« 2007-02 | Page d'accueil | 2007-04 »
15.03.2007
Allemagne : la stratégie du moins-disant fiscal
Alors que la France affiche un déficit commercial de 29 milliards d’€ en 2006, l’Allemagne caracole en tête des pays exportateurs (devant la Chine) et annonce un excédent commercial de 162 milliards d’€.
La faute à l’Euro trop fort ? Désolé pas cette fois-ci, puisque l’Allemagne utilise également l’Euro. Il faut donc chercher en France les causes de nos moins bonnes performances par rapport à nos voisins européens.
Tout d’abord, nos exportations sont tributaires de quelques grandes entreprises dans des secteurs tels que l’aéronautique, le spatial, l’automobile et le luxe. Ensuite, les entreprises étrangères installées en France représentent presque la moitié des exportations. En effet, la France a conduit une politique de baisse du coût du travail (allègements de cotisations sociales) qui a engendré un afflux important d’investissements étrangers. Mais aujourd’hui cette stratégie de « compétitivité-coût » atteint ses limites face à la concurrence grandissante de la Chine, des nouveaux membres de l’Union Européenne.
Il reste maintenant à affronter les faiblesses structurelles de l’économie française : peu de PME de taille suffisante pour exporter, recherche et développement limitée, présence inexistante sur les secteurs high-tech… Ce n’est pas en s’acharnant à essayer de retrouver un avantage de compétitivité-coût que la France pourra lutter contre le déficit commercial.
L’Allemagne mise en revanche fortement sur la « compétitivité hors coût » : les entreprises allemandes déposent deux fois plus de brevets que les françaises. Une étude a récemment montré qu’en cas d’appréciation de 10% de l’Euro, les entreprises françaises devraient baisser leurs prix de 3,5% contre seulement 1,5% pour leurs homologues allemandes.
De plus les PME allemandes sont 11% à exporter contre seulement 4% pour les françaises, dont la taille est souvent insuffisante pour aborder les marchés étrangers.
Autre point important : alors que les exportations françaises restent centrées sur l’Union européenne, l’Allemagne surfe sur le décollage des économie d’Asie et de d’Europe de l’Est.
Ainsi l’Allemagne est le 1er partenaire économique de la Russie et le 1er investisseur européen en Chine. Ses exportations vers l’Inde ont augmenté de 34% en 2005.
L’Allemagne aurait-elle trouvé la recette miracle pour tirer son épingle du jeu de la mondialisation ? On serait tenté de le croire si quelques bémols ne venaient pas ternir ce beau tableau. En effet, l’Allemagne a réorganisé au pas de charge son processus de production en délocalisant (notamment en Europe de l’Est) une partie de la production, ne conservant sur son territoire que l’assemblage final. Cela se traduit par une diminution de la valeur ajoutée produite et une destruction de l’emploi industriel (plus forte qu’en France). Cela est peut-être en partie responsable de la faiblesse relative de la demande intérieure allemande, ainsi que du haut niveau de chômage.
Autre facteur de succès de l’économie allemande : une stratégie de « cavalier seul » vis à vis de ses partenaires européens. Cette stratégie s’articule autour de deux points importants : la rigueur salariale et la concurrence fiscale et sociale. En ce qui concerne la rigueur salariale, elle a été sans équivalent en Europe, puisque les augmentations de salaires n’ont pas dépassé 2% par an depuis 2000 (0% en 2005) alors que la moyenne européenne se situe autour de 3,5%. La concurrence fiscale et sociale se manifeste par deux décisions importantes : la hausse de la TVA de 16 à 19% et l’annonce de la baisse du taux d’impôt sur les sociétés de 40 % à 25 % en 2008. La hausse de la TVA, qui s’apparente à une dévaluation supportée intégralement par les consommateurs, sera affectée à la baisse des cotisations sociales patronales.
