ? Non, dans l’hôtellerie – restauration , le commerce par l’utilisation intensive de main d’œuvre en magasin et dans les services à la clientèle. Ces activités sont certes respectables, mais n’y a-t-il pas d’autres activités à développer : assistance aux personnes dépendantes, emplois industriels…

D’après JM, la baisse du chômage passe par la baisse du coût du travail peu qualifié pour les employeurs. Il nous rejoue donc la sérénade néolibérale. Il se trouve qu’au niveau du SMIC, compte tenu des allègements Fillon, les cotisations de sécurité sociale s’élèvent à … 2% (+2% pour les accidents du travail). Jusqu’où baisser le coût du travail ? Amputer les salaires ? Généraliser le temps partiel ?
Ca marche aux Etats-Unis et au Royaume Uni... C’est oublier que les taux de chômage très bas aux Etats-Unis et au Royaume Uni sont dus, en partie, à la faible indemnisation des chômeurs. Ces derniers sont donc incités à reprendre des boulots, même peu payés. On a d’un côté (France, Allemagne…) des forts taux de chômage et de l’autre (Etats-Unis, Royaume Uni) des faibles de taux de chômage mais un accroissement des petits boulots et des inégalités salariales. En matière de cohésion sociale, quelle est la meilleure situation ?

Le placement des demandeurs d’emplois est une activité « qu’il vaudrait mieux confier à des professionnels de la chose plutôt qu’à des fonctionnaires persuadés que le chômage est le produit de la mondialisation ou de l’ultra libéralisme des patrons. » Pourquoi les fonctionnaires ne seraient-ils pas des « professionnels » ? A ce niveau de caricature, on peut se demander s’il est souhaitable de confier cette activité à des « salariés du privé soumis à la pression de la rentabilité à court terme et contraints de faire du chiffre ».

D’après les chiffres avancés par JM, le coût de l’indemnisation du chômage a augmenté de 46 % entre 200 et 2004 (pour atteindre 30 milliards d’€) alors que le nombre de chômeurs est resté stable sur la période. Je ne comprends pas… Si quelqu’un a des explications…
En revanche, ce qui est clair c’est que les allègements Fillon ont engendré une hausse des allègements de cotisations sociales de 40% sur la même période.

Le montant mensuel maximal de l’allocation chômage est de 5119,9 €. Dans les autres pays européens, ce montant est d’environ 2000 € pour les plus « généreux ». Cette exception française paraît aberrante. Comme le dit justement JM (une fois n’est pas coutume !) : « Ne faudrait-il pas s’intéresser davantage aux plus fragiles plutôt que d’indemniser généreusement ceux qui ont déjà beaucoup ? ».

Temps de travail
JM nous annonce que « plus on travaille, plus il y a du travail pour tous ». Sous entendu que les 35 heures sont contreproductives en la matière. Or, parmi les pays qui présentent une augmentation du nombre d’heures annuelles par personne, se trouvent notamment les Pays-Bas et le Danemark, qui ont baissé massivement la durée du travail par travailleur. Ainsi aux Pays-Bas, un salarié à temps plein travaille en moyenne 1367 heures par an contre 1546 en France.

PP

12.04.2007

Les bons chiffres...(1/4)

J’ai entrepris la lecture du dernier ouvrage de Jacques Marseille intitulé « Les bons chiffres pour ne pas voter nul en 2007 ».
Jacques Marseille est le nouveau « bon client » des débats économiques télévisuels. Il distille la synthèse du libéralisme bien pensant. Il écume les plateaux de télévision pour débiter l’eau tiède de ses arguments sur la nécessaire adaptation aux contraintes de la mondialisation et du marché, sur l’inefficacité de l’Etat et de ses fonctionnaires bornés, sur le fardeau que constituent les impôts et les charges sociales pour ceux qui créent les richesses… J’en passe et des meilleures.
Autant dire que je n’ai pas un a priori très favorable pour cet ouvrage. Il présente tout de même l’intérêt de passer en revue, chiffres à l’appui, un grand nombre de thèmes : croissance, dette publique, emploi, protection sociale, santé, justice…

Je vous propose quelques commentaires personnels sur cet ouvrage.

