22.07.2008
L'acte d'accusation contre Radovan Karadzic
Peut-être téléchargé sur :
http://www.lemonde.fr/web/document/0,0-0,50-1076125,0.html
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18.07.2008
L'affaire Bernard Tapie: un triple scandale d'Etat
À lire absolument, cet article de Médiapart :
L'affaire Bernard Tapie: un triple scandale d'Etat
17 juin 2008 Par
Laurent Mauduit
" C'est un scandale d'Etat ! Par quelque versant que l'on prenne le dénouement de « l'affaire Tapie » - judiciaire, financier ou politique -, il n'y a pas d'autres constats qui viennent à l'esprit pour le qualifier. Un triple scandale d'Etat, en vérité : d'abord parce que l'Etat a choisi une procédure absolument hors norme, celle du tribunal arbitral, contraire à toutes les règles républicaines pour clore ce dossier ; parce que du même coup, il va puiser dans les deniers publics pour offrir un cadeau beaucoup plus important qu'on ne le croit, sans doute de plus de 100 millions d'euros à Bernard Tapie, qui avait connu, de son propre fait, la faillite retentissante que l'on sait en 1994, et faire de lui l'un des Français parmi les plus riches ; parce que, enfin, Nicolas Sarkozy a sans doute trouvé là le moyen de monter un traquenard politique, avec en perspective une possible candidature du même Bernard Tapie, remis de la sorte en selle, sous des couleurs radicales encore imprécises aux élections européennes."...
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Le plaidoyer d'Al Gore pour convertir les Etats-Unis aux énergies renouvelables
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/scienes-et-environnement/article/2008/07/18/le-plaidoyer-d-al-gore-pour-convertir-les-etats-unis-aux-energies-renouvelables_1074701_3244.html
Le plaidoyer d'Al Gore pour convertir les Etats-Unis aux énergies renouvelables
LEMONDE.FR avec AFP | 18.07.08 | 11h48 • Mis à jour le 18.07.08 | 12h21
'ancien vice-président américain Al Gore a présenté, jeudi 17 juillet, un plan ambitieux pour que, d'ici à dix ans, 100 % de la production d'électricité des Etats-Unis provienne des énergies renouvelables. "Nous devons maintenant soulever notre nation pour atteindre un nouvel objectif qui changera l'histoire", a déclaré le Prix Nobel de la paix 2007 lors d'un rassemblement organisé par l'Alliance pour la protection du climat, une organisation qu'il a fondée et préside. "Nous avons l'occasion de faire un pas de géant à l'humanité", a-t-il lancé, en allusion au programme lancé par John Kennedy pour envoyer un homme sur la Lune, auquel personne ne croyait initialement.
D'après Al Gore, l'objectif de 100 % de l'électricité américaine produite par les énergies renouvelables est à la fois "atteignable et bon marché". Le changement climatique "s'aggrave beaucoup plus vite que prévu", a-t-il mis en garde, notant que d'ici à cinq ans, la calotte glacière pourrait complètement disparaître durant les mois d'été. "Le plus grand glacier du Groenland, le Jakobshavn, perd 20 millions de tonnes de glace par jour, soit l'équivalent de la consommation d'eau utilisée chaque année par les habitants de New York". Le réchauffement climatique risque également de forcer "des centaines de millions de personnes" à s'exiler, déstabilisant de nombreux pays.
"TAXER CE QUE NOUS BRÛLONS"
Pour Al Gore, la hausse des prix des énergies fossiles rend les énergies solaire, éolienne et géothermique économiquement abordables. "Quand la demande pour le pétrole et le charbon augmente, leur prix grimpe. Quand la demande pour des panneaux solaires augmente, leur prix baisse souvent", a-t-il assuré. La principale mesure qu'il propose pour parvenir à cet objectif ambitieux serait de "taxer ce que nous brûlons, et non ce que nous gagnons". Dans son projet, un cinquième des besoins énergétiques des Etats-Unis seraient assurés par l'énergie nucléaire.
Le candidat malheureux à la présidentielle de 2000, contre George W. Bush, a reçu le soutien de l'actuel candidat démocrate à la Maison Blanche, Barack Obama, qui a promis d'investir massivement dans les énergies renouvelables s'il est élu président. "C'est une stratégie qui créera des millions de nouveaux emplois bien payés et qui ne pourront être délocalisés", a dit M. Obama dans un communiqué.
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le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (7)
lire attentivement : " LA RUPTURE DE LA CANALISATION DATERAIT DE PLUSIEURS ANNÉES ". Mais bien sûr, "IL N'Y A PAS DU TOUT D'IMPACT SUR L'ENVIRONNEMENT "...
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/18/une-fuite-d-uranium-constatee-a-romans-sur-isere_1074729_0.html
Une fuite d'uranium constatée sur un site d'Areva à Romans-sur-Isère
LEMONDE.FR avec AFP | 18.07.08 | 12h13 • Mis à jour le 18.07.08 | 13h13
peine le groupe Areva a reconnu, jeudi 17 juillet, que des erreurs et des dysfonctionnements internes avaient conduit à la fuite d'uranium à l'usine Socatri au Tricastin, qu'une nouvelle fuite, sur un autre site, vient relancer la polémique sur la sécurité des infrastructures nucléaires en France. Des rejets d'effluents radioactifs ont en effet été constatés dans une usine exploitée par une filiale d'Areva à Romans-sur-Isère, dans la Drôme, à la suite d'une rupture de canalisation, a annoncé, vendredi, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).
L'incident s'est produit dans l'usine FBFC, qui fabrique du combustible nucléaire pour des centrales de production d'électricité et des réacteurs de recherche. "Les premières analyses montrent qu'il n'y a pas du tout d'impact sur l'environnement, car les quantités d'uranium sont très faibles, de l'ordre de quelques centaines de grammes", a déclaré Evangelia Petit, porte-parole de l'ASN. L'Autorité indique avoir été prévenu jeudi soir par Areva. Elle a dépêché dans la nuit trois inspecteurs "pour examiner les circonstances de l'événement et les mesures prises par l'exploitant".
"PAS DE LIEN AVEC SOCATRI"
"Les inspecteurs de l'ASN ont relevé que la rupture de la canalisation enterrée daterait, selon l'exploitant, de plusieurs années", précise l'ASN. Selon la société FBFC, il s'agit d'une canalisation reliant un atelier de fabrication de combustible à une station de traitement. L'ASN a notamment relevé "la non-conformité de cette tuyauterie vis-à-vis des exigences de la réglementation applicable" et a noté "une capacité de résistance aux chocs insuffisante pour éviter leur rupture".
"La tuyauterie défaillante a été fermée par les équipes", a précisé la filiale d'Areva, qui assure que "l'incident est circonscrit à l'endroit de la rupture de la canalisation et reste donc limité au site". FBFC veut proposer à l'ASN de classer cet incident au niveau 1 de l'échelle des incidents nucléaires (Ines), qui va de 0 à 7.
Interrogée sur d'éventuelles similitudes avec l'incident qui a lieu sur l'usine Socatri du site de Tricastin (Vaucluse), dans la nuit du 7 au 8 juillet, l'ASN a souligné qu'il s'agissait d'un incident de nature très différente. "De notre point de vue, il n'y a absolument pas de lien avec Socatri car il n'y a pas du tout d'impact sur l'environnement", a expliqué l'ASN.
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16.07.2008
le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (6)
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/europe/article/2008/07/15/des-suisses-au-dessus-de-tout-soupcon_1073482_3214.html
Enquête
Prolifération nucléaire : des Suisses au-dessus de tout soupçon
LE MONDE | 15.07.08 | 13h29 • Mis à jour le 15.07.08 | 14h45
GENÈVE CORRESPONDANCE
Au bout du fil, la voix est polie, mais ne laisse aucun espoir. "Nous n'avons rien à dire. Pas maintenant." Depuis plusieurs années, derrière les murs de sa maison de la petite ville suisse de Haag, dans la vallée du Rhin, près de la frontière du Liechtenstein et de l'Autriche, Hedwig Tinner est ainsi chargée de repousser les appels téléphoniques inopportuns.
Il y a encore cinq ans, Mme Tinner menait l'existence paisible d'une notable de Suisse orientale. Elle nage aujourd'hui en plein film d'espionnage et drame familial. Ses deux fils, Urs, 43 ans, et Marco, 40 ans, attendent leur procès en prison. Le premier a été arrêté en Allemagne en octobre 2004, puis extradé en Suisse en mai 2005. Le second a été appréhendé en septembre 2005. Quant à son mari, Friedrich, 72 ans, un ingénieur en mécanique, il a passé quelques mois en détention puis a été libéré en 2006 en raison de son âge.
Les Tinner, père et fils, sont soupçonnés d'avoir travaillé pour le réseau de contrebande nucléaire du scientifique Abdul Qadeer Khan - le "père de la bombe atomique pakistanaise", aujourd'hui en résidence surveillée dans son pays -, en particulier entre 2001 et 2003 pour aider la Libye à se doter de l'arme atomique. Ils sont inculpés pour violation de la législation sur le matériel de guerre et le contrôle des biens et pour blanchiment d'argent.
Mais il y a plus inquiétant et obscur. Selon les enquêteurs, le trio aurait été en possession des plans d'une arme nucléaire de nouvelle génération, plus compacte, pouvant être adaptée à des têtes de missiles comme en possèdent l'Iran et la Corée du Nord. Révélé à la mi-juin 2008 par David Albright, un ancien inspecteur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) aujourd'hui à la tête de l'Institute for Science and International Security (ISIS), ce scénario donne des sueurs froides aux spécialistes de la prolifération nucléaire. La question étant de savoir si ces plans sont tombés entre d'autres mains avant que les autorités suisses ne les confisquent en 2004 sur les ordinateurs des Tinner et ne les détruisent en 2007. Et, pour embrouiller encore l'affaire, des éléments attestent que la famille collaborait avec la CIA (Agence centrale de renseignement américaine), voire avec d'autres services secrets.
Comment les Tinner, citoyens respectés du district de Werdenberg, dans le canton de Saint-Gall, se sont-ils retrouvés englués dans une telle histoire ? Dans les années 1970, Friedrich, le père, travaille à la Vakuum Apparat Technik (VAT), une entreprise de haute technologie spécialisée dans la technique du vide, comme il en existe plusieurs dans la région, alors appelée la "vallée du vide". VAT fabrique des composants qui entrent dans la fabrication des centrifugeuses qui peuvent servir à l'enrichissement de l'uranium et ainsi permettre la fabrication d'une bombe atomique.
En 1976, l'ingénieur Tinner fait la connaissance d'Abdul Qadeer Khan, venu dans la région pour prospecter. Avec son épouse, celui-ci sera plusieurs fois reçu chez les Tinner. Dans un récent entretien à NZZ am Sonntag, le Dr Khan décrit ses amis suisses comme des "personnalités totalement droites, honnêtes et compétentes", pour lesquelles il dit être prêt "à mettre sa main au feu".
C'est plutôt l'inverse qui semble s'être passé. En 1980, Friedrich Tinner est licencié de la VAT pour avoir voulu vendre des pièces sensibles au Pakistan. En 1981, il crée la Cetec, petite entreprise familiale qui deviendra la PhiTec. C'est dans un cadre idyllique, une vallée, riante l'été et enneigée l'hiver, où coule le Rhin, surplombée par une barre de montagnes, que sont fabriquées des soupapes à vide et valves de décompression appartenant à la catégorie des produits dits "à double usage", civil et militaire. Certains Etats en ont grand besoin pour leurs programmes nucléaires secrets.
A ses heures de détente, Friedrich Tinner est un citoyen modèle. Il présidera un temps le Parti radical démocrate (la droite bourgeoise) du district, et est à la tête de la société locale chargée de l'eau et de l'électricité, alors que sa femme est membre du conseil de l'Eglise réformée. C'est aussi un radio-amateur passionné (matricule HB9AAQ) qui converse avec des correspondants du monde entier grâce à une immense antenne installée sur son toit et part en expédition à l'autre bout du monde.
A la fin des années 1980, alors qu'Urs et Marco ont rejoint l'entreprise familiale, les tracasseries commencent. En 1990, puis en 1996, alertée par l'AIEA qui détient une liste mondiale d'ingénieurs suspects, Berne procède à quelques contrôles. Une enquête préliminaire est ouverte en 1996, alors que PhiTec s'apprête à vendre en Irak, via la Jordanie, des valves destinées à des centrifugeuses. Friedrich Tinner passe à travers les gouttes, expliquant qu'il ne connaissait pas leur destination finale. "Nous essayerons d'apprendre", promet-il dans la presse locale. Mais, en février 2004, une enquête de la police de Malaisie, conduite à la demande de la CIA et des services secrets britanniques, provoque la chute des Tinner. Juste un an après la saisie dans un port italien de cinq conteneurs de composants destinés au programme nucléaire libyen. Les composants provenaient d'une petite usine malaisienne, la Scope, établie à 25 kilomètres de Kuala Lumpur. Le rapport malaisien, encore disponible sur Internet, explique qu'en 2002 Urs Tinner a été engagé comme consultant technique pour Scope par un Sri-Lankais, Buhary Tahir, proche du Dr Khan. Il supervise la fabrication de composants dont des robinets et soupapes destinés à Tripoli. Il organise l'importation de machines-outils, en faisant appel à son père et à son frère. En octobre 2003, juste avant la saisie des conteneurs, il quitte la Malaisie. Il sera arrêté un an plus tard en Allemagne.
Dans une décision de la justice suisse d'octobre 2007 qui refuse sa mise en liberté, Urs Tinner affirme avoir aidé les autorités américaines à détecter et démanteler le réseau nucléaire libyen, sans donner plus de détails. Selon l'inspecteur David Albright, si les Tinner, approchés dès 2000 par la CIA, ont probablement collaboré sur la Libye, ils auraient déçu la CIA "en omettant de parler des plans d'armes atomiques (trouvés sur leurs ordinateurs)", estime l'ancien de l'AIEA.
Etant simplement apprenti mécanicien - c'est son seul diplôme -, Urs n'avait pas le profil du trafiquant nucléaire et de l'agent double de la CIA, malgré son amour des Porsche et son goût pour l'argent. Au milieu des années 1990, il cherche plutôt à s'émanciper d'un père trop autoritaire. Mais rien ne lui réussit.
Selon le Wirtschaft Regional à Vaduz, il ouvre un magasin de poissons rouges et animaux domestiques puis, en 1998, s'exile à Dubaï pour vendre des sodas. C'est là qu'il tombera sur le fameux M. Tahir, qui collabore maintenant avec l'AIEA. Quant à Marco Tinner, resté dans l'ombre du pater familias, son rôle reste obscur. A la tête de Traco, société commerciale logée dans les mêmes bâtiments que PhiTec, il aurait géré les flux financiers via le Liechtenstein.
Agathe Duparc
Article paru dans l'édition du 16.07.08
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le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (5)
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/07/16/de-l-uranium-militaire-incrimine-au-tricastin_1073789_3244.html
De l'uranium militaire incriminé au Tricastin
LE MONDE | 16.07.08 | 08h56 • Mis à jour le 16.07.08 | 09h02
Dix jours après l'accident survenu sur le site nucléaire du Tricastin (Drôme-Vaucluse) où, dans la nuit du 7 au 8 juillet, le débordement d'une cuve d'effluents radioactifs a entraîné la dispersion de 74 kg d'uranium dans les rivières et la nappe phréatique (chiffre annoncé par l'exploitant de l'installation, la société Socatri, filiale d'Areva), des interrogations subsistent. En particulier sur l'origine de la contamination de certains captages de la nappe alluviale.
Dans les eaux de surface et la nappe phréatique, l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a certes fait état, vendredi 11 juillet, d'une "diminution régulière de la concentration en uranium", revenue à "une valeur proche de la normale, de l'ordre de quelques microgrammes par litre". Les résultats de nouvelles mesures, portant également sur des poissons, des légumes, des végétaux aquatiques et des sédiments, devaient être communiqués mercredi 16 juillet.
Pourtant, des taux anormaux d'uranium, dix fois supérieurs au "bruit de fond" enregistré habituellement, ont été relevés dans plusieurs captages utilisés par des particuliers. Ces "marquages" intriguent d'autant plus qu'ils fluctuent selon les jours.
Au robinet relié à un puits situé à 2 kilomètres au sud de la station de la Socatri, la concentration était de 64 microgrammes par litre (µg/l) le 8 juillet, de 22 µg/l le 10 juillet, de 36,6 µg/l le 14 juillet. Dans une ferme voisine, la teneur était de 15,2 µg/l le 9 juillet, de 12,5 µg/l le 14 juillet.
L'accident de la Socatri ne semble pas pouvoir expliquer ces concentrations en uranium, qui approchent ou dépassent la limite de 15 µg/l fixée par l'Organisation mondiale de la santé, pour les eaux destinées à la consommation humaine. Jean-Christophe Gariel, directeur adjoint de l'environnement à l'IRSN, avance deux hypothèses : "Une présence d'uranium d'origine naturelle, ou un incident plus ancien". L'hydrogéologie "très complexe" de la zone du Tricastin pouvant expliquer les disparités observées.
Corinne Castagnier, directrice de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), exclut l'origine naturelle. "Pour un autre radionucléide naturel, le polonium 210, issu de la chaîne de désintégration de l'uranium, on trouve des valeurs similaires en amont et en aval du site, alors que pour l'uranium, elle sont six à sept fois supérieures en aval. Il y a donc bien une pollution à l'uranium", fait-elle valoir.
STOCKAGE À CIEL OUVERT
La Criirad suspecte un entreposage de déchets, issus d'une ancienne usine militaire d'enrichissement de l'uranium ayant fonctionné, sur le site du Tricastin, de 1964 à 1996. Dans un tumulus de terre haut de 5 à 6 mètres ont notamment été accumulées 760 tonnes de "barrières de diffusion", parois poreuses permettant de séparer l'uranium fissile, nécessaire aux armes nucléaires, de l'uranium naturel qui n'en contient que 0,7%.
Une étude du Haut-Commissariat à l'énergie atomique, réalisée en 1998, estimait entre 2,6 et 3,5 tonnes la quantité d'uranium contenue dans ces résidus, dont la teneur en U235 variait de 0,6 à 3,5 %. Les eaux de pluie, ruisselant sur ce stockage à ciel ouvert, auraient lessivé une partie de l'uranium vers la nappe.
Areva a la charge de ce dépôt. Des contrôles réguliers sont effectués par l'Autorité de sûreté nucléaire pour les installations relevant de la Défense, la DSND. Le rapport du Haut-Commissariat notait que "la contamination de la nappe liée à cette butte de stockage a été mise en évidence dès 1977" et estimait que "900 kg environ d'uranium auraient quitté la butte via les eaux souterraines". Au point que l'exploitant a procédé, jusqu'en 1998, à un pompage dans cette nappe pour l'assainir, en rejetant les eaux aspirées dans le canal Donzère-Mondragon qui rejoint le Rhône. La Cogema (devenue Areva) avait envisagé une couverture de la butte de stockage, jamais réalisée.
"Une quarantaine de familles de la zone du Tricastin possède des puits. Certaines en boivent l'eau, souligne Corinne Castagnier. Les niveaux d'uranium ne sont certes pas très élevés. Mais ce qui est inadmissible, c'est le cynisme des responsables et la violation du b-a-ba de la gestion des déchets nucléaires."
Pierre Le Hir
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15.07.2008
le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (4)
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/07/14/de-l-uranium-suspect-decele-dans-la-nappe-phreatique-au-tricastin_1073149_3244.html
De l'uranium suspect décelé dans la nappe phréatique au Tricastin
LE MONDE | 14.07.08 | 15h41 • Mis à jour le 14.07.08 | 15h42
La crise engendrée par la fuite d'uranium survenue le 7 juillet dans une unité de traitement de la société Socatri, au Tricastin (Vaucluse), pourrait rebondir. Certes, la préfecture du Vaucluse a levé en partie les interdictions d'usage de l'eau, le long des cours d'eau où une partie des effluents radioactifs s'étaient déversés : les mesures faites par la filiale d'Areva ne relèvent plus, dans les eaux de surface, de dépassements de la norme de potabilité fixée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à 15 microgrammes d'uranium par litre (µg/l).
Certes, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui avait ordonné la fermeture de l'unité de traitement défaillante après une première inspection, jeudi 10 juillet, a constaté lors d'une deuxième visite, samedi, que ses prescriptions avaient été respectées : la Socatri a achevé la vidange du bac de rétention "fuyard" ; elle a mis la terre contaminée en lieu sûr et a nettoyé le réseau d'eaux pluviales souillé, avant qu'un orage ne vienne s'en charger. Elle estime que la teneur d'uranium dans l'effluent était de 8 g/l et non de 12 g/l.
POLLUTION ANTÉRIEURE ?
Mais il reste plusieurs zones d'ombre. La plus préoccupante concerne la présence, encore inexpliquée, de teneurs en uranium plus élevées que la normale dans divers points de la nappe phréatique. Compte tenu de la vitesse de diffusion de l'uranium, ces concentrations n'auraient pas dû être relevées. Sur un point de prélèvement, nommé AEP4, situé à deux kilomètres au sud de la Socatri, la teneur est montée jusqu'à 64 µg/l le 8 juillet, et restait à 36,6 µg/l le 13 juillet.
Dans une ferme avoisinante, elle se situait autour de la limite fixée par l'OMS - soit presque dix fois au-dessus du "bruit de fond" enregistré habituellement dans la nappe. "Ces valeurs ne peuvent être expliquées par le rejet accidentel", estime l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Le point AEP4, situé chez un particulier, déconcerte les autorités : la teneur en uranium fluctue, l'eau prélevée au puits présentant des concentrations moins élevées que celles mesurées au robinet qu'il alimente.
Cette découverte renvoie à une étude récemment conduite par l'IRSN, la Direction départementale de l'action sanitaire et sociale et Areva sur la nappe phréatique du Tricastin. "Elle avait mis en évidence des marquages à l'uranium en certains points, entre 10 et 15 µg/l, sans que l'on puisse préciser leur source, indique Didier Champion, directeur de l'environnement à l'IRSN. On ne peut exclure qu'il y ait eu des rejets antérieurs, à l'origine d'une pollution à l'uranium." Soucieuse d'éclaircir ce point, la préfecture du Vaucluse ne prévoit pas de modifier ses prescriptions sur l'usage de l'eau avant plusieurs jours. Le temps aussi de collecter les résultats des analyses de sédiment, de plantes et de poisson issus des cours et plans d'eau souillés.
Reste également aux autorités à analyser le respect ou non des procédures l'alerte des différents services de l'Etat, des élus et des populations. La défaillance de la Socatri semble patente : une alarme signalant un niveau élevé d'effluent dans la cuve s'est déclenchée à 19 heures lundi 7 juillet. Le débordement a été constaté à 23 heures, mais ce n'est qu'à 4 heures le lendemain que la fuite en dehors de la cuve de rétention, accidentellement fendue lors de travaux récents, a été détectée. Le plan d'urgence interne a été déclenché à 6 h 15, l'ASN et la préfecture de la Drôme étant prévenues une heure plus tard. Que s'est-il passé pour que certains maires ne soient pas avertis avant 13 h 30 ? Et pour que l'IRSN ne soit alerté qu'à 11 h 30 ? "Pourquoi l'exploitant n'a-t-il pas déclenché l'alerte nationale ?, s'interroge Didier Champion. Nous avons perdu une demi-journée pour conduire nos analyses sur place." Diverses enquêtes, administratives et judiciaires, devront le déterminer.
Hervé Morin
Article paru dans l'édition du 15.07.08
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10.07.2008
éthique et politique, çà rime... sur le papier
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/07/10/a-paris-de-nombreux-elus-continuent-d-occuper-des-hlm-de-haut-standing_1068597_823448.html
(voir aussi la note du 20/12/2007 sur ce blog et les notes des 19 et 23/12/2007 sur "le blog libre de mon quartier", lien ci-contre)
A Paris, de nombreux élus continuent d'occuper des HLM de haut standing
LE MONDE | 10.07.08 | 15h16 • Mis à jour le 10.07.08 | 15h16
Jean-Paul Bolufer, l'ancien directeur de cabinet de la ministre du logement et de la ville, Christine Boutin, s'en va. La députée (PS) du 12e arrondissement de Paris, Sandrine Mazetier aussi. En revanche, Jean-Pierre Chevènement n'a pas donné son congé. Ni Brigitte Kuster, maire (UMP) du 17e, Delphine Batho, députée (PS) des Deux-Sèvres, ou Paul Girod, sénateur (UMP) de l'Aisne.
La Ville de Paris - qui a pris le contrôle de la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP) en janvier 2007 - peine à faire le ménage parmi ses locataires - élus ou pas. Le nouveau patron de ce très gros bailleur social, Pierre Castagnou, maire PS du 14e, a dressé un état des lieux, mercredi 9 juillet.
Au terme de cette "opération vérité", lancée il y a six mois, la RIVP constate qu'environ 2 500 locataires "payent un loyer anormalement bas, eu égard à leurs revenus". Sous les mandatures Chirac et Tiberi et jusqu'en mai 2007, bon nombre d'appartements ont été attribués sans conditions de ressources, souvent à des personnalités proches du pouvoir politique. La RIVP possède notamment 314 logements de très haut standing loués entre 12 et 14 euros du m2.
C'est dans l'un d'entre eux qu'habite M. Bolufer. Ce haut fonctionnaire est logé depuis 1981 par la RIVP dans 190 m2 au 81, boulevard de Port-Royal (13e), pour un loyer de 1 500 euros, charges comprises - soit 6,30 euros du m2, dans un quartier où les locations atteignent 30 euros du m2. En sous-louant son appartement de 1997 à 2007, M. Bolufer n'a pas, selon la RIVP, respecté son bail. Menacé de poursuite judiciaire, M. Bolufer a proposé un accord à l'amiable, conclu mercredi : il s'engage à partir au plus tard le 31 décembre.
51 000 APPARTEMENTS
M. Chevènement, lui, habite près du Panthéon, rue Descartes (5e) dans un appartement de plus de 100 m2, loué environ 11 euros du m2. La SEM a jugé "anormal" qu'il bénéficie aussi d'un logement social attribué par la ville de Belfort, dont il fut maire. Elle lui a demandé de régulariser sa situation. M. Chevènement a rendu, en avril, les clés de son appartement belfortain, mais a conservé celles de son logement parisien... Comme lui, Brigitte Kuster habite dans un quartier de la capitale, 120 m2, avenue Yves-du-Manoir - à deux pas de l'Etoile -, qu'elle loue 10,65 euros du m2.
La situation de ces anciens ou actuels élus est légale puisqu'ils occupent des appartements à loyer non encadré, sans conditions de ressources. Si Mme Mazetier a décidé de partir comme elle s'y était engagée au lendemain de son élection en juin, Delphine Batho, députée (PS) des Deux-Sèvres, a, elle, demandé une réévaluation de son loyer, dans l'intention d'y rester.
Depuis mai, à la RIVP, seuls les revenus inférieurs à 6 500 euros mensuels (pour une famille de quatre enfants) peuvent prétendre à l'un des 12 900 appartements attribués jusqu'ici sans conditions de ressources. Mais, chaque année, sur les 51 000 appartements de la SEM - à loyers plafonnés ou pas -, seuls 2 500 se libèrent. Le renouvellement des locataires n'est donc pas pour demain.
S'il peine à mettre fin à ces "rentes de situation", M. Castagnou n'approuve pas pour autant le décret de Mme Boutin, actuellement soumis au Conseil d'Etat, qui permettrait d'augmenter les surloyers. Le patron de la SEM a calculé : un locataire de 74 m2 qui gagne 50 800 euros par an verrait son loyer passer brusquement de 451 euros à près de 1 000 euros. " Si le logement social devient aussi cher que le privé, les classes moyennes partiront en banlieue", s'inquiète-t-il.
Béatrice Jérôme
Article paru dans l'édition du 11.07.08
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le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (3)
lu sur lemonde.fr :
(voir aussi "les dossiers enterrés de Tchernobyl" sur Une Place pour Tous, lien ci-contre)
La Criirad dénonce "une série de dysfonctionnements" sur le site nucléaire du Tricastin
LEMONDE.FR | 09.07.08 | 15h20
runo Chareyron est responsable de laboratoire à la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad). Selon lui, l'incident survenu, dans la nuit du 7 au 8 juillet, sur le site nucléaire du Tricastin, dans le Vaucluse, n'a "rien d'une catastrophe nucléaire" mais ne doit pas, pour autant, être minimisé. Il révèle toute une suite de dysfonctionnements dans la sécurité du site, des dysfonctionnements que la Criirad signalait depuis plusieurs années :
M. Chareyron estime que la préfecture a pris les mesures de sécurité nécessaire, mais insiste sur l'importance de l'incident et ses éventuels conséquences environnementales. La concentration en uranium des rejets est importante, d'autant plus que la diffusion s'est faite dans le sol ou dans des petits ruisseaux, soit des milieux à faible dilution :
Pour la Criirad, la communication sur cet incident, comme sur la plupart des incidents de ce type, a trop tendance à minimiser l'importance des risques nucléaires : "Areva insiste sur le fait que c'est l'uranium naturel, il n'en est pas moins radioactif et toxique" :
Propos recueillis par Thibaud Vuitton
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Le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (2)
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/07/09/les-autorites-nucleaires-se-veulent-rassurantes-face-au-rejet-d-uranium-sur-le-site-de-tricastin_1067895_0.html
(voir aussi "Le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (1)"
Les autorités nucléaires se veulent rassurantes face au rejet d'uranium sur le site de Tricastin
LE MONDE | 09.07.08 | 05h46 • Mis à jour le 09.07.08 | 17h44
Quelque 360 kg d'uranium se sont déversés dans l'environnement du site nucléaire du Tricastin, sur la commune de Bollène (Vaucluse), dans la nuit du 7 au 8 juillet. L'accident est survenu dans une installation de la société Socatri, filiale d'Areva, qui assure la décontamination de matériels et la récupération de l'uranium traité par l'usine d'enrichissement d'Eurodif, installée sur le même site. Les circonstances du déversement accidentel de 30 m3 de solution contenant 12 grammes d'uranium par litre restent encore à élucider.
Les préfets du Vaucluse et de la Drôme ont interdit, jusqu'à nouvel ordre, la consommation d'eau potable issue de captages privés sur trois communes, mais aussi la baignade et la pêche dans les cours et plans d'eau avoisinants. L'irrigation agricole est stoppée. Les effluents radioactifs se sont en effet infiltrés pour partie dans le sol à l'intérieur même de l'établissement. Mais une quantité mal évaluée a rejoint par le réseau des eaux pluviales les rivières de la Gaffière, puis du Lauzon qui se déverse dans le Rhône. La société Socatri, qui a immédiatement effectué des mesures, "a constaté un dépassement de la valeur préconisée par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) pour les eaux destinées à la consommation humaine d'un facteur 1000 pendant une courte période correspondant au passage du pic de pollution", indique l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). Chargé de l'expertise en cas d'accident, cet organisme estime cependant que les "conséquences radiologiques pour les populations devraient être négligeables".
100 FOIS LE REJET ANNUEL
"Dans la mesure où les gens ne consomment pas l'eau de la nappe phréatique, les risques de contamination sont inexistants", estime Thierry Charles, directeur de la sûreté des usines à l'IRSN. Un plan de surveillance sur 12 points de prélèvement d'eau va être mis en place pour vérifier l'évolution des teneurs dans les semaines et les mois à venir. Ces analyses permettront de déterminer à quelle échéance les mesures de restrictions pourront être levées. Elles pourraient l'être à plus faible délai dans les cours d'eau, qui assurent une dilution plus rapide, "lorsque nous serons assurés que l'uranium ne s'est pas fixé sur les sédiments", précise Charles-Antoine Louet, chef de division de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) à Lyon.
Si les autorités se veulent rassurantes, les associations de défense de l'environnement s'inquiètent de l'ampleur de la pollution. Sortir du nucléaire évoque le risque de cancer lié aux contaminations de ce type. Bruno Chareyron, responsable du laboratoire de la Commission de recherche et d'information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), note que "la radioactivité contenue dans ce rejet a été plus de 100 fois supérieure à la limite annuelle fixée pour cet établissement". Il ne veut pas encore se prononcer sur l'impact environnemental et sanitaire de l'accident, "attendant plus de données pour l'évaluer". Il y a quelques jours, la Criirad s'était inquiétée de l'entreposage sous un tumulus de terre de 770tonnes de déchets radioactifs d'origine militaire au Tricastin. "Cela fait beaucoup pour un site qui est la deuxième plate-forme nucléaire française, après La Hague", note-t-il.
Hervé Morin
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La Valeur du Travail (3) : pour gagner quoi ?
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2008/07/08/travailler-plus-pour-gagner-quoi-par-robert-castel_1067614_3232.html
Point de vue
Travailler plus, pour gagner quoi ?, par Robert Castel
LE MONDE | 08.07.08 | 14h00 • Mis à jour le 08.07.08 | 14h00
Il s'est produit en une dizaine d'années une transformation considérable et inattendue dans la représentation de la fonction et de l'importance du travail dans la société française. Au milieu des années 1990 fleurissaient des discours sur le travail "valeur en voie de disparition", voire sur la "fin du travail". Ils traduisaient l'opinion - erronée mais à la mode - que le travail perdait son importance comme le socle privilégié de l'inscription des individus dans la société.
Parallèlement, le débat public était animé par des réflexions plus sérieuses sur la possibilité de lutter contre le chômage en réduisant la durée du travail afin de mieux le répartir. Réflexions plus sérieuses, parce que le plein-emploi ne se mesure pas à la durée du travail, ni sa productivité au temps passé à travailler. Il n'est donc pas déraisonnable de penser que dans le cadre d'une meilleure organisation du travail, compte tenu des gains de productivité et des progrès technologiques, on pourrait travailler moins en travaillant mieux, comme l'atteste l'histoire du capitalisme industriel.
Quoi qu'il en soit de leur pertinence, ces débats ont complètement disparu de la scène publique. On assiste, au contraire, à une extraordinaire survalorisation du travail portée par une idéologie libérale agressive qui trouve sa traduction politique directe dans les orientations de l'actuelle majorité, président de la République en tête. La virulence de la critique des lois dites "lois Aubry" sur la réduction du temps de travail après le changement de majorité en 2002 a parfois frôlé l'hystérie. "La France ne doit pas être un parc de loisirs", déclarait durant l'été 2003 Jean-Pierre Raffarin, alors premier ministre. La France est devenue la lanterne rouge de l'Europe, elle s'enfonce dans le déclin parce que les Français ne travaillent pas assez : la campagne présidentielle a été dominée par cette apologie du travail, et l'habileté avec laquelle Nicolas Sarkozy l'a orchestrée a été pour beaucoup dans son succès.
Tout le monde a en mémoire les slogans incitant au travail et portant la promesse que travailler davantage est le moyen à la fois d'améliorer son pouvoir d'achat et aussi d'accomplir son devoir de citoyen et d'aider la France à retrouver la place qu'elle mérite dans le concert des nations. Cela, évidemment, pour tous ceux qui veulent bien travailler, qui en ont le courage. Cette célébration du travail est en effet assortie de la stigmatisation de tous ceux qui ne travaillent pas. C'est le soupçon qui pèse sur les chômeurs d'être des "chômeurs volontaires" pour lesquels on va multiplier les contrôles et les pressions pour qu'ils acceptent n'importe quel emploi. C'est aussi la condamnation des assistés, comme les bénéficiaires du RMI, accusés d'être des parasites vivant aux crochets de la France qui se lève tôt.
Ces positions, au demeurant populaires, pourraient paraître, si ce n'est aberrantes, à tout le moins paradoxale, puisque l'une des caractéristiques de la situation actuelle est précisément que le travail manque et que le plein-emploi n'est plus assuré depuis trente ans. Cependant, c'est dans ce contexte que l'incitation inconditionnelle au travail prend tout son sens.
Il faut en effet penser ensemble ces trois composantes de la situation présente : primo, il y a du non-emploi, c'est-à-dire une pénurie de places disponibles sur le marché du travail susceptibles d'assurer le plein-emploi ; deuxio, il y a une survalorisation du travail qui en fait un impératif catégorique, une exigence absolue de travailler pour être socialement respectable ; tertio, il y a cette stigmatisation du non-travail, assimilé à l'oisiveté coupable, à la figure traditionnelle du "mauvais pauvre" vivant aux dépens de ceux qui travaillent.
Ces trois dimensions fonctionnent d'une manière complémentaire pour impulser une politique pouvant conduire à la pleine activité sans que cela signifie le retour au plein-emploi. Tout le monde doit et pourrait travailler si on abaisse le seuil d'exigence qui commande l'accès au travail. Il faut donc travailler même si le tra-vail n'assure pas les conditions minimales d'une certaine indépendance économique. C'est ainsi que l'on devient un travailleur pauvre, figure qui est en train de s'installer dans notre paysage social. Ce n'est pas très gratifiant à aucun point de vue d'être un travailleur pauvre. Cependant c'est mieux que d'être un mauvais pauvre, un misérable parasite assisté.
Se dessine ainsi une stratégie qui, à la limite, pourrait résorber le chômage en le grignotant progressivement par la multiplication de manières dégradées de travailler. On pourrait de la sorte restaurer une société de pleine activité (mot d'ordre de l'OCDE), sans que l'on puisse parler de société de plein-emploi, si l'on entend par emploi un travail relativement assuré de sa durée (prééminence du CDI), fermement encadré par le droit du travail et couvert par la protection sociale. Le processus est en cours. De contrats aidés en services ponctuels à la personne en passant par la montée en puissance des formes dites "atypiques" d'emplois qui représentent aujourd'hui plus de 70 % des embauches, se met en place une large gamme d'activités qui institutionnalisent la précarité comme un régime de croisière dans le monde du travail. L'insécurité sociale est de retour, et un nombre croissant de travailleurs vivent à nouveau "au jour la journée", comme on disait autrefois.
Le nouveau régime du capitalisme qui se met en place depuis trente ans après la sortie du capitalisme industriel n'est pas en mesure d'assurer le plein-emploi. La preuve : l'existence d'un chômage de masse et la précarisation des relations de travail. Mais ce n'est pas ce qu'il vise, et ceux qui le mettent en oeuvre s'attaquent au contraire au statut de l'emploi en dénonçant les coûts qu'il représente et les obstacles qu'il met au libre développement de la concurrence au niveau de la planète.
Par contre, ce capitalisme en appelle à la pleine activité pour maximiser la production des richesses, qui continue à dépendre du travail. La Chine offre en ce moment l'exemple d'un fantastique développement économique en grande partie dû au fait que le coût du travail y est très bas parce que les garanties liées à l'emploi sont rarement associées aux activités qui se déploient "librement".
Nous ne sommes pas en Chine, mais la France est engagée dans une dynamique de montée en puissance de différents types d'activités en deçà de l'emploi. Ces formes de sous-emploi sont généralement peu attractives et elles n'assurent pas les conditions de base nécessaires pour mener une vie décente. On conçoit donc que des pressions doivent s'exercer pour faire accepter ces formes de travail : il faut absolument que tu travailles pour échapper au mépris attaché au mauvais pauvre. C'est finalement sur un chantage d'ordre moral autant que sur un raisonnement économique que repose l'orchestration actuelle de l'inconditionnalité de la valeur travail par les autorités qui nous gouvernent.
Il faut continuer à défendre la valeur travail, parce que l'on n'a pas encore trouvé d'alternative consistante au travail pour assurer l'indépendance économique et la reconnaissance sociale dans une société moderne. Mais aussi rappeler qu'il y a travail et travail. Le travail est essentiel en tant que support de l'identité de la personne à travers les ressources économiques et les droits sociaux auxquels il donne accès. Au contraire, l'institution de formes dégradées d'emploi au nom de l'exigence de travailler à tout prix et à n'importe quel prix conduit aussi à la dégradation du statut de travailleur et, finalement, de la qualité de citoyen. Il ne suffit pas de "réhabiliter le travail", comme se propose de le faire le président de la République : il faudrait respecter la dignité des travailleurs.
Robert Castel est sociologue, directeur d'études.
Article paru dans l'édition du 09.07.08
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La Valeur du Travail (2)
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/07/08/en-rejoignant-le-fonds-glg-driss-ben-brahim-peut-gagner-500-millions-de-dollars-par-an_1067596_3234.html
En rejoignant le fonds GLG, Driss Ben-Brahim peut gagner 500 millions de dollars par an
LE MONDE | 08.07.08 | 15h03 • Mis à jour le 08.07.08 | 15h03
LONDRES CORRESPONDANT
En quittant à l'automne la banque d'affaires Goldman Sachs pour le fonds spéculatif GLG Partners, Driss Ben-Brahim - 42 ans, père marocain et mère autrichienne - peut rêver d'une rémunération annuelle de plus de 500 millions de dollars (318 millions d'euros).
{ pour fixer les idées : 318 millions d'€ par an, soit 26,5 millions d'€ par mois, soit 177 millions d'ex-francs ; voilà un travail qui a de la valeur ! }
Le financier londonien remplace Greg Coffey, la star de GLG, parti fonder son propre hedge fund (Le Monde du 10 mai). D'après le communiqué publié lundi 7 juillet par GLG, la nouvelle recrue doit gérer un fonds de 1,2 milliard de dollars axé sur les marchés émergents et mettre au point une stratégie visant à attirer les placements des fonds souverains du Golfe. Fondé par des anciens de Goldman Sachs, coté à New York, GLG Partners est le deuxième plus gros hedge fund britannique avec des avoirs sous gestion de 24 milliards de dollars.
Centralien, diplômé de l'Insead, M. Bren-Brahim débute sa carrière londonienne comme numéro deux du département trésorerie de la Banque européenne de reconstruction et de développement, chargée de convertir les pays de l'Est à l'économie de marché.
"ENTOURÉ DE MYSTÈRE"
En 1996, Goldman Sachs l'a recruté comme trader à Londres. N'étant pas associé, cet expert en produits dérivés rate le pactole lors de la mise en Bourse de la banque new-yorkaise deux ans plus tard. Il se rattrape vite. En 2003, en tant que responsable du département devises, le financier a défrayé la chronique de la City en percevant une prime de 30 millions de livres (37,7 millions d'euros), un record à l'époque.
"Il est très difficile, voire impossible d'estimer le patrimoine des fondateurs ou associés de hedge funds qui sont très doués pour brouiller les pistes. L'actionnariat est entouré de mystère. Ils sont conscients que leurs profits colossaux choquent leurs clients et provoquent la répulsion de l'opinion publique", souligne Philippe Beresford, l'auteur de la liste des plus grosses fortunes britanniques publiée par le Sunday Times. A l'écouter, une quarantaine de ces spéculateurs pourraient facilement figurer parmi les plus gros patrimoines du Royaume-Uni.
Marc Roche
Article paru dans l'édition du 09.07.08
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08.07.2008
La Valeur du Travail (1) : Partage des richesses, la question taboue
à lire :
Débat français à propos du pouvoir d’achat
Partage des richesses, la question taboue
Afin de « défendre le pouvoir d’achat », le gouvernement français envisage une série de mesures – monétisation des congés non pris, travail le dimanche, implantation plus facile des hypermarchés. Une donnée du problème est presque toujours occultée : en vingt ans, la part des salaires dans le produit intérieur brut français a baissé de 9,3 %, ce qui correspond à plus de 100 milliards d’euros en partie transférés vers le capital. Cet élément central du débat en est devenu le point aveugle.
Par François Ruffin
voir la totalité de l'article sur :
http://www.monde-diplomatique.fr/2008/01/RUFFIN/15507
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07.07.2008
Europe Libérale, Mondialisation, Nivellement par le Bas (sans jeu de mot !)
lu sur lemode.fr :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2008/07/07/aubade-les-dessous-de-la-delocalisation_1067209_3224.html
Reportage
Les damnées de la dentelle
LE MONDE | 07.07.08 | 14h32 • Mis à jour le 07.07.08 | 14h32
KSAR HELLAL (TUNISIE), SAINT-SAVIN (VIENNE) ENVOYÉ SPÉCIAL
Dans son classeur d'écolier Titeuf, elle conserve avec soin des dizaines d'articles de presse. Tous racontent la même histoire : le licenciement des ouvrières d'Aubade, dans la Vienne. A travers les reportages, c'est son "ancienne vie" que Robin Donatienne, 40 ans, dont vingt au service de cette marque de lingerie haut de gamme, a rangé dans un meuble près de la cuisine.
En mars 2007, Calida, propriétaire suisse d'Aubade depuis deux ans, a fermé un de ses sites, celui de La Trimouille, supprimé 134 emplois, et regroupé la centaine de salariés restants à l'usine de Saint-Savin, pour délocaliser définitivement sa production en Tunisie. Depuis, Robin Donatienne "ne sait pas quoi faire". Elle a des problèmes de santé et ses 500 euros mensuels du chômage sont "durs, durs" à gérer. Heureusement, dit-elle, qu'il y a la télé pour se vider la tête. Même si le taux de chômage du département est inférieur à celui de la moyenne nationale, difficile pour une ouvrière non qualifiée de retrouver du travail. La cellule de reclassement mise en place par la direction de l'entreprise a été dissoute le 27 juin, sans avoir réussi à lui redonner espoir, pas plus qu'aux autres ouvrières restées sur le carreau. Selon Calida - surnommé depuis dans les villages "Al-Calida" -, 70 % ont trouvé une solution, CDI, CDD, formation, création d'entreprise, etc ; 48 %, rectifie la sous-préfecture de Montmorillon.
L'avenir ? Les maisons de retraite, les personnes âgées, les ménages. Devenir ADMR, aide à domicile en milieu rural. Le pays du Montmorillonnais est vieillissant : 28,7 % de la population (35 000 habitants) ont plus de 60 ans. "Il y a de la demande", estime le député socialiste Jean-Michel Clément. Mais pour les "filles" qui ont manié toute leur vie de la dentelle de luxe, "torcher les vieux", "laver les chiottes", c'est une humiliation. Elles le disent : elles ont "socialement régressé". "C'est vrai, ces métiers sont peu valorisants", reconnaît le député. "Mais il n'y a pas de sous-métier", tempère Christine Collin, 44 ans, dont vingt-cinq à Aubade, aujourd'hui ADMR.
Les élus ne peuvent que constater les ravages "psychologiques" de cette délocalisation. Au-delà de l'impact économique sur le "pays" - les commerçants de La Trimouille (1 000 habitants) ont perdu 20 % de leur chiffre d'affaires -, "le lien social entre les ouvrières a disparu, regrette Yves Bouloux, président de la communauté de communes du Montmorillonnais. Une délocalisation, c'est déstructurant." "Il y avait du covoiturage", se souvient Jean-Marie Rousse, maire socialiste de Saint-Savin (1 000 habitants). Mais voilà, certaines qui ne savent pas conduire ont refusé de se faire payer le permis par Aubade, préférant "s'enterrer" chez elles, s'isoler du village et des copines. Les "ex" d'Aubade ne se voient presque plus, ne se donnent plus de nouvelles. Le deuil s'éternise. La galette des rois, le 1er janvier, a réuni une petite vingtaine d'anciennes collègues. "Celles qui sont restées à l'usine ne me disent pas bonjour dans la rue, assure Gaëlle Léger, 32 ans, licenciée après six années à Aubade. Ça fait mal après tout ce temps passé ensemble."
