<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> <?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="/atom.xsl" ?> <feed xmlns="http://www.w3.org/2005/Atom" xml:lang="fr"> <title>Astur</title> <link rel="self" type="application/atom+xml" href="http://astur.midiblogs.com/atom.xml"/> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://astur.midiblogs.com/" /> <subtitle>L'auteur, ancien réfugié espagnol, raconte ses souvenirs.</subtitle> <updated>2008-04-15T10:41:46+02:00</updated> <rights>All Rights Reserved blogSpirit</rights> <generator uri="http://www.midiblogs.com/" version="5.0">midiblogs.com</generator> <id>http://astur.midiblogs.com/</id>  <entry> <author> <name>Astur</name> <uri>http://astur.midiblogs.com/about.html</uri> </author> <title>La vallée du Nalon</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://astur.midiblogs.com/archive/2007/10/25/la-vallée-du-nalon.html" />  <id>tag:astur.midiblogs.com,2007-10-25:70539</id> <updated>2008-04-12T09:52:36+02:00</updated> <published>2008-04-12T09:52:36+02:00</published>   <category term="Livre" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <summary> (...) Le matin, la patronne et moi trayions les vaches pendant que le...</summary> <content type="html" xml:base="http://astur.midiblogs.com/"> (...) Le matin, la patronne et moi trayions les vaches pendant que le bouvier soignait les bœufs et que le patron soignait Bichette ; ensuite le bouvier m’aidait à nettoyer l’écurie et, après un copieux déjeuner, je menais les vaches au pré avant d’aller aider les hommes à faner.&lt;br /&gt;
N’étant pas assez vigoureux pour aider les hommes à charger le foin dans la charrette à ridelles au-delà des premières fourchées, mon rôle se limitait à retourner l’herbe pour la faire sécher et à sauter comme un cabri dans le pailler pour tasser le foin. Sauf quand le ciel était menaçant et qu’il fallait se dépêcher d’entasser le foin avant que l’orage n’éclate. J’étais alors autorisé à aider les hommes à entasser l’herbe à peine séchée en petites meules pour la protéger de la pluie.&lt;br /&gt;
Pendant la fenaison, la patronne soignait particulièrement sa table. Elle savait que le bouvier, ouvrier itinérant, ne manquerait pas de faire ou de défaire sa réputation au cours de ses pérégrinations dans les fermes voisines. Elle nous apportait le repas au pré et nous pique-niquions à l’ombre d’un orne ou d’un frêne. Elle étalait une grande nappe blanche sur l’herbe fraîchement coupée qui embaumait l’air, et y étalait le contenu de son panier. C’était chaque jour un vrai festin : charcuteries – c’est pendant cette période que nous consommions l’essentiel du cochon tué en décembre –, viande de bœuf, légumes, salade, fromages et vin à volonté. Car, grâce au marché noir et au lait qu’elle troquait contre d’autres marchandises, la patronne ne manquait de rien.&lt;br /&gt;
Après la fenaison les repas étaient plus frugaux et la viande plus rare, encore que nous mangions assez régulièrement du lapin que nous élevions et dont j’assurais en partie la nourriture : carottes du jardin, pissenlits des prés, petits branchages de hêtre ou de frêne pour qu’ils se fassent les dents en rongeant l’écorce. Quand venait le printemps, le casse-croûte du matin était remplacé par une soupe de pissenlits, et en hiver, par une soupe d’eau bouillie parfumée d’une gousse d’ail et enrichie de quelques gouttes d’huile. Le patron, souffrant d’un ulcère à l’estomac, déjeunait d’une soupe de pâtes au lait, bien plus appétissante. Les repas, très animés pendant la fenaison grâce à l’enjouement du bouvier, devenaient plus austères : mon patron était peu loquace et moi je ne parlais que lorsque on m’interrogeait ; seule la patronne, plutôt bavarde, mettait quelque animation en racontant les ragots du village : tel boucher avait été pris en flagrant délit de marché noir ; tel marchand de vin avait la réputation de « baptiser » copieusement le contenu de ses tonneaux ; tel boulanger acceptait la ration mensuelle de tabac contre des tickets de pain, etc. Ma patronne ne « baptisait » pas son lait : elle se contait de verser l’eau de rinçage du seau après chaque traite dans les grands bidons de lait… (...)