Les exportations
D’après Jacques Marseille (JM), si l’on choisit le critère du montant des exportations par habitant, la France se classe 2ème derrière l’Allemagne, loin devant les Etats-Unis et le Japon. On pourrait être ravi par cette constatation… sauf qu’elle n’a que peu d’intérêt ! En effet, la plupart des exportations françaises sont le fait de quelques grandes entreprises. Le ratio exportation / habitant masque donc la faiblesse du tissu industriel français, en calculant une moyenne artificielle. De plus, ce qui doit aussi nous préoccuper, c’est le montant du déficit commercial et en se glorifiant d’être de brillants exportateurs, on oublie que les importations sont supérieures de 30 milliards aux exportations.
L’Allemagne serait spécialisée dans des biens d’équipement, bientôt menacés par la concurrence chinoise alors que la France aurait un commerce extérieur plus diversifié, notamment grâce à l’agro-alimentaire et au luxe dont les riches chinois et indiens sont friands. Je crois qu’ils sont aussi très friands de Mercedes et de BMW. Je ne suis pas sûr que l’on puisse dire que la France a un commerce extérieur très diversifié : hormis l’aéronautique, l’automobile et les deux secteurs cités, le reste est plutôt terne. L’aéronautique et l’automobile ne sont pas au mieux. Que deviendra l’agro-alimentaire après la fin de la PAC ? Quant au luxe, c’est certes très intéressant, mais cela ne sauvera pas l’économie française.
Au risque de paraître caricatural, je dirais que la France fabrique des produits de pays en développement avec des coûts de pays développés. Au lieu de se voiler la face et de se réconforter en vantant la performance des multinationales françaises, il serait urgent de mener une action visant à dynamiser un tissu de PME innovantes.

La mondialisation
La mondialisation, vecteur de paix… Voilà ce que Jacques Marseille (JM) voudrait démontrer, chiffres à l’appui. Pour cela, il met en correspondance le nombre de conflits et l’ouverture du commerce mondial (exportations + importations divisée par le PIB). Selon lui les chiffres sont éloquents : la mondialisation est un facteur de paix, l’ouverture commerciale a engendré une baisse du nombre de conflits. Sauf que, en 2000, la courbe du nombre de conflits est au même niveau qu’en 1880, alors que l’ouverture du commerce mondial a été multiplié par plus de 2, avec une envolée pendant les années 1970. Cela ne signifie-t-il pas que la mondialisation est avant tout le résultat de décisions politiques ? Et que c’est plutôt la paix (engendrée par la guerre froide, puis par la domination américaine et la dissuasion nucléaire) qui permet le développement du commerce mondial et non l’inverse.

PP

11.04.2007

Mondialisation(s)

LES mondialisations
On parle souvent de LA mondialisation. En réalité, il y a au moins DEUX mondialisations : la mondialisation économique et financière et la mondialisation politique. Si la première est largement développée, la seconde est très largement insuffisante. Cette différence d’avancement entre les deux mondialisations est sans aucun doute une des causes majeures du rejet grandissant de « la » mondialisation par les citoyens des pays en développement, ainsi que par les classes moyennes et défavorisées des pays développés. A titre d’exemple, on peut citer l’Union Européenne, qui pourrait être un bon exemple de début de mondialisation politique, mais qui s’attache prioritairement à mettre en place une politique de la concurrence.

L’Etat face à la mondialisation
Bien sûr, quelques millions, voire quelques centaines de millions d’individus ont pu largement profiter (voir le nombre de nouveaux millionnaires en Inde, en Chine, en Russie,…) des « bienfaits » de la mondialisation économique. Mais le problème, c’est le fossé qui se creuse entre cette oligarchie mondiale, cette caste de privilégiés et les citoyens « ordinaires ». Jusqu’à présent, c’était à l’Etat (dans les pays où les institutions sont suffisamment développées) d’assurer un minimum de redistribution afin de maintenir la cohésion sociale du pays. Aujourd’hui, les Etats se sont lancés dans une course au moins-disant fiscal, où l’objectif est de s’aligner sur celui qui baisse le plus les impôts. Cette stratégie non coopérative conduit à un appauvrissement global des Etats, ce qui les empêche d’assurer dans de bonnes conditions les services publics et les conduit à privatiser des pans entiers de leurs prérogatives. Aujourd’hui, en matière fiscale comme dans beaucoup d’autres domaines, l’objectif est de faire moins que la moyenne des autres pays. De ce fait, cette moyenne baisse constamment, rendant la baisse à nouveau nécessaire. Personne ne peut gagner une course dont la ligne d’arrivée se déplace chaque fois que l’on croit l’atteindre !

La divergence des périmètres d’action
Ce qui est à mon avis très préoccupant dans le processus de mondialisation, c’est la divergence grandissante des périmètres d’actions entre la sphère politique et la sphère économique et financière. Les entreprises transnationales sont engagées dans une course à la taille critique. Grossir ou mourir… Faire partie des prédateurs pour ne pas être une proie…
Alors que le pouvoir politique s’exerce toujours sur des territoires, le pouvoir des grandes entreprises, lui, s’affranchit des frontières. Ainsi, par exemple, Carlos Ghosn (PDG de Renault) ne parle pas de ses usines françaises mais de ses « usines européennes localisées en France ». Il pourrait très bien ajouter « pour l’instant ».
De même les grandes banques rachètent tous azimut des banques locales dans des pays en développement (80 % au Mexique,…). Ces banques gèrent leur risque au niveau mondial, sans se préoccuper de la situation particulière dans tel ou tel pays. Une banque peut être amenée à couper les robinets du crédit dans un pays où il serait nécessaire tout simplement pour rééquilibrer ses risques au niveau mondial (parce que l’immobilier dans un pays développé donne des signes de faiblesse, par exemple).