En effet, dans un contexte européen où les Etats sont privés de toute latitude en matière de politique monétaire et budgétaire, il ne leur reste qu’à trouver des petites « astuces » pour grappiller quelques miettes à leurs voisins. Un peu de dumping fiscal par ci, un peu de baisse des cotisations sociales par là…
Ces stratégies ne sont valables qu’en l’absence de représailles de la part des partenaires. Certes, l’Allemagne a dégainé la première, mais la riposte ne saurait tarder car le président français a souhaité que le taux d’impôt sur les société soit ramené à …20% en dans cinq ans.
Le cercle vicieux du moins-disant fiscal est engagé. Nul besoin d’être visionnaire pour comprendre que ces stratégies ne peuvent aboutir qu’à un appauvrissement global.
Un grand chantier européen consisterait à remettre au centre du projet européen la coopération entre les Etats, par une harmonisation vers le haut des politiques fiscales et sociales. C’est à mon avis le seul moyen de briser le cercle vicieux actuel résultant de la rigidité des institutions européennes en vigueur et de l’absence de vision de nos dirigeants.
Il faudrait aussi sans doute tordre le cou à cette vision réductrice qui assimile un Etat à une juxtaposition d’entreprises et l’intérêt général à la compétitivité de ces entreprises.
PP
08:03 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Allemagne, Europe, compétitivité, exportations
13.03.2007
GDF : bénéfice record en 2006
Le bénéfice de Gaz de France est d'environ 2,5 milliards d’Euros pour 2006.
Je me souviens du larmoyant Jean-François Cirelli (PDG de GDF après avoir été responsable des affaires économiques au cabinet de Jean-Pierre Raffarin) qui réclamait il y a environ un an une augmentation du tarif du gaz au prétexte que GDF vendait à perte en France (cela n’avait bien entendu rien à voir avec la nécessité de présenter les comptes les plus avantageux dans le cadre de la négociation avec Suez).
La direction de GDF va probablement nous refaire le coup de Total : « nous ne réalisons que 5% de nos profits en France ». Quelle générosité de la part de ces entreprises que de bien vouloir continuer à vendre à des ingrats tels que nous !
Ce matin, j’entendais le spot publicitaire de GDF qui propose son offre en matière d’électricité. Son argument phare est l’unicité de la facture gaz / électricité. C’est bizarre, ça me rappelle quelque chose… Il y a quelques années, il y avait une entreprise publique (quelle horreur !), qui nous proposait le même service : elle s’appelait EDF / GDF. C’était avant l’époque bénie de la concurrence sur le marché de l’énergie ! Nous n’étions que des sauvages persuadés que ce qui importait, c’était d’avoir de l’énergie pas chère et avec une sécurisation d’approvisionnement. Aujourd’hui, nous savons que ce qui compte, c’est d’avoir le choix, de pouvoir comparer, d’exercer notre pouvoir de consommateur, de contribuer à la sauvegarde de « champions nationaux dans la compétition mondiale »…
PP
22:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : GDF, énergie
12.03.2007
Appel : « Pourquoi nous consentons à l’impôt »
Je vous invite à signer la pétition initiée par le mensuel "Alternatives Economiques" pour une vraie réflexion sur la fiscalité et son rôle social.
Rendez-vous sur le site d'Alternatives Economiques www.alternatives-economiques.fr/petition/
PP
Voici, pour information, le texte de la pétition:
Nous, soussignés, assujettis à l’impôt sur le revenu, et pour certains d’entre nous, à l’impôt de solidarité sur la fortune, considérons ces prélèvements comme légitimes et sommes fiers d’apporter ainsi notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité de la nation. Nous considérons également qu’un impôt progressif sur les successions est le corollaire indispensable des libertés économiques offertes par l’économie de marché. Le marché est facteur de progrès parce qu’il permet à l’esprit d’entreprise de s’exprimer. Mais les inégalités qu’il engendre sont mortifères pour la démocratie si aucune limite n’est mise à la transmission héréditaire de la richesse. Celle-ci doit être acquise par le travail, par le talent, et non par le simple fait d’avoir hérité de ses parents. Une société où le pouvoir économique se transmet par héritage, est une société condamnée à une croissance lente, où les rentiers l’emportent sur les créateurs et où travail et mérite perdent toute valeur.
L’Etat doit bien sûr savoir se réformer. Augmenter les impôts n’est pas une fin en soi et la liberté de chacun passe par la libre disposition d’une large part du fruit de son travail. Mais voir des candidats à la magistrature suprême proposer des mesures démagogiques en matière fiscale et justifier la sécession sociale des plus riches nous consterne. Car nos revenus ne proviennent pas seulement de notre talent personnel. Ils ont été acquis par notre travail, mais celui-ci ne porterait pas ses fruits sans le stock d’infrastructures, d’innovations, de savoir-faire, de goût d’entreprendre, de lien social, qui nous a été transmis par les générations qui nous ont précédés. C’est cet héritage commun qu’il nous revient de préserver et de développer en priorité afin d’assurer la qualité actuelle et future de notre vie individuelle et collective. Ce qui passe par un niveau élevé de dépenses publiques. Ces dépenses ne sont pas seulement un coût, elles sont aussi un investissement, gage à la fois de justice et de dynamisme. C’est pourquoi nous consentons à l’impôt et récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l’éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l’environnement.
06:55 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Impôts
L’Euro : la cause de tous nos maux ?
Si Airbus a des soucis, c’est à cause de l’Euro fort. Voilà, en substance, ce qu’a dit Nicolas Sarkozy. Un petit coup de karcher sur l’Euro et hop, voilà Airbus reparti comme si de rien n’était ! La guéguerre entre les dirigeants d’EADS et d’Airbus, plus soucieux de s’étriper entre eux que de veiller au bon déroulement du projet de l’A380 n’a sans doute aucun impact. Le fiasco du projet de l’A350, mal ficelé, est complètement étranger à l’affaire…
En 2006, les comptes d'Airbus ont été plombés par 2,5 milliards de charges liées à l'A380, qui a pris deux ans de retard. L'avionneur a également passé dans ses comptes 500 millions d'euros de charges liées à l'A350, ainsi qu'une provision de 352 millions "au titre d'imprévus liés à l'A400M", le programme d'avion de transport militaire dont l'assemblage affiche trois mois de retard. Ce sont ces charges qui ont plombé les comptes, car sur le plan commercial, Airbus a enregistré une hausse de 14% de son chiffre d'affaires à 25,19 milliards d'euros (sur un chiffre d'affaires total de 39,4 milliards d'euros pour EADS), après avoir livré un record de 434 appareils commerciaux. L'avionneur prévoit "entre 440 et 450 livraisons" cette année et un chiffre d'affaires stable. Les performances commerciales actuelles ne semblent donc pas être en cause, malgré l’Euro fort. Les problèmes sont plutôt à rechercher du côté de la stratégie future et surtout de sa mise en œuvre.
Plutôt que de fustiger l’impéritie de dirigeants et d’actionnaires incompétents (surtout si, comme Arnaud Lagardère, il font partie de vos intimes), il est plus consensuel de cogner sur l’Euro.
D’autant plus que Nicolas Sarkozy n’en est pas à son coup d’essai. Il y a quelques mois, lors d’un de ses shows télévisés, il avait révélé que l’Euro avait engendré une augmentation assez massive des prix. C’est oublier que, parmi les postes les plus importants dans le budget des français, figurent le logement et l’essence dont la hausse n’a que peu à voir avec l’Euro.
Mais là aussi, l’Euro est une cible facile…
L’Euro présente pourtant certains avantages. Le premier d’entre eux est la disparition des crises de change entre monnaies européennes. Avant cela, à chaque fois que le dollar faiblissait, les capitaux se reportaient sur le mark, ce qui le poussait à la hausse, donc affaiblissait le franc. Cela conduisait l’économie française à subir des taux d’intérêts élevés, donc renchérissait l’investissement et pénalisait la croissance (aujourd’hui le taux directeur de la Banque Centrale Européenne (BCE) est de 2%, ce qui beaucoup plus faible que les taux pratiqués jadis par la Banque de France).
Disposer d’une monnaie forte diminue les risques d’inflation importée (inflation provoquée par des importations de biens dont le prix est fixé dans une autre monnaie et qui peut s’apprécier si la monnaie locale fléchit).
L’Euro progresse comme monnaie de facturation dans les transactions vers des pays hors de l’eurozone. Cela met donc les entreprises exportatrices à l’abri des fluctuations du dollar. Ainsi la France facture en Euros pour plus de la moitié de ses exportations.
Au passage, il est bon de noter que l’Allemagne est le premier pays exportateur de biens manufacturés, malgré ce satané Euro fort. Nous reviendrons un autre jour sur la stratégie de « cavalier seul » de l’Allemagne qui à mis en œuvre une stratégie de moins-disant fiscal et social pour gagner des parts de marchés au détriment des « amis » européens. Quoiqu’il en soit, l’Euro fort est plutôt un révélateur des difficultés françaises à l’exportations qu’une cause de ces difficultés. En d’autres termes, nous ne vendons pas les bons produits sur les bons marchés et sommes trop tributaires de gros « exportateurs » (aéronautique, automobiles notamment) qui connaissent des difficultés.
Même s’il ne faut pas mettre toutes nos difficultés sur le dos de l’Euro, il convient de s’attarder sur quelques problèmes persistants. Même si une part importante des exportations des pays de l’eurozone se fait en direction d’autres pays de l’eurozone, une trop forte appréciation de l’Euro pénalisera à terme la compétitivité-prix des exportateurs de la zone. C’est la raison pour laquelle, la zone Euro doit se doter d’une réelle politique de change. En effet, actuellement la BCE n’a pas d’interlocuteur politique structuré, elle suit donc sa feuille de route : la lutte exclusive contre l’inflation. Or, de ce point de vue, un Euro cher est bienvenu.
Les différences d’inflation au sein de la zone rendent difficiles les décisions de politique monétaires : les taux d’intérêt réels (déduction faite de l’inflation) sont trop élevés en Allemagne et trop faibles en Espagne.
Une politique économique efficace est un subtil dosage entre politique monétaire et politique budgétaire. Or, en Europe, la politique budgétaire est strictement encadrée par le pacte de stabilité qui limite à 3% du PIB le déficit public.
En résumé, l’Euro n’est pas aussi noir qu’on veut bien nous le présenter. Pour autant, il reste un chantier politique complexe à mener : la création d’une instance politique capable de dialoguer avec une BCE aujourd’hui livrée à elle-même et qui outrepasse ses prérogatives. Encore faut-il que les dirigeants politiques acceptent de se lancer dans une démarche complexe et qui nécessite plus de finesse que la simple recherche de boucs-émissaires.
PP
06:35 Publié dans Economie , Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Euro, Sarkozy, Airbus
09.03.2007
Nicolas Sarkozy et l’économie vaudou
« Economie vaudou », tel est le qualificatif inventé par George Bush père pour qualifier les propositions économiques de Ronald Reagan, lors de la campagne pour l’investiture républicaine en 1980. George Bush père est pourtant devenu le vice-président de ce même Ronald Reagan, mais c’est une autre histoire…
Selon cette théorie, en baissant les impôts, on stimule la consommation, donc la croissance. Au final, les recettes fiscales augmentent et tout le monde est gagnant. Sauf que voilà… la mise en œuvre de cette théorie s’est soldée aux Etats-Unis par un colossal déficit public et une augmentation de la dette publique.
En entendant Nicolas Sarkozy dans l’émission « A vous de juger » du 08/03/2007, j’ai cru percevoir le retour de l’économie vaudou.
Investissement dans la recherche, soutien scolaire à la fin des cours, augmentation des pensions de réversion, possibilité de cumuler les minimas sociaux avec un salaire en cas de reprise d’un emploi… Et j’en oublie.
Pour financer tout cela ? Facile : la continuation de la baisse des impôts, une réduction des prélèvements obligatoires de 4% de PIB, l’exonération de cotisations sociales sur les heures supplémentaires… Pour financer des dépenses ? Une baisse des recettes, c’est bien connu ! « C’est mathématique » dirait même Jean-François Copé (enfin bon, de la part de quelqu’un qui croit qu’un enseignant en fin de carrière gagne 4000 €, tout est possible).
Nicolas Sarkozy pourrait même en remontrer à ses maîtres en matière d’économie vaudou. Il explore de nouvelles voies : pour faire baisser le chômage ? Il suffit de fusionner l’UNEDIC et l’ANPE. Autre piste à explorer: faire en sorte que ceux qui ont déjà un travail puissent travailler encore plus !
PP
17:19 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
08.03.2007
Le mythe de la concurrence parfaite
Pour les libéraux et les autres tenants du « il n’y a pas d’autre choix possible », il est de bon ton de railler le manque de réalisme de leurs contradicteurs. Pour eux, tous ceux qui osent remettre en cause les prétendus fondements scientifiques de leur idéologie sont des doux rêveurs, des utopistes… (« remettre en cause les lois du marché, c’est remettre en cause la loi de la gravité ! »). Pourtant, tous ces beaux raisonnements scientifiques reposent sur un mythe, une pure vue de l’esprit : la concurrence parfaite.
Dans cette vision idyllique, les entreprises sont d’une taille telle qu’aucune d’entre elles ne peut être « faiseuse de prix », elles sont toutes « preneuses de prix ». L’ajustement entre l’offre et la demande conduit à produire la bonne quantité au bon prix. La concurrence parfaite serait le meilleur moyen pour arriver à l’optimum économique.
Si d’aventure les résultats obtenus en pratique ne sont pas à la hauteur des espérances, pas de problème ! C’est que la concurrence n’est pas « assez parfaite » et qu’il faut encore supprimer des entraves (tarifs régulés, salaire minimum, impôts, …). Si les faits ne sont pas conformes à la théorie, ce sont évidemment les faits qui ont tort. Nous sommes ici dans le domaine de l’idéologie, de la croyance, voire de la religion.
Contrairement à ce que pensent les libéraux, la concurrence coûte très cher. La concurrence suppose en effet de multiplier les frais commerciaux pour atteindre les clients. Ainsi, France Telecom et Bouygues étaient en 2005 les 3ème et 4ème annonceurs (228 et 201 millions d’€ de budget marketing). Il est fort peu vraisemblable que ces coûts ne soient pas répercutés aux clients sous une forme ou une autre. Que dire également de la mise en concurrence des services de renseignements téléphoniques ? Qu’est-ce que cela nous a apporté, à part inonder nos écrans de télé de spots publicitaires plus ou moins débiles ?
Dans un marché véritablement concurrentiel, il est impossible de réguler correctement l’investissement : on oscille constamment entre excès de capacité et sous-investissement.
Les processus de libéralisation engagés depuis les années 90, sous l’impulsion notamment de la Commission Européenne, ne suscitent plus le même enthousiasme qu’à leur début. Télécommunication, énergie… les résultats ne sont pas aussi flamboyants qu’on nous l’avait prédit. Le secteur de l’électricité est peut être le plus révélateur des travers de la concurrence « à tout prix ». Dans un domaine où il est nécessaire d’avoir des surcapacités pour faire face aux pics de consommation, l’investissement est découragé car il aurait pour conséquence la baisse des prix (plus de capacité => plus d’offre => baisse des prix). De même, comme on l’a vu en Californie, certains opérateurs sont tentés d’arrêter leurs centrales pour faire grimper les prix sur le marché « spot ».
La concurrence parfaite n’existe pas et ne peut pas exister (voir les récents exemples d’Orange, Bouygues et SFR qui ont écopé de 534 millions d’€ d’amende pour entente illicite). Il faut arrêter de vouloir l’instaurer à tout prix dans des domaines aussi sensibles que l’énergie. En effet, cela conduira inévitablement au remplacement de monopoles publics par des monopoles (ou au moins des oligopoles) privés, qui n’auront plus de compte à rendre aux Etats et pourront pratiquer un chantage à la pénurie encore plus dramatique que le chantage aux délocalisations. Les Etats membres devraient, avant qu’il ne soit trop tard, mettre en place des autorités de régulation au niveau européen.
La Commission Européenne (instance non démocratique faut-il le rappeler) devrait cesser de confondre politique de la concurrence et politique économique. En effet, pourquoi instaurer à marche forcée une concurrence illusoire dans des secteurs où elle est inutile ? Il serait préférable de réfléchir à la mise en œuvre concrète de la stratégie de Lisbonne dont l’objectif était de faire de l’économie européenne la plus dynamique et la plus compétitive du monde d’ici à 2010. Il y a encore du chemin à parcourir !
PP
15:00 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
05.03.2007
Impôt sur le revenu
La réforme de l’impôt sur le revenu votée en 2006 entrera en vigueur en 2007. Cette « simplification » du barème se traduit par une réduction d’un montant global de 5 milliards d’Euros. L’objectif affiché est de faire baisser les impôts des classes moyennes, or les 4/5ème des réductions vont profiter aux 10% les plus riches. Au-delà de ce scandale évident, il convient de s’interroger sur cet acharnement sur un impôt qui ne représente que 7 % du total des impôts et cotisations (contre 17 % pour la TVA). En fait, cela permet aux gouvernants nationaux de faire un « cadeau » visible aux contribuables. Le revers de la médaille, c’est que la baisse de l’impôt sur le revenu (progressif donc plus juste) est compensée par une hausse des impôts locaux (taxe d’habitation, taxe foncière) dont le mode de calcul est archaïque et injuste.
L'impôt progressif taxe, comme son nom l'indique, davantage les revenus élevés que les autres. Ce type d'impôt part de l'idée que l'utilité marginale du revenu baisse avec son niveau (en gros, les premiers euros gagnés sont vitaux pour manger, se loger, se déplacer, les euros suivants sont consacrés aux loisirs) et qu'il est donc légitime d'exiger des "riches" qu'ils consacrent une part plus grande de leurs revenus aux dépenses communes.
D'autant plus que les "riches" ne doivent pas qu'à leurs seuls mérites le fait de bien gagner leur vie. Ils le doivent aussi au fait qu'ils vivent et travaillent dans un pays où l'on vit en sécurité, où les infrastructures (eau, énergie, télécommunication) sont fiables, où l'on peut se déplacer de façon rapide et sûre, où la main d'œuvre est relativement bien formée, où les contrats commerciaux sont respectés sans avoir recours à la force... enfin bref les "riches" bénéficient d'un ensemble de biens publics. Il est donc normal qu’ils contribuent de façon importante au financement de ces de biens publics.
Pour illustrer notre propos, prenons l’exemple d’un banquier d’affaire lesté de son bonus de fin d’année. Il est sans doute persuadé de ne devoir qu’à ses seuls mérites le montant important de ses émoluments. Et bien, remontons dans le temps de quelques dizaines d’années, à l’époque où il était un charmant bambin gazouillant dans les bras de sa maman. Enlevons-le de ce cocon douillet et transportons-le au Bangladesh ou au Soudan et nous verrons si ses mérites lui permettront d’avoir un niveau de vie équivalent à celui qu’il a aujourd’hui en France (ou dans un autre pays européen).
PP
19:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.03.2007
Politique industrielle
La France devient un pays de milieu de gamme :augmentation importante des emplois précaires et atypiques (CDD de très courte durée, temps partiels subis, cumul de plusieurs emplois…), 40% des salariés qui gagnent moins de 1,3 fois le SMIC, des dépenses de R&D; inférieures à ses voisins,…
Cela est-il dû aux effets des forces intangibles de la mondialisation contre lesquelles nous ne pourrions rien ? Non, cela est dû au manque de vision de nos dirigeants (politiques et industriels). On a longtemps cru que l’on pourrait concurrencer les pays émergents sur leur propre terrain : la production à bas coût. Cela est faux, bien sûr. Aujourd’hui, l’avenir serait aux « services à la personne ». Allons-nous devenir un pays de gardes-malades ou de valets condamnés à servir du champagne aux riches touristes chinois ? Pour éviter ça, il faut que la France se dote d’une réelle politique industrielle, qui ne se réduise pas à « travailler plus pour gagner plus ». Il faut soutenir les entreprises qui innovent (notamment les PME), qui forment leurs salariés, qui font vivre les territoires et non celles qui contribuent au cercle vicieux de la baisse des salaires et de la précarité.
08:15 Publié dans Economie | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note