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;La vallée du Nalón  est en vente  dans les librairies alapage.com, chapitre.com, amazon.fr, le guide.com, abebooks.fr </content> </entry>  <entry> <author> <name>Astur</name> <uri>http://astur.midiblogs.com/about.html</uri> </author> <title>La vallée du Nalon</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://astur.midiblogs.com/archive/2008/02/27/la-vallee-du-nalon.html" />  <id>tag:astur.midiblogs.com,2008-02-27:91162</id> <updated>2008-04-11T09:32:46+02:00</updated> <published>2008-04-11T09:32:46+02:00</published>   <category term="Livre" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <summary> (...) À la fin de l’année scolaire, j’ai été engagé par un couple...</summary> <content type="html" xml:base="http://astur.midiblogs.com/"> (...) À la fin de l’année scolaire, j’ai été engagé par un couple d’agriculteurs pour garder les vaches. L’homme, âgé d’une soixantaine d’années, était grand et sec, portait une épaisse moustache gauloise poivre et sel, et des cheveux grisonnants coupés très courts. Il souffrait d’un ulcère à l’estomac qui le rendait taciturne et accentuait son aspect d’un naturel austère. Il était originaire du Nord et bien qu’il résidât depuis de nombreuses années dans ce petit coin de la campagne rouergate, probablement entraîné par son épouse qu’il avait rencontrée à Paris au sortir de la Grande Guerre, qu’il avait faite comme 2e classe, il avait gardé un fort accent ch’timi et la nostalgie de sa région natale. Après la débâcle de 1940, quand certains de ses pays se réfugièrent dans la région, il se fit toujours un devoir de les aider en leur donnant du travail chaque fois qu’il pouvait le faire. C’était un gros travailleur, peu disert et un brave homme.&lt;br /&gt;
La femme, âgée d’une cinquantaine d’années, était petite, ronde, presque aussi large que haute, autoritaire et dure. Bien qu’originaire de cette région où l’on parle avec un accent chantant en roulant les « r », elle avait gardé un accent pointu, sans doute en souvenir des années passées à Paris où elle était montée, comme beaucoup de ses payses, dans ses jeunes années pour changer sa condition.&lt;br /&gt;
Le couple possédait une petite propriété composée d’une grande maison, une étable, plusieurs granges, une douzaine d’hectares d’herbages – dont la moitié était mise en pâture et l’autre réservée à la production de fourrage pour l’hiver –, dix vaches et une belle jument de trait qui s’appelait Bichette.&lt;br /&gt;
Tous les matins la patronne venait me réveiller par une petite impasse située au pied de notre petit appartement, par un strident et retentissant &lt;strong&gt;Roogeeer&lt;/strong&gt; – c’est le prénom que m’avait attribué mon institutrice en traduisant incorrectement José par Roger – qui réveillait tout le quartier ; puis elle repartait d’un pas alerte en faisant résonner ses sabots sur les pavés. Encore à moitié endormi, je me levais précipitamment, enfilais mes vieux vêtements qui sentaient le lait séché de longue date, et m’en allais participer à la traite des vaches et au nettoiement de l’étable.&lt;br /&gt;
Pendant la fenaison qui durait de quinze jours à trois semaines, le patron embauchait un bouvier et louait une paire de bœufs pour assurer le transport des fourrages. Bichette était réservée pour les travaux plus légers, tels la fauchaison et le râtelage des foins, le transport du bois de chauffage pour l’hiver, et le ramassage des ordures ménagères deux fois par semaine. (...)&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;La vallée du Nalon &lt;/em&gt; de José Maria Fernandez est en vente à &quot;alapage.com&quot; </content> </entry>  <entry> <author> <name>Astur</name> <uri>http://astur.midiblogs.com/about.html</uri> </author> <title>La vallée du Nalon</title> <link rel="alternate" type="text/html" href="http://astur.midiblogs.com/archive/2008/03/03/la-vallee-du-nalon.html" />  <id>tag:astur.midiblogs.com,2008-03-03:92156</id> <updated>2008-04-08T17:07:45+02:00</updated> <published>2008-04-08T17:07:45+02:00</published>   <category term="Livre" scheme="http://www.blogspirit.com/ns/types#category" />    <summary> (...) À la fin de l’été nous fûmes transférés à Sévérac-le-Château, une...