Un rapport de force…
Ce pouvoir grandissant des entreprises les conduit a exercer un chantage sur les Etats : baissez les charges, baissez les impôts…sinon nous partons.
Les Etats sont d’autant plus réceptifs à ces demandes que les hauts responsables des ministères et les conseillers des ministres sortent des mêmes écoles que les dirigeants des entreprises et, pour certains, espèrent poursuivre leur carrière dans le « privé ».
Il suffit, pour s’en convaincre, de comptabiliser le nombre d’inspecteurs des finances et d’énarques qui occupent des postes à responsabilité dans les grandes entreprises françaises après des postes dans les cabinets ministériels. Ils constituent vraisemblablement d’excellents lobbyistes auprès de leurs anciens camarades de promotion pour faire passer la bonne parole.
De même aux Etats-Unis, il n’est pas rare, par exemple, que les Secrétaire d’Etat au Trésor alterne les postes ministériels et les postes dans les grandes banques d’affaires.
Les entreprises sont certes le lieu de la création de richesse, mais cela ne doit pas laisser croire aux plus grandes d’entre elles qu’elles peuvent s’arroger le droit de décider unilatéralement de la répartition de ces richesses. Pour créer de la richesse, les entreprises ont besoin de salariés formés, d’infrastructures … et aussi de demande solvable ! Les Etats auraient donc des arguments à faire valoir dans ce nouveau rapport de force…à condition d’avoir suffisamment de volonté politique. Compte tenu de la pauvreté des propositions faites en la matière pendant la campagne présidentielle, il est malheureusement peu probable que le « déclic » provienne de notre pays !

PP

07.04.2007

Travailler plus pour gagner plus

« Travailler plus pour gagner plus », tel est le leitmotiv de la campagne de Nicolas Sarkozy. Cette volonté de nous transformer en Shadocks pourrait prêter à sourire. Malheureusement, il semblerait que ce « travailler plus pour gagner plus » constitue l’unique chapitre de la politique économique du candidat de l’UMP. C’est à mon avis un peu court pour faire face aux enjeux des années à venir…
Cette mesure est-elle une « rupture » ? Nicolas Sarkozy semble oublier qu’il est dès aujourd’hui possible de travailler plus de 35 heures par semaine. En effet, un contingent de 180 heures supplémentaires annuelles permet de travailler environ 39 heures par semaines.
Cette mesure améliorera-t-elle significativement la compétitivité des entreprises ? Sur une base de quatre heures supplémentaires par semaine, la baisse du coût du travail sera de l’ordre de 5 %. Pas de quoi inquiéter les entreprises chinoises !
Cette mesure réduira-t-elle le chômage ? On peut en douter. Inciter ceux qui ont un emploi à travailler plus n’est sans doute pas le meilleur pour faire entrer les chômeurs dans le monde du travail.
Il est également bon de rappeler que les heures supplémentaires sont par nature exceptionnelles, fluctuantes d’un mois à l’autre, et à l’initiative de l’employeur. Elaborer un budget familial à partir de ressources fluctuantes ne sera pas chose aisée pour les salariés les moins bien rémunérés.
En proposant d’exonérer les heures supplémentaires de cotisations sociales, Nicolas Sarkozy oublie que les cotisations sociales font partie de la rémunération des salariés. Une telle exonération revient à amputer la rémunération des salariés d’une partie qui sert à financer leur protection sociale. En fait c’est « travailler plus pour gagner moins » qu’il nous propose !
En matière économique, le candidat UMP est un peu à court d’argument. « Moins on a de confiture, plus on l’étale », c’est sans doute pourquoi il passe son temps à nous rabâcher qu’il a sauvé Alstom. C’est en effet son seul fait d’arme en tant que Ministre de l’Economie. Qu’a-t-il fait ? Il a tout bonnement recapitalisé cette entreprise à l’aide de fonds publics, solution que n’aurait pas renié un gouvernement de gauche (voire communiste !).
Où est la « rupture » tant annoncée ?
S’il faut rompre avec une politique, ce serait à mon avis avec la logique des allègements de cotisations sociales sur les bas salaires accordés sans discernement. Il serait intéressant de mieux cibler ces allègements, afin qu’ils servent à améliorer le pouvoir d’achat, la formation, à diminuer vraiment le chômage… Il faut à tout prix éviter que ces allègements servent à alimenter les bénéfices des grands groupes et à financer leur développement à l’étranger. Ces allègements représentent environ 20 milliards d’Euros par an (l’équivalent du budget de la Recherche et de l’enseignement supérieur). Un tel budget, mis au service d’une politique économique et industrielle pertinente permettrait de dégager des marges de manœuvre intéressantes.
Plutôt que « travailler plus », il faudrait être plus nombreux à travailler et travailler mieux, pour fabriquer des produits de qualité répondant à la demande des marchés en développement.

PP

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