Chez les rescapées du plan social aussi, il y a de la rancoeur. A l'usine de Saint-Savin, les copines sont parties, les rires aussi. "Quand je croise une ancienne collègue au village, raconte Brigitte Pereis, 48 ans dont trente-deux "sacrifiés" pour la marque, j'évite de demander : "Qu'est-ce que tu deviens ?"" "On se sent presque coupable d'être restée", déplore Michèle Rat, 48 ans dont trente et un de maison. Et pourtant, "on était une grande famille", rappelle Monique Guéraud, 56 ans, la doyenne de l'usine, avec ses trente-sept années au service de la marque.
Le responsable, pour elles ? Le propriétaire d'Aubade, le Suisse Félix Sulzberger, PDG de Calida, accusé par ses ex-ouvrières d'avoir "volé" le "savoir-faire" des Françaises pour le donner aux Tunisiennes. "Les pauvres. On leur en a voulu, reconnaît Brigitte Pereis. Mais en fait, c'est pas de leur faute : elles sont exploitées."
Les Françaises ne connaissent pas grand-chose de la vie de celles qui les ont remplacées. Elles n'ont jamais cherché à savoir. De l'autre côté de la Méditerranée, en Tunisie, à Ksar Hellal (45 000 habitants), à une vingtaine de kilomètres de la ville balnéaire de Monastir, l'usine Azur, filiale d'Aubade, n'a rien de glamour. Un bâtiment blanc quelconque, le long d'une route cabossée, qui abrite du soleil cuisant près de 230 employés.
12 h 30. L'heure de déjeuner. Une demi-heure pas plus. Ce sera l'unique pause de la journée. A la sortie de l'usine, une étudiante s'avance vers les ouvrières. Elle a préparé des sandwichs pour quelques centimes de dinar. Une cinquantaine de jeunes filles, en blouse rose vif, se reposent sous les oliviers encerclés de... poubelles. Le terrain qui entoure l'usine est un vrai dépotoir, les ordures en tout genre s'accumulent. Un paradis pour les poules et les moutons. Au milieu de ce décorum, certaines avalent une petite salade méchouia dans une gamelle. Pas de couverts : elles mangent avec les doigts. A la fin du repas, une vieille dame leur sert du thé à la menthe.
La direction de la filiale d'Aubade a donné instruction aux ouvrières de ne pas nous parler. "Elles ne sont intellectuellement pas capables", explique avec le sourire une responsable à l'entrée du site. Certaines acceptent tout de même de raconter leur vie, "mais ne citez pas notre nom, on ne veut pas être virées", supplie l'une d'elles. "Les Français viennent exploiter notre misère, on le sait, mais ils nous donnent quand même un travail", assure une autre.
A l'usine, c'est neuf heures par jour, quarante-huit heures par semaine, un samedi sur deux, vingt et un jours de vacances par an. L'ouvrière est payée un peu moins de 9 euros par jour (environ 200 euros par mois), ce que gagnait une Française en une heure (1 000 euros par mois). A l'intérieur de l'usine réfrigérée, "c'est beaucoup de pression", souligne une jeune fille. Elles n'ont pas le droit de parler entre elles, les cinq prières quotidiennes sont proscrites, les téléphones portables interdits. "Un jour, raconte un ouvrier, une fille est allée voir la responsable, les larmes aux yeux, pour lui demander de partir ; un de ses parents n'allait pas bien. La chef lui a répondu : "Tu as donc utilisé ton portable." Elle a démissionné."
Le médecin du travail passe tous les lundis. Le reste du temps, "il y a beaucoup de pleurs, détaille un employé. Quand un mécanicien doit réparer une machine, l'ouvrière lui demande : "Retarde un peu."" Il n'y a pas de point d'eau potable dans l'usine à cause d'une canalisation défaillante. Une feuille scotchée à l'entrée du site indique, en arabe, qu'ici on embauche. Il y a un turn-over important. Les ouvrières signent un nouveau contrat tous les six mois, au bout de quatre ans elles seront titularisées. Certaines ont été licenciées quelques jours avant leur titularisation. "Difficile d'avoir une perspective d'avenir dans l'entreprise", constate, résigné, un technicien.
Dans la cité Erramala, qui jouxte l'usine, le quartier est en chantier : la diaspora se fait construire de belles villas. La journée, les rues sont tristement vides, les chats sont les rois. Dans ce coin de Ksar Hellal, les jeunes filles d'Aubade sont méprisées par les locaux : elles ne sont pas du "pays". Elles viennent de campagnes lointaines, d'autres régions plus désertiques, plus pauvres aussi : de Kef, de Gafsa, de Béja. D'où leur surnom, les "KGB".
"Les KGB sont des délinquantes", lance la patronne d'un salon de coiffure qui doit prochainement ouvrir. Délinquantes ? "Oui, vous comprenez ?", insinue-t-elle. Les jeunes ouvrières sont accusées de flirter avec de jeunes maçons, qui, eux aussi, viennent de loin. "En plus, elles boivent de la bière", ajoute un vieil homme dans son garage. Les "KGB" ont fait la fortune de quelques propriétaires peu scrupuleux. Certaines s'entassent à cinq, voire plus, dans une pièce insalubre, pour un loyer s'élevant à la moitié du salaire. La plupart envoient leur argent à leur famille. "Tous ces problèmes sont assez nouveaux et s'accentuent, explique Hacine Dimassi, professeur d'économie à l'université de Sousse. La migration interne à cause des délocalisations modifie et déséquilibre économiquement et sociologiquement la ville."
Le grand patron d'Aubade, Félix Sulzberger, affirme ne pas être au courant de ce qui se passe dans son usine. "Je n'y suis jamais allé, mais ça m'étonne", assure-t-il. Il se félicite toutefois d'avoir réussi l'intégration, dans son groupe, d'Aubade, qui représente un tiers du chiffre d'affaires : le résultat net de Calida est passé de 3,8 millions d'euros en 2006 à 9,6 millions d'euros en 2007.
Malgré tout, l'usine tunisienne d'Aubade est celle qui a l'une des meilleures réputations parmi les quelque 150 entreprises de textile de Ksar Hellal. Elle paie toujours ses salariés (en liquide), donne des cadeaux (couverture, service en Inox) pour les fêtes, offre 70 euros à chaque ouvrière pour le 1er mai... Mais les jeunes femmes natives de la ville accusent les "KGB" d'avoir volé leur travail, car elles acceptent les salaires les plus bas.
"Voir nos filles se faire prendre le travail par des éleveuses de chèvres, ça fait mal", argue une mère de famille tunisienne, vêtue d'un long voile noir. A Saint-Savin, dans la Vienne, l'une des ouvrières licenciées a créé son entreprise : elle élève des chèvres.
Mustapha Kessous
Article paru dans l'édition du 08.07.08
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29.06.2008
le Nucléaire en France et dans le monde: des irresponsables aux commandes ? (1)
lu sur liberation.fr
Un scandale de fuite radioactive contrarie les plans de Merkel
De notre correspondante à Berlin NATHALIE VERSIEUX
QUOTIDIEN : samedi 28 juin 2008
Le gouvernement allemand se serait bien passé de ce nouveau scandale… En milieu de semaine, l’opinion a appris l’existence d’une fuite radioactive dans une ancienne mine de sel reconvertie en centre de stockage à Asse, dans le centre du pays. L’affaire est d’autant plus sensible qu’Angela Merkel vient tout juste de commencer une offensive de charme pro-nucléaire auprès d’une opinion particulièrement rétive. La chancelière allemande attend les élections de l’automne 2009 pour revenir sur la décision prise par le gouvernement Schröder de fermer toutes les centrales nucléaires du pays d’ici à 2020.
Endommagés. Retour à Asse, en Basse-Saxe, où 125 000 fûts faiblement radioactifs ont été entreposés à 750 mètres de profondeur entre 1967 et 1978. Mille trois cents autres fûts de déchets «moyennement» radioactifs (mais contenant onze kilos de plutonium) gisent également à 511 mètres de profondeur. Les couches salines, géologiquement stables depuis soixante-dix millions d’années, sont considérées comme quasiment imperméables. Sauf qu’à cet endroit, le sol est en mouvement. Depuis la révélation de l’affaire, la société chargée de gérer le site a dû reconnaître qu’il lui fallait pomper chaque jour, depuis 1988, les 12 mètres cubes d’eau qui s’infiltrent quotidiennement dans la mine et entrent en contact avec un ou plusieurs fût(s) endommagé(s). Ce qui expliquerait que depuis des années, les mesures réalisées sur place font état d’une contamination au césium 137. «Selon les endroits, les relevés sont de trois à onze fois supérieurs à la norme autorisée», admettent aujourd’hui les autorités du Land. Les Verts et les habitants craignent une possible contamination de l’eau potable de la région.
Au-delà des faits, le scandale d’Asse choque d’autant plus en Allemagne qu’il met en évidence les limites des systèmes de contrôle et d’information autour du nucléaire civil. Les autorités régionales, compétentes en la matière, n’ont été informées que récemment des fuites radioactives, et n’ont pas prévenu Berlin. Les liquides pompés de la mine sont réinjectés dans d’autres mines désaffectées, sans autorisation de l’autorité de sûreté nucléaire…
Longtemps, Asse a été considéré en Allemagne comme un prototype du futur centre de stockage de Gorleben, dont le projet repose dans les tiroirs du gouvernement depuis des années. Depuis la révélation des fuites, Berlin tente de relativiser les points communs entre les deux sites.
La période actuelle est, de fait, décisive pour l’avenir du nucléaire civil outre-Rhin. La CDU, le parti de la chancelière, évoque déjà, dans un document consacré à l’avenir de l’énergie en Allemagne, la «renaissance d’une technique nucléaire hautement moderne». «A moyen terme, on ne peut pas renoncer en Allemagne à l’électricité d’origine nucléaire», insistent les auteurs du document.
«Absurde». «Fermer les centrales allemandes dans douze ans pour importer du courant nucléaire de République Tchèque, de France ou de Finlande, c’est absurde», estime pour sa part Merkel. La chancelière multiplie depuis des semaines les déclarations de ce type, destinées à préparer l’opinion à un retour au nucléaire si elle était réélue l’an prochain. «Mais il faudra d’abord résoudre la question du stockage des déchets avant d’envisager la construction de nouvelles centrales», avertissent les auteurs du document de la CDU. C’était avant que n’éclate le scandale actuel.
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l'eau du robinet
lu sur liberation.fr :
Tempête dans une bouteille d'eau aux Etats-Unis
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La Conférence des maires des Etats-Unis a voté en juin une résolution appelant les municipalités à privilégier l'eau du robinet pour des raisons écologiques.
LIBELABO.FR
LIBERATION.FR : samedi 28 juin 2008
Un mouvement grandissant aux Etats-Unis s'oppose à la consommation régulière d'eau en bouteille en raison du gaspillage de plastique et des coûts énergétiques générés par son acheminement.
Illustrant cette tendance, la Conférence des maires des Etats-Unis a voté en juin une résolution appelant les municipalités à abandonner progressivement l'eau en bouteille et à promouvoir l'importance des réserves publiques d'eau potable.
Pour Janet Larsen, directrice de recherche à l'Earth Policy Institute, il existe "un rejet de l'eau en bouteille car de plus en plus de personnes réalisent qu'elle n'est pas meilleure que celle qui sort du robinet".
L'Institut Pacifique, un groupe de réflexion sur les questions de développement durable basé en Californie, soutient que la fabrication de bouteilles pour la consommation américaine en eau a requis l'équivalent de 17 millions de barils de pétrole en 2006, sans compter l'énergie utilisée pour le transport, a rejeté 2,5 millions de tonnes de dioxyde de carbone et nécessité trois litres d'eau pour chaque litre d'eau produit.
Cette opposition survient à un moment où les ventes d'eau embouteillée connaissent une forte hausse aux Etats-Unis, peut-être liée à la peur d'une éventuelle contamination de l'eau du robinet, même si des opposants au secteur de l'eau embouteillée affirment que le matraquage publicitaire en est le facteur principal.
Le Conseil de défense des ressources naturelles a conclu que "la plupart des eaux testées étaient de très bonne qualité (même si) quelques marques étaient contaminées", tout en relevant que l'eau en bouteille "subit des tests" moins drastiques et "a des normes de pureté moins rigoureuses que ce qui s'applique à l'eau du robinet".
De plus, selon ce groupe, "environ un quart de l'eau en bouteille est en réalité de l'eau du robinet embouteillée". Les réglementations gouvernementales "autorisent les embouteilleurs à qualifier leur produit d'eau de source même s'ils l'ont puisée à l'aide d'une pompe et peut être traitée avec des produits chimiques".
Selon le groupe de consultants Beverage Marketing Corp, les Etats-Unis sont les plus gros consommateurs d'eau en bouteille au monde avec environ 33 milliards de litres d'eau bus en 2007.
Mais, en terme de consommation par personne, les Américains, avec 109 litres par an, n'arrivent qu'en cinquième position derrière les Italiens, qui en consomment deux fois plus, les Emiratis, les Mexicains et les Français.
Kevin Keane, de l'association américaine des boissons, souligne en outre que l'eau en bouteille est nécessaire aux communautés touchées par des catastrophes naturelles et dont les réseaux publics d'approvisionnement en eau sont infectés.
Mais, au-delà des questions de sécurité et d'environnement, certains militants accusent l'industrie de l'eau embouteillée de s'approprier une ressource publique.
Dans le Maine (nord-est), l'accès à un important bassin par Poland Spring, grand embouteilleur américain appartenant à la société suisse Nestlé, soulève la controverse. "Nestlé ruine les ruisseaux, les étangs, les puits et les bassins aquifères", soutient Judy Grant, de l'organisation militante Corporate Accountability.
Joe Doss, président de l'Association internationale de l'eau en bouteille, déplore "que cela tourne au débat entre eau du robinet et eau embouteillée" puisque, selon lui, la plupart des gens boivent les deux. L'eau en bouteille représente une infime partie des déchets en plastique non recyclés, affirme-t-il. Les efforts de recyclage doivent provenir de l'ensemble des industries, pas seulement des embouteilleurs, ajoute-t-il.
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27.06.2008
Changement climatique : Les plantes forestières grimpent avec la température
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http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/06/27/les-plantes-forestieres-grimpent-avec-la-temperature_1063634_3244.html
Les plantes forestières grimpent avec la température
LE MONDE | 27.06.08 | 15h26 • Mis à jour le 27.06.08 | 15h26
'est un signal de plus attestant de l'impact du changement climatique sur les écosystèmes. Poussées par la hausse de la colonne de mercure, les plantes forestières montent en altitude, pour retrouver des conditions favorables à leur développement.
Dans la revue Science du vendredi 27 juin, une équipe franco-chilienne livre les résultats d'une étude portant sur 171 espèces végétales (herbes, arbustes et arbres) s'étageant entre 0 et 2 600 mètres d'altitude, sur les pentes de six chaînes de montagnes (Alpes, Pyrénées, Massif central, Jura, Vosges et massif corse). En utilisant les relevés forestiers qui, depuis le début du siècle passé, consignent la distribution géographique de ces plantes, ils ont constaté qu'entre 1971 et 1993, les végétaux avaient grimpé de 65 mètres. Soit une moyenne de 29 mètres par décennie.
Les auteurs corrèlent cette montée avec l'élévation des températures enregistrées dans les massifs français. Celles-ci montrent en effet un réchauffement très marqué depuis les années 1980, pouvant atteindre près de 1o C dans certaines régions alpines.
Cette migration, explique Jonathan Lenoir, thésard à AgroParisTech (ex-Ecole nationale du génie rural, des eaux et des forêts de Nancy), s'opère par le jeu de la dispersion des graines : "Il existe, pour chaque espèce, une plage optimale de températures favorisant sa reproduction. Du fait du réchauffement, les graines disséminées le plus haut bénéficient de conditions plus propices à leur germination."
ESPÈCES DE MONTAGNE
Ce processus est corroboré par le fait que les déplacements les plus importants sont observés pour les espèces de montagne comme Orthilia secunda (pyrole unilatérale, petite plante de sous-bois poussant entre 800 mètres et 2 000 mètres d'altitude), qui sont plus sensibles au changement climatique ; et pour les espèces herbacées comme Galium rotundifolium (gaillet à feuilles rondes, que l'on trouve principalement dans les sapinières), dont la durée de vie est courte. A l'inverse, les espèces ligneuses comme Sorbus aria (alisier blanc, ou sorbier des Alpes), dont le cycle de reproduction est plus long, sont moins affectées. Bien que cantonnés aux massifs français, ces résultats, estiment les chercheurs, sont sans doute "extrapolables".
D'autres études ont mis en évidence le changement d'aire de répartition d'espèces végétales ou animales, en s'attachant à leurs mouvements en latitude (généralement vers le nord) ou en se focalisant sur les seules zones d'altitude. L'intérêt de cette publication est de couvrir un biotope étendu, avec une amplitude de températures moyennes, de la plaine aux cimes, de près de 20 degrés.
Les auteurs n'ont pas cherché à savoir si l'escalade des plantes grimpeuses s'accompagnait de la disparition, ou au contraire de la prolifération de certaines espèces. De précédents travaux indiquaient que des insectes amateurs de grand froid, comme des papillons damiers ou certains taupins (coléoptères), étaient, dans leurs niches montagneuses, menacés d'extinction.
Pierre Le Hir
Article paru dans l'édition du 28.06.08
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25.06.2008
Un climatologue de la NASA accuse les pétroliers de "crime contre l'humanité et la nature"
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/06/25/un-climatologue-de-la-nasa-accuse-les-petroliers-de-crime-contre-l-humanite_1062472_3244.html
Un climatologue de la NASA accuse les pétroliers de "crime contre l'humanité et la nature"
LE MONDE | 25.06.08 | 12h38
Jeudi 23 juin 1988, sous une canicule inédite, le climatologue James Hansen témoignait devant une commission parlementaire du Congrès des Etats-Unis. Ignorant les précautions affichées à l'époque par l'ensemble de la communauté scientifique, il annonçait être certain à "99 %" que le climat terrestre était entré dans une période de réchauffement provoqué par les activités humaines.
Très médiatisée, l'intervention est demeurée dans les annales comme l'entrée du changement climatique dans le débat public… Invité par des représentants démocrates, lundi 23 juin, à s'exprimer à nouveau devant une commission du Congrès, James Hansen, 67 ans, a réitéré ses avertissements avec aussi peu de réserves qu'il y a vingt ans.
Largement diffusé sur Internet, le texte de son intervention dresse d'abord l'état des lieux des connaissances sur le climat. Selon le directeur du Goddard Institute for Space Studies (GISS) – l'un des principaux laboratoires de sciences climatiques de la NASA –, la machine climatique est proche d'un "dangereux point de bascule". Il faut, dit-il, réformer les pratiques agricoles et forestières, taxer le carbone, établir un moratoire sur la construction de nouvelles centrales à charbon et bannir complètement ces dernières, à l'échelle mondiale, d'ici à 2030.
Le chercheur prédit une élévation du niveau des mers d'environ 2 mètres à la fin de ce siècle si rien n'est entrepris pour limiter les émissions de gaz à effet de serre – estimation très supérieure à celles généralement énoncées.
"L'ALARMISTE EN CHEF"
Surtout, M. Hansen dénonce "le vaste décalage entre ce qui est compris par la communauté scientifique compétente et ce qui est connu par les décideurs et le grand public". Pour expliquer le peu d'actions entreprises depuis vingt ans pour entraver le changement climatique, il met en cause les "intérêts particuliers" privilégiant leurs "profits à court terme".
Le propos est d'une violence inhabituelle. "Des sociétés ayant leurs intérêts dans les combustibles fossiles ont propagé le doute sur le réchauffement, de la même manière que les cigarettiers avaient cherché à discréditer le lien entre la consommation de tabac et le cancer, écrit M. Hansen. Les PDG de ces sociétés savent ce qu'ils font et connaissent les conséquences sur le long terme d'un scénario business as usual'', ajoute le chercheur. A mon avis, ces dirigeants devraient être poursuivis pour crime contre l'humanité et la nature."
En dépit de sa réputation scientifique, James Hansen, surnommé "l'alarmiste en chef" par ses détracteurs, est régulièrement au centre de polémiques. Fin 2007, témoignant devant une commission chargée de statuer sur la construction d'une centrale à charbon dans l'Iowa, il avait comparé les convois de houille aux "trains de la mort" sillonnant l'Europe pendant la seconde guerre mondiale.
En 2005, il avait révélé dans le New York Times que son travail était soumis à une censure politique de l'administration centrale de la NASA, visant à ne pas fragiliser les positions de la Maison Blanche. L'administrateur de l'Agence spatiale américaine Michael Griffin avait démenti qu'un système de censure ait été formellement en place au sein de son administration.
Rendue publique le 2 juin, une enquête interne de la NASA a cependant conclu que "le département des affaires publiques du quartier général de la NASA avait traité le sujet du changement climatique de manière à réduire, marginaliser ou distordre les résultats des sciences du climat".
Stéphane Foucart
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23.06.2008
La recette de l'intelligence
lu dans le monde.fr :
http://www.lemonde.fr/sciences-et-environnement/article/2008/06/23/la-recette-de-l-intelligence-du-temps-et-plus-de-proteines_1061714_3244.html
Compte rendu
La recette de l'intelligence : du temps et plus de protéines
LE MONDE | 23.06.08 | 15h04 • Mis à jour le 23.06.08 | 15h04
'intelligence ne dépend pas seulement de la taille du cerveau, ou du nombre des neurones qui le composent. L'un des facteurs déterminants serait la diversité moléculaire dans la composition des synapses, ces points de liaison entre les cellules nerveuses. C'est ce qui ressort d'une étude menée par des chercheurs du Wellcome Trust Sanger Institute et des universités d'Edimbourg et de Keele, au Royaume-Uni, qui ont procédé à une comparaison des synapses de différentes espèces animales.
Leurs travaux, publiés sur le site Internet de la revue Nature Neuroscience, début juin, ont consisté à analyser la diversité des protéines intervenant dans le fonctionnement des synapses d'invertébrés - comme la mouche - et de vertébrés, dont l'homme. Ils ont inclus dans leur comparaison la levure, organisme unicellulaire, certes dépourvu de système nerveux, mais représentatif des premiers stades de la vie. Il en ressort qu'au fil des millions d'années, la qualité et la complexité des connexions nerveuses se sont accrues. Cette évolution aurait permis l'émergence du cerveau actuel des vertébrés.
L'équipe britannique a constaté que le cerveau était encore plus complexe qu'on ne le croyait. "La vue simpliste selon laquelle "plus de nerfs" expliquerait une plus grande puissance cérébrale ne résiste pas à notre étude, explique le professeur Seth Grant, chef du projet. Personne ne s'était encore intéressé à la composition moléculaire des connexions neuronales sous l'angle comparatif. Nous avons trouvé des différences importantes dans le nombre de protéines."
L'une des forces de cette étude est de replacer le cerveau dans son évolution moléculaire. Le nombre et la complexité des protéines auraient explosé lors de l'apparition des animaux multicellulaires. Une seconde vague aurait accompagné l'émergence des vertébrés, il y a 500 millions d'années. Les protéines propres aux vertébrés leur auraient conféré un éventail plus large de comportements, incluant des fonctions mentales plus performantes.
"KIT DE BASE"
Les chercheurs britanniques ont identifié un "kit de base" d'environ 150 protéines, présent jusque chez les êtres vivants les plus simples et impliqué dans les comportements les plus essentiels, comme la réponse au stress chez la levure. "Cet ensemble de protéines pourrait représenter les origines ancestrales du cerveau", écrivent les chercheurs. Ils font l'hypothèse que l'évolution de la complexité des synapses à partir de cette "proto-synapse" a contribué à la différenciation entre les invertébrés et les vertébrés. Mais aussi chez ces derniers, à l'apparition d'aires cérébrales diversifiées.
Jean Rossier, directeur de recherche à l'Inserm et professeur de biologie à l'Ecole supérieure de physique et de chimie industrielle, invite cependant à relativiser les résultats de cette étude. "On peut difficilement tout expliquer par la molécule, surtout dans une structure aussi complexe que le cerveau, pour caractériser l'intelligence, estime-t-il. Ce travail de base, important, décrit les pièces du puzzle cérébral, mais il ne nous en donne pas l'image générale."
Xavier Venutolo
Article paru dans l'édition du 24.06.08
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21.06.2008
La réduction de la banquise menace de libérer les stocks de carbone du pergélisol arctique
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/06/19/la-reduction-de-la-banquise-menace-de-liberer-les-stocks-de-carbone-du-pergelisol-arctique_1060296_0.html
Compte rendu
La réduction de la banquise menace de libérer les stocks de carbone du pergélisol arctique
LE MONDE | 19.06.08 | 15h37 • Mis à jour le 19.06.08 | 15h37
Pour le grand public, la perte estivale de la banquise arctique est surtout synonyme de réduction du territoire de chasse de l'ours polaire. Pour les scientifiques, ce phénomène a d'autres implications. D'abord, il modifie l'indice de réflexivité de la Terre : celle-ci absorbe plus de rayonnement lumineux - donc plus de chaleur - lorsque les surfaces de glace diminuent.
Ce n'est pas tout : des chercheurs américains suggèrent, dans la dernière édition de la revue Geophysical Research Letters (GRL), que les épisodes de réduction rapide de la glace de mer ont une répercussion sur le pergélisol (ou permafrost), les sols perpétuellement gelés - et très riches en carbone - de l'Alaska et des hautes latitudes canadiennes et russes. Selon David Lawrence et ses coauteurs du National Center for Atmospheric Research (NCAR), le "signal thermique" de la contraction de la banquise se traduit en effet par une augmentation des températures "jusqu'à 1 500 km" à l'intérieur des terres.
Entre août et octobre 2007, l'englacement de l'océan Arctique a été de 40 % inférieur à la valeur moyenne des années 1980. Au cours de cet épisode exceptionnel, les températures mesurées dans l'intérieur des terres ont excédé de 2 oC les moyennes relevées entre 1978 et 2006.
Pour valider l'hypothèse d'un lien entre les deux phénomènes, les chercheurs ont utilisé des modèles numériques auxquels ils ont "prescrit" une perte rapide de banquise. Résultat : leurs simulations montrent que les terres arctiques se réchauffent 3,5 fois plus vite que ne le prédisent les modèles climatiques globaux.
Ainsi, selon ces scientifiques, la répétition d'épisodes comparables à celui de l'été 2007 pourrait contribuer à fragiliser l'immense stock de carbone que renferme le pergélisol. Les prévisions de dix-neuf équipes de glaciologues réunies au sein du programme Study of Environmental Arctic Changes (Search), qui viennent d'être rendues publiques, indiquent d'ailleurs que l'été prochain a toutes les chances de voir une réduction de banquise comparable à celle de l'an passé.
L'étude de David Lawrence et de ses coauteurs ne tient pas compte d'un autre phénomène, récemment modélisé par des laboratoires français. "Lorsque le pergélisol, riche en biomasse, commence à dégeler, l'activité microbienne démarre, explique Gerhard Krinner (Laboratoire de glaciologie et de géophysique de l'environnement), coauteur de ces travaux, également publiés dans GRL. Or ce métabolisme développe de la chaleur qui, elle-même, accélère le réchauffement du sol et ainsi la décomposition de la biomasse, et donc l'émission de dioxyde de carbone ou de méthane."
Dans le scénario d'un réchauffement modéré, "il faudra environ deux siècles pour que le cercle vicieux s'enclenche de manière irréversible et que la quasi-totalité du carbone stocké dans le pergélisol ne soit relâché dans l'atmosphère, et ce en peu de temps, c'est-à-dire cinquante à cent ans", dit Philippe Ciais (CEA), coauteur de l'étude. L'inquiétude des scientifiques est réelle : le pergélisol stocke près de quatre fois le carbone contenu dans l'ensemble des réserves de pétrole.
Stéphane Foucart
Article paru dans l'édition du 20.06.08.
17:14 Publié dans Nature/Environnement | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
Il est urgent de sauver les sols
lu sur lemonde.fr :
http://www.lemonde.fr/archives/article/2008/06/21/il-est-urgent-de-sauver-les-sols_1061230_0.html
Il est urgent de sauver les sols
LE MONDE | 21.06.08 | 14h53 • Mis à jour le 21.06.08 | 14h54
Daniel Nahon est professeur de géochimie à l'université Paul-Cézanne d'Aix-en-Provence (Bouch