</summary> <content type="html" xml:base="http://astur.midiblogs.com/"> (...) À la fin de l’été nous fûmes transférés à Sévérac-le-Château, une petite ville pittoresque de 3000 âmes, accrochée au flanc d’une colline dominée par un château médiéval dont il ne restait que les donjons et les murs extérieurs. La ville comprenait deux bourgs d’égale importance, distants l’un de l’autre d’environ un kilomètre : une ville haute aux vieilles maisons accrochées au flanc de la colline, aux rues étroites pavées de vielles pierres lisses et patinés par l’usure et le temps, et une ville basse, de construction plus récente, bâtie le long de la voie ferrée et de la gare. Une voie piétonnière à forte déclivité reliait la ville haute à la ville basse entre deux rangées de jardins potagers et deux routes bitumées, contournant la colline, descendaient en pente douce jusqu’à la gare entre de vertes prairies.&lt;br /&gt;
La mairie nous attribua un logement d’une pièce, sans toilettes ni eau courante, dans une vieille maison de la partie haute de la vieille ville. Les premiers mois, le S.E.R.E., un office espagnol d’aide aux réfugiés prit en charge notre nourriture. Les repas nous étaient servis dans un petit restaurant du faubourg de la ville haute. Mais l’éclatement de la Seconde Guerre Mondiale modifia profondément notre situation : l’aide que nous recevions du S.E.R.E. fut supprimée et les démarches entreprises pour notre transfert au Mexique ou en Argentine – la destination n’était pas encore arrêtée – furent abandonnées. Avons-nous perdu au change ? Comment savoir ? Au moins ces deux pays avaient-ils proposé de nous accueillir tandis que la France nous accueillait à contrecœur. À preuve la circulaire du ministre de l’Intérieur adressée le 19 septembre aux préfets précisant : « L’état de guerre, les nécessités d’hébergement des populations françaises évacuées rendent plus que jamais souhaitable le retour en Espagne du plus grand nombre possible de réfugiés. » Et d’ajouter : « Les raisons humanitaires ont perdu de leur valeur » S’agissant de l’accueil dans les camps de concentration, à même la plage, sans baraques ni tentes, ni cuisines, ni point d’eau, ni sanitaires, ni latrines d’Argelès-sur-Mer, de Saint-Cyprien ou de Le Barcarès, l’expression à contrecœur est un euphémisme. Quant à nous, nous étions insultés par des enfants et certains voisins adultes, presque aussi pauvres que nous, parce que nous étions pauvres. Nous étions accusés de venir manger le pain des Français et nous traitaient de sales « Espagnoulets ».&lt;br /&gt;
À partir de septembre, maman dut se débrouiller par ses propres moyens. C’était une femme forte qui dégageait un air de détermination, de calme et de bonté à la fois. Elle avait conscience que si elle vacillait la famille entière tremblerait ; et que si un jour elle défaillait, ou désespérait, toute la famille s’écroulerait. Et jamais elle ne laissait apparaître ses doutes ou ses inquiétudes pour éviter de nous inquiéter. N’ayant aucun métier, ne parlant pas la langue, elle n’eut d’autre recours que de faire des ménages. Elle partait au petit matin et rentrait le soir à la nuit tombée, éreintée d’avoir frotté les sols et lavé le linge dans les maisons voisines. Et en rentrant, le soir, il fallait faire le ménage à la maison, repriser, frotter, ravauder et coudre jusqu’à ce que la tête vidée de toute pensée, elle se laissait gagner par le sommeil. Puis, les travaux de ménage étant mal rétribués, pour survivre modestement, en plus des ménages, elle se mit à confectionner des gants à la maison, le soir, après sa journée de travail. La confection de gants à domicile était généralisée dans cette région proche de Millau, capitale de la ganterie. Ces travaux à domicile assuraient un complément de revenus aux familles les plus modestes. Nous allions deux fois par semaine chez une petite entrepreneuse de la ville basse chercher les gants déjà coupés qu’il fallait coudre à la main. Ce fut d’abord maman qui s’attela à cette tâche ; puis Amélia, qui n’avait que treize ans ; puis ce fut mon tour. Mais j’étais privilégié, je ne cousais que les pouces et les trois veines dorsales, ce qui me prenait relativement peu de temps. Maman et Amélia y consacraient une partie de la nuit. (...)&lt;br /&gt